GNL : Québec dort au Gaz !

19/10/2020

 

Le gouvernement devait bien dormir au gaz si le Projet Gaz Naturel Liquéfié (GNL) a réussi à se canaliser jusqu’au Bureau d’Audience Publique en Environnement (BAPE) sans trop d’embûches… 

 

Avant même le début du BAPE, le gouvernement caquiste se prononçait en faveur de GNL « au nom de la prospérité économique et de l’avenir du Québec ».C’est bien beau parler de l’avenir du Québec, mais si ce n’est pas pour prendre en compte ceux qui vont vivre dans cet avenir, c’est un bel étalement d’hypocrisie. 

 

Au nom de notre génération et des suivantes ainsi qu’au nom du béluga du Saint-Laurent et d’un avenir soutenable, on exige que ce projet n’aille pas de l’avant.

 

En bref, une illusion

Le gaz naturel serait extrait dans l’Ouest canadien par une technique de fracturation hydraulique non conventionnelle. Par « non conventionnelle », on entend, en fait, la multiplication de forages et, donc, de risques de fuites de méthane. Il serait ensuite conduit au Saguenay par le prolongement d’un pipeline gazier de 780 km qui traverserait les plus belles régions du Québec en plus de territoires occupés par les Premiers Peuples. Encore là, risque de fuites à nos frais. Au Saguenay, vue sur le fjord en prime, le gaz serait liquéfié avant d’être exporté outre-mer par des supers-méthaniers qui passeraient, mine de rien, dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent.

 

Sournoisement, GNL et notre gouvernement caquiste, déjà convaincu du bien-fondé du projet, tentent de désillusionner les Québécois. es en affirmant que le gaz naturel contribuera à réduire de façon globale les gaz à effets de serre (GES). Apparemment, ce gaz liquéfié remplacera d’autres énergies plus polluantes ailleurs dans le monde. Cette affirmation alléchante et déguisée, qu’on pourrait qualifier de fake news, fait sourciller les experts climatiques et les experts énergétiques. Il faudrait rappeler au gouvernement un principe de base en matière d’évaluation environnementale, soit de tenir compte du cycle de vie complet d’un produit. Qu’on exporte ce gaz en Asie, en Europe ou aux États-Unis, si l’on considère les émissions totales produites de l’extraction à la consommation du gaz, aucun gain environnemental par rapport à l’utilisation du charbon (ex. : Asie) ne sera obtenu. Et, soit dit en passant, l’hypothèse de GNL n’est même pas vérifiable, car ils n’ont jamais mentionné de potentiels acheteurs.

 

En fin de compte, ça va nous avoir coûté beaucoup plus : nos propres objectifs de réduction de GES, notre fierté à l’international et nos bélugas du Saint-Laurent. Sûrement que ça impacterait aussi le tourisme, imagine finir ta rando et avoir une belle vue sur un méthanier qui passe dans le fjord ou encore faire du kayak avec les phoques en compagnie d’un immense méthanier, nice !

 

Une fois le gaz transformé au Québec, avez-vous pensé à la pression qu’on pourrait subir pour (finalement) utiliser ce gaz proprement déguisé et produit chez nous par nous ? On sera pris dans un piège, dans lequel on se sera enfargé pour les dizaines d’années à venir. En plus, ce qui risque très fortement de se produire, notamment avec le retrait récent d’investisseurs du projet, c’est que ce sont les fonds publics qui vont finir par financer le projet… 

 

Il reste les emplois créés… Disons juste que ce n’est pas une poignée d’emplois qui peuvent convaincre une nation de l’importance du projet pour la région. Surtout que ces emplois pourraient être créés dans un secteur propre et innovant (pour de vrai). 

 

Finalement, avec GNL « Québec », les principaux bénéficiaires sont des investisseurs américains et les principaux floués sont les Québécois. e. s.

 

Puis nos objectifs de réduction ?

Avec ses émissions et ses fuites de méthane, un gaz au pouvoir réchauffant 84 fois plus puissant que le CO2, GNL contribuerait à augmenter les émissions de GES à coup de dizaines de millions de tonnes supplémentaires annuellement. Clairement, le projet va à l’encontre des objectifs de réduction visés par le plan d’action pour la lutte contre les changements climatiques. Le gouvernement a-t-il oublié les risques climatiques d’une hausse continuelle de nos émissions ? 

 

Qui dit augmentation des GES, dit hausse des températures moyennes au Québec comme ailleurs. Cette hausse globale de température accélère évidemment la fonte des glaciers et celle-ci fait augmenter le niveau de la mer qui refoulera son eau salée dans nos réserves d’eaux douces.  Les événements extrêmes seront aussi plus fréquents et plus importants (pluies, inondations, tempêtes, feux de forêt, sécheresse). Les conditions environnementales instables déstabiliseront l’équilibre déjà précaire des écosystèmes et mèneront, entre autres, à une plus grande vulnérabilité sanitaire (maladies parasitaires, ravageuses agricoles). D’autres risques pour la santé humaine, comme les maladies reliées à la pollution de l’air, seront plus importants. Tout ça, c’est sans compter les coûts pour se relever des catastrophes liées aux événements extrêmes et pour s’adapter aux changements climatiques…

 

Les émissions totales du projet et les risques des changements climatiques doivent absolument faire partie intégrante de toute prise de décision économique ayant un effet à long terme. 

 

GNL, un super-prédateur du béluga

En plus d’annuler tous nos efforts climatiques, GNL rajoute une couche d’incohérence et menace la survie du béluga du Saint-Laurent. Ce cétacé, tant aimé, mais tant malmené, détient un statut peu enviable d’espèce menacée au Québec et en voie de disparition au Canada. Il est protégé par la législation fédérale en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). En 1995, le ministère des Pêches et Océans Canada nous propose un plan de rétablissement de la population. En 2020, on nous propose GNL. Plutôt antinomique !

 

On lie son déclin à deux causes principales : les contaminants et la pollution sonore. Les contaminants d’origine industrielle et agricole relâchés dans l’environnement s’accumulent en quantité impressionnante chez le béluga (mercure, plomb, BCP, PBDE, HAP, dioxines, etc.) puisqu’on le trouve au sommet de la chaîne alimentaire. Eh oui ! les contaminants ne font pas que se diluer dans le fleuve. En raison de cette contamination, on observe un nombre important de tumeurs, des signes d’immunosuppression et l’altération du système reproducteur chez le béluga. 

 

La pollution sonore ajoute une couche de difficulté au béluga pour accomplir ses fonctions vitales (communication, alimentation et évitement du danger). On considère le fjord comme son refuge acoustique qui fait partie de son habitat essentiel protégé, même si celui-ci est déjà en péril dû à un trafic maritime. Les experts du GREMM (Groupe de Recherche et d’Éducation sur les Mammifères Marins) ont même demandé un moratoire sur les projets industriels pouvant augmenter la pollution sonore dans le fjord. On vous laisse deviner la réponse du gouvernement. Avec GNL qui veut ajouter le passage de centaines de méthaniers annuellement dans le fjord, on augmente la pollution sonore et les risques de collisions…

 

Si on superpose à ces causes les effets des changements climatiques sur son habitat (température de l’eau, changement de salinité, diminution des proies,), les chances de survie du béluga à moyen terme sont nulles.  Considérant les millions de tonnes de méthane vaporisées dans l’atmosphère par GNL, c’est le seul scénario envisageable. 

 

Cerise sur le gâteau, l’étude d’impact gentiment fournie par GNL conclut à peu de risques pour la population de béluga du Saint-Laurent. Il faut toutefois remarquer qu’ils considèrent aussi que seulement 5 % des bélugas du Saint-Laurent fréquentent le fjord du Saguenay. Les études du GREMM nous révèlent qu’en fait, c’est 50 % de la population et 67 % de toutes les femelles qui occupent le fjord. Ça change un peu la donne, non ? 

 

À la lumière des faits, le rétablissement du béluga est complètement incompatible avec le projet GNL Québec. On le protège pour vrai ou on fait semblant ?

 

Le BAPE, c’est nous.

C’est en ce moment même que le BAPE se déroule. Le BAPE, c’est un peu la seule façon de considérer l’opinion publique dans les recommandations sur la faisabilité d’un projet qui porte atteinte à l’environnement. 

 

Quand un promoteur veut entreprendre un projet du style de GNL, il doit en aviser le ministre de l’Environnement et fournir une étude d’impact. Le ministre juge la demande et peut décider de mandater le BAPE d’amorcer une période d’information publique de 30 jours. À la fin du processus (consultatif et non décisionnel), le BAPE remet son rapport au ministre, qui tient compte des mémoires envoyés par les citoyen.nes. Le gouvernement prend ensuite sa décision en autorisant ou non le projet. 

 

Déjà, après la première session d’information publique du BAPE, plusieurs groupes environnementaux et citoyens ont exprimé leur mécontentement, avec raison, sur la compliance du BAPE envers GNL, le manque d’experts indépendants et l’absence des ministres concernés.

 

Passez à l’action !

Puisque l’électorat pèse lourd dans la prise de décisions gouvernementales, il faut montrer une désapprobation importante du projet par la population. Pour avoir un maximum de poids dans la prise de décisions, nous devons envoyer massivement nos mémoires au BAPE. Vous avez jusqu’au 22 octobre à midi. Rendez-vous sur arretons-gnl.com pour les détails.

 

Si on a été assez motivés à l’automne dernier pour aller marcher dans les rues de Montréal à coup de 500 000 personnes pour le climat (sans oublier les autres villes), on peut très bien, dans le confort de notre salon, envoyer un paragraphe de 5 lignes au BAPE pour faire valoir notre opinion.

 

 

 

Texte co-écrit par

Yannick Mallette-Pognon, B.Sc, étudiant au baccalauréat en droit,

Marie-Christine Lafrenière, B.Sc, étudiante au doctorat en biologie

Et Meggie Chaput, B.Urb, étudiante au baccalauréat en droit

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

1) Alexandre, SHIELDS, « Avis défavorable aux projets de ports au Saguenay », Le Devoir, 11 janvier 2019, [En ligne]

 

2) Alexandre, SHIELDS, « Trafic maritime sur le Saguenay : des chercheurs réclament un moratoire », Le Devoir, 2 septembre 2020, [En ligne]

 

3) Alexandre, SHIELDS, « Le projet Énergie Saguenay va “aider la planète”, affirme Legault », Le Devoir, 4 février 2020, [En ligne]

 

4) Alexandre, SHIELDS, « Le gouvernement Legault plaide en faveur de GNL Québec, Le Devoir, 23 septembre 2020, [En ligne]

 

5) Alexandre, SHIELDS, ‘GNL Québec admet un ‘risque’ pour le béluga, Le Devoir, 17 février 2020, [En ligne]

 

6) IPCC, 2018: Global Warming of 1.5 °C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5 °C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J.B.R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M.I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, and T. Waterfield (eds.)]. In Press.

 

7) Jean BARIL, Guide citoyen du droit québécois de l’environnement, Montréal, Les Éditions Écosociété, 2018

 

8) Mosnier, A., Larocque, R., Lebeuf, M., Gosselin, J. — F., Dubé, S., Lapointe, V., Lesage, V., Lefaivre, D., Senneville, S., Chion, C. 2016. Définition et caractérisation de l’habitat du béluga (Delphinapterus leucas) de l’estuaire du Saint-Laurent selon une approche écosystémique. Secr. can. de consult. sci. du MPO. Doc. de rech. 2016/052. vi + 93 p.

 

9) MPO. 2018. Effets potentiels des projets de construction de terminaux maritimes dans le fjord du Saguenay sur le béluga du Saint-Laurent et son habitat. Secr. can. de consult. sci. du MPO, Rép. des Sci. 2018/025.

 

10) Programme de recherche sur la modélisation du trafic maritime et des déplacements des baleines dans l’estuaire du Saint-Laurent et le Saguenay en vue de la réduction des impacts du déploiement de la Stratégie maritime du Québec sur l’exposition des bélugas au bruit sous-marin de la navigation (2018-2023) ; Premières constatations et recommandations ; Auteur principal : Pr. Clément Chion, PhD Département des Sciences naturelles Université du Québec en Outaouais (UQO), Co-auteurs : Tyler Bonnell, PhD, UQO et University of Lethbridge Dominic Lagrois, PhD, UQO Adrien Guetté, PhD, UQO Robert Michaud, M. Sc, GREMM Pr. Angélique Dupuch, PhD, UQO Pr. Jérôme Dupras, PhD, UQO

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