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Vive la musique québécoise!

Auteur·e·s

Rosalie Poulin

Publié le :

20 novembre 2025

Au Club Soda, en novembre 2023, Thierry Larose, auteur-compositeur québécois, a proclamé pour la première fois « VIVE LA MUSIQUE QUÉBÉCOISE ! » à la fin d’un spectacle de la tournée Le Roy, la Rose et le Lou(p), réunissant Ariane Roy, Thierry Larose et Lou-Adriane Cassidy. Depuis, ce slogan a été répété à presque chaque spectacle de l’artiste.  Le 14 juin dernier, vers la fin de la performance de Lou-Adriane sur la grande scène des Francos de Montréal, une immense bannière a été hissée, arborant, entre autres, le slogan. En effet, celle-ci se lisait :


«Vive la musique québécoise, vive le Québec libre »

Dans la dernière année, cette tendance s’est traduite par un regain d’intérêt pour la souveraineté du Québec, particulièrement chez les jeunes. En effet, selon un sondage Léger datant de juin 2025, 48% des jeunes Québécois.es de 18 à 34 ans appuient la souveraineté, ce qui représente une augmentation d’environ 20% par rapport à l’année précédente.

Dans une entrevue accordée à Rad à l’occasion d’un spectacle de la fête nationale organisé par le regroupement OUI Québec, Thierry disait ceci : « Je remarque un certain changement dans les foules. Il y a plus de drapeaux québécois. [Des gens] qui me disent qu’ils.elles se sentent fier.ères ou bien qui ont découvert la musique québécoise à travers ce que je fais ». Si, selon lui, « pendant longtemps il y avait une honte associée au fait d’être Québécois.e pis au fait de consommer de la culture québécoise », aujourd’hui il semble qu’on assiste à un renouveau de la culture québécoise.


Dans la dernière année, cette tendance s’est traduite par un regain d’intérêt pour la souveraineté du Québec, particulièrement chez les jeunes. En effet, selon un sondage Léger datant de juin 2025, 48% des jeunes Québécois.es de 18 à 34 ans appuient la souveraineté, ce qui représente une augmentation d’environ 20% par rapport à l’année précédente.


Finalement, le 15 octobre 2025, Lou-Adriane a fait une sortie publique par le biais d’une entrevue avec le journaliste Philippe Mercure où elle a annoncé son soutien à la souveraineté québécoise. Dans celle-ci, le journaliste avance que l’autrice-compositrice-interprète pourrait être une figure de proue d’un nouveau mouvement souverainiste québécois. Elle a d’ailleurs été invitée sur le plateau de Tout le monde en parle avec Kinji00 et Mounir Kaddouri (alias Maire de Laval) à ce sujet le 26 octobre dernier.


Ainsi, on ne peut nier le lien entre la culture québécoise, notamment la scène musicale, et le mouvement souverainiste québécois.


Les artistes et le nationalisme

En 1979, dans son article intitulé « Êtes-vous nationaliste? Oui je suis romantique. », Diane-Jocelyne Côté postule que les artistes sont plus souvent nationalistes à cause du romantisme du grand retour à l’État originel que sous-tend l’idéologie nationaliste. Après s’être perdu.e (seul.e ou en tant que nation), l’artiste veut participer aux grandes retrouvailles par la création de ce nouvel État indépendant.

Cette réflexion l’a amenée à se questionner sur la place du nationalisme dans l’œuvre de ces artistes romantiques. Pour elle, l’art national peut prendre quatre formes :  la subordination de la recherche d’esthétisme au contenu revendicateur de l’œuvre, l’interprétation d’une œuvre à travers le militantisme de l’artiste dans le reste de sa vie, le choix d’une forme populaire pour la diffusion de l’œuvre et l’art officiel, reconnu par les institutions. Elle cite Gens du pays comme un exemple de forme populaire d’art (la chanson) qui permet la grande diffusion de son message national.


Ainsi, l’art nationaliste ne le serait pas seulement par le contenu des œuvres, mais aussi par l’interprétation que l’on fait de l’œuvre à travers la vie de l’artiste, par l’intention de la diffuser largement et par sa reconnaissance par une institution.


L’artiste engagé.e

Si l’art nationaliste peut l’être de différente manière, je crois qu’on peut en dire de même de l’art engagé en général. Par exemple, si America d’Émile Bilodeau exprime fièrement la crainte de son auteur face aux débauches du capitalisme néolibéral, d’autres œuvres pourraient être engagées sans nécessairement être aussi explicites.

Toutefois, telle n’est pas toujours l’intention des artistes eux.elles-mêmes.


Dans son article « Artiste, animateur culturel ou médiateur culturel? Le rôle des artistes dans les communautés francophones du Canada », Lucie Hotte énonce que, pour les élites gouvernementales, l’art est vu comme l’expression privilégiée d’une culture et que « l’artiste minoritaire est quelqu’un qui peut, par la valorisation de la réalité du groupe, freiner les processus d’assimilation, d’acculturation et de transferts linguistiques ». Pourtant, selon ses entretiens avec plusieurs artistes, ce n’est pas leur volonté d’être instrumentalisé.es de la sorte. En effet, ils.elles préfèrent parfois renoncer à l’unicité de leur œuvre (surtout la langue française) en faveur d’une universalité (l’anglais) qui leur permet de créer de l’art reconnu pour ce qu’il est et non ce qu’il représente.


Ainsi, ce ne sont pas tous.tes les artistes qui revendiquent l‘unicité culturelle de leur œuvre, qui désirent la mettre de l’avant au profit des institutions politiques ou qui désirent lui faire porter le poids de la menace de l’assimilation.


Le personnel est politique?

De retour en 2025, les trois artistes invité.es à Tout le monde en parle se sont braqués lorsqu’on leur a demandé s’ils.elles appuyaient la souveraineté du Parti québécois. Ils.elles ont bien tenu à distinguer culture et politique, mouvement social et luttes gouvernementales.


En effet, si le public de Lou-Adriane l’a choisie comme figure souverainiste, rien dans son œuvre ne dénote une intention de se politiser (encore que le personnel soit toujours politique, comme le disait une édition de l’an dernier du Pigeon Dissident) et encore moins de s’associer directement avec un parti politique.

Si je m’avance un peu dans l’analyse littéraire de son œuvre, l’album le plus populaire de Cassidy, Journal d’un Loup-Garou, explore son rapport avec l’abandon de son père lors de son adolescence, son rapport aux médias et la place faite aux femmes dans ceux-ci, et non la souveraineté du Québec.


Mais, à la lumière de ce que j’ai énoncé précédemment, puisque Cassidy est artiste, ce ne serait pas surprenant, selon Diane-Jocelyne Côté, qu’elle soit nationaliste et que son art soit qualifié comme tel pour les différentes raisons exposées plus tôt. Pourtant, en tant qu’artiste francophone, elle aurait pu rejoindre les artistes avec lesquels s’est entretenue Lucie Hotte et revendiquer l’universalité de son œuvre plutôt que sa singularité québécoise.


Elle aura finalement choisi de s’afficher publiquement comme souverainiste. Outre son cas spécifique, je crois que sa prise de position amène à se questionner sur la nécessité, voire la pertinence, de faire peser sur les épaules des artistes le poids d’un projet sociétal comme l’indépendance du Québec.


La réponse sera personnelle à chacun.e. Les plus pragmatiques diront que l’art sert à véhiculer un message et que sa politisation est tout à fait naturelle. Les plus militant.es soutiendront que l’art qui n’est pas revendicateur sert l’élite et perpétue la violence contre les personnes opprimées. Les hypersensibles diront que l’art sert à exprimer le personnel, ses entrailles et qu’il devrait être à même d’exister pour lui-même. Les automatistes affirmeront que l’art doit venir du subconscient et rester opaque. Les épicurien.nes défendront que la beauté doit exister pour la beauté. Les sceptiques estimeront que les institutions ne devraient pas pouvoir s’immiscer dans ce qui est aussi personnel que l’art.


C’est peut-être aussi la beauté de la chose…

Bibliographie

Côté, D.-J. (1979). Êtes-vous nationaliste? Oui je suis romantique. Intervention, (5), 18–20. https://id.erudit.org/iderudit/57620ac


Hotte, L. (2013). Artiste, animateur culturel ou médiateur culturel ? Le rôle des artistes dans les communautés francophones du Canada. Minorités linguistiques et société / Linguistic Minorities and Society, (3), 7–18. https://doi.org/10.7202/1016685ar


Léger, « QC125 Québec: Sondage Souveraineté Léger, Juin 2025. » (n.d.). https://qc125.com/20250621-leg-ind.htm


Léger, « Qc125 Québec | Sondage souveraineté Léger, août 2024 » (n.d.). https://qc125.com/20240824-leg-ind.htm


Philippe Mercure, « Indépendance : Lou-Adriane Cassidy dit OUI », 15 octobre 2025, en ligne : https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2025-10-15/independance-du-quebec/lou-adriane-cassidy-dit-oui.php

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