À la rentrée de l’automne 2025, j’amorce mon mandat en tant que directrice du Pigeon Dissident. Pour l’occasion, j’ai eu envie de proposer une entrevue à l’un de mes nouveaux collègues, Me Nicolas Saint-Amour, directeur du Pigeon en 2020-2021.
Après son passage à la faculté, Nicolas a été recherchiste à la Cour d’appel auprès de l’honorable juge Stephen W. Hamilton avant de participer à la Commission d’enquête sur l’ingérence étrangère présidée par l’honorable juge Marie-Josée Hogue. Il est aujourd’hui avocat en litige dans le cabinet boutique LCM Avocats.
J’ai eu la chance de m’entretenir avec lui pour en apprendre plus sur son parcours à la faculté, mais aussi sur l’apport sur sa jeune carrière qu’a eu son implication auprès du Pigeon Dissident.
Aussi, il y a une belle réputation au journal Le Pigeon Dissident. Les étudiant.es le respectent, les professeur.es le regardent et le public réagit aux articles publiés.
Q : Qu’est-ce qui t’a amené à faire des études en droit?
R : J’ai complété un premier baccalauréat en administration des affaires avec une spécialisation en finance avant d’aller en droit. J’ai choisi de poursuivre mes études en droit parce que j’avais toujours été intéressé par les questions de société, les questions d’intérêt public. Pour moi, le droit a aussi un certain lien avec le journalisme: on doit rapporter des faits, creuser des informations, mais aussi vulgariser des concepts pour qu’ils soient facilement compréhensibles.
Q : Qu’est-ce qui t’a amené à t’impliquer dans le Pigeon Dissident?
R : J’ai toujours été intéressé par le journalisme d’enquête. Même quand j’étais en finance, je me suis impliqué dans L’Intérêt, le journal étudiant de HEC Montréal. Lorsque j’étais à la Faculté de droit, en deuxième année, j’ai mené une enquête sur la consommation de psychostimulants par les étudiant.es pour améliorer leur performance pendant les examens. Ce n’était pas une enquête qui était nécessairement facile, mais j’ai trouvé trois étudiant.es qui ont accepté de témoigner de façon anonyme sur leur consommation illicite de psychostimulants. Bref, j’ai toujours été intéressé par ces questions-là et c’est un peu l’angle que je voulais explorer en m’impliquant au Pigeon pendant ma troisième année.
J’ai eu d’autres implications avant le Pigeon. À ma première année, j’ai gagné le concours de débat de la faculté, donc l’année suivante j’ai choisi de fonder ma propre équipe de débats. On se rencontrait chaque semaine et on se filmait pour voir ce qu’on faisait de bien et de moins bien lorsqu’on débattait. J’avais l’idée d’un jour faire du litige, donc j’ai utilisé cette expérience pour améliorer ma prestance orale et ma capacité à être concis et structuré, des capacités que je considère assez importantes pour un plaideur. Je me suis davantage impliqué dans le journal en troisième année, fort de cette expérience.
Q : Est-ce que tu as un projet marquant dans lequel tu t’es impliqué pendant ton année comme directeur du Pigeon?
R: L’un des gros projets sur lequel j’ai travaillé était la transition numérique du Pigeon, puisque j’ai été élu juste avant la pandémie, en mars 2020. On avait déjà un site web, mais il était peu utilisé et peu convivial. Donc, on a embauché un sous-traitant externe - le copain d’une rédactrice en chef - pour créer la nouvelle plateforme, et c’est encore ce site web qui est utilisé aujourd’hui.
Q : Selon toi, qu’est-ce qui différencie le Pigeon des autres journaux étudiants?
R: Les sujets d’intérêt des étudiant.es diffèrent. Je remarquais qu’à l’UdeM, il y avait beaucoup de textes d’opinion, de longs textes réfléchis. Les personnes se lançaient dans des sujets, et leur passion transparaissait. C’était très rare à HEC: la participation était beaucoup moins élevée même si on était une plus grande faculté. Les articles se concentraient sur l’actualité facultaire et moins sur l’actualité mondiale.
Aussi, il y a une belle réputation au journal Le Pigeon Dissident. Les étudiant.es le respectent, les professeur.es le regardent et le public réagit aux articles publiés.
Q: Quelle est ta suggestion culturelle pour les lecteur.rices du Pigeon?
R: J’ai l’impression que je ne suis pas le profil typique d’un.e lecteur.rice du journal. Une des choses que j’aime particulièrement, ce sont les analyses poussées, mais synthétiques. Je trouve que la référence dans le domaine est The Economist. C’est peut-être mon background en finance, mais j’ai toujours trouvé que c’était une référence pour aborder un sujet qui est complexe et pour le vulgariser en peu de temps. Même aujourd’hui, dans ce que j’écris, je considère que c’est beaucoup mieux d’être concis, d’être straight to the point et cartésien. Le journalisme, c’est un exercice de communication pour passer une information à un lecteur, d’où l’importance de bien baliser ses propos.
Q: Quel a été un moment marquant de ton passage à la faculté?
R:. Pendant la pandémie, je ne comprenais pas pourquoi les étudiant.es de la Faculté de droit payaient encore des pleines cotisations alors qu’ils.elles n’avaient accès à presque aucun service. Je m’étais intéressé à la question des cotisations à cause de mon parcours en finance et j’ai découvert qu’on pouvait demander au trésorier de l’AED de nous présenter son budget et ses états financiers. J’ai eu un appel avec lui, et il m’a présenté son budget. Il n’avait rien changé à celui de l’année précédente pour créer un surplus. Je n’avais rien contre les générations futures, mais je jugeais que ce n’était pas à nous de payer pour elles. Je ne pouvais pas faire valoir mon point avec lui, donc j’ai choisi d’écrire une chronique dans le journal. Je l’ai écrit la veille du vote sur le budget pour que les gens réagissent.
Nous nous sommes aussi présenté.es à l’Association et nous avons battu le budget. On a dû tenir une séance extraordinaire où le trésorier représentait essentiellement le même budget. On en a été pour quatre heures et le budget a été adopté de facto, sans aucun changement, après avoir perdu le quorum ou l’attention de la salle, je ne sais plus. J’avais aimé l’expérience de mobiliser les étudiant.es et de battre le budget. Ça a permis de passer un message.
L’AED a réagi en se présentant à notre assemblée annuelle pour tenter de retirer les cotisations étudiantes du Pigeon. C’était fair game, même si un peu ridicule. Je n’ai rien contre l’AED et j’appréciais ses membres. Je crois simplement que ça fait partie de l’ADN du Pigeon d’être un peu contestataire et de servir de contre-pouvoir.
Q: Quel serait ton conseil pour les nouveaux.elles étudiant.es à la faculté?
R: J’ai un sentiment d’imposteur à donner des conseils! Je suis arrivé au bac en droit en me considérant très privilégié de pouvoir faire ces études-là. Je me suis toujours dit: « Profite, participe, donne-toi à fond dans les activités qui te correspondent ». Donc, mon conseil serait d’essayer de profiter.
Il y a beaucoup d'opportunités pour faire beaucoup de choses à la Faculté de droit. Il y a des comités pour tous les genres de spécialisation. C’est le temps d’essayer plein de choses pour voir ce que tu aimes, ce que tu n’aimes pas. Par exemple, j’ai fait un stage communautaire et des concours de plaidoirie, en plus du journal. C’est une belle faculté avec beaucoup de vie, avec des professeur.es intéressant.es et où tout le monde est motivé.
Q: Qu’est-ce que tu retiens de ton implication au Pigeon?
R: Ça a été utile à plusieurs niveaux. J’étais directeur, donc j’en ai appris beaucoup au niveau de la gestion des relations interpersonnelles, de la gestion et de la cohésion d’équipe, ainsi que de la mobilisation étudiante. J’ai aussi appris à gérer les plaintes, à protéger la réputation du journal et à appliquer les normes journalistiques.
J’ai aussi développé mon esprit critique. C’est dans ma personnalité de ne pas être une personne rapidement campée dans une position. J’aime peser les pour et les contre, avoir les différentes perspectives, d’où l’intérêt dans le journal d’avoir plusieurs perspectives pour aider les lecteur.rices à se faire une opinion. On a le luxe au journal que les gens qui s’impliquent et participent ont le projet à cœur.
Q: Un dernier mot pour nos lecteur.rices?
R: Je pense que l’important, en journalisme étudiant, c’est de ne pas avoir peur et d’assumer ce que l’on pense. Nous sommes Le Pigeon Dissident, après tout! Qu’on soit un profil plus mathématique et cartésien comme moi, ou plus frondeur et audacieux comme certain.es de mes collègues, c’est la diversité d’opinions et d’intérêts qui fait la beauté du Pigeon.




