Votre succès sera le mien ! Un hommage à mes étudiant.e.s et un plaidoyer pour les générations futures

 

 

Le 31 mai 2020 sera pour moi, l’heure d’un départ, le terme d’une carrière académique qui m’aura procuré, depuis mes premières armes comme chargé de cours en 1980 et mon entrée en fonction comme professeur le 1er juin 1982, de petits et grands bonheurs, tant professionnels que personnels. Les doyen.nes que j’ai pu servir, et notamment l’ancienne étudiante dont je suis si fier et qui aura été mon ultime patronne, France Houle, m’ont donné la possibilité de développer des nouveaux enseignements et de prendre de multiples initiatives qui ont contribué à pérenniser la place du droit international et de faire également avancer celle du droit constitutionnel dans notre Faculté de droit.

Les relations conviviales que j’ai entretenues avec mes collègues m’ont apporté de grands moments de satisfaction intellectuelle. Je pense à cette collaboration étroite avec mes collègues Jacques-Yvan Morin, Francis Rigaldies, José Woehrling et le regretté François Chevrette en début de carrière, mais également à l’estime que j’ai pour les professeures Suzanne Lalonde, Isabelle Duplessis, Hélène Trudeau et Danielle Pinard ainsi que pour mes collègues Jefffrey Talpis, Didier Lluelles, Jean Hétu, Karim Benyekhlef, Alain Roy et mes auxiliaires d’enseignement François Xavier Saluden, Anthony Beauséjour et Nadia Omari…et tant d’autres !

Ce sont aussi – et surtout – les milliers d’étudiants et d’étudiantes à qui j’ai eu le privilège d’enseigner durant les 40 dernières années, qui sont – et seront pour toujours - ma plus grande source de fierté. En leur enseignant les rudiments du droit international public général, du droit des relations économiques internationales, du droit international des droits de la personne ou du droit constitutionnel avancé, en contribuant au développement des leurs habiletés de juristes, en encadrant leur participation à des concours de procès-simulé en droit international (Jessup, Rousseau, Niagara) et en les accompagnant lors de programmes d’été en Chine et au Costa Rica et en les associant aux activités de la Société québécoise de droit et international et à l’Association québécoise de droit constitutionnel, j’ai appris à apprécier la gent étudiante de notre Faculté et ai tenu à la mettre en valeur. Comme je l’ai fait une dernière fois et de vive voix le 12 mars dernier en une veille de déclaration d’urgence sanitaire qui aura eu comme conséquence de me priver de retourner en salle de cours, j’ai dit à mes élèves - : « Votre succès sera le mien ! ».

Et il y a tant d’étudiants et d’étudiantes dont je peux m’enorgueillir aujourd’hui du succès, qu’il s’agisse, pour ne prendre que quelques exemples, de mes collègues universitaires William Schabas, Ghislain Otis. Patrick Dumberry et François Roch, de diplomates comme Heather Forton et Isabelle Poupart, des juges Guy Cournoyer, Chantal Corriveau et Emmanuelle Saucier, d’éminents avocats comme Jean Bertrand et Stéphane Bourgon, de Lise S. Boudreault qui fut cheffe de l'unité diplomatie humanitaire du Comité international de la Croix rouge, de personnalités politiques comme Alexandre Cloutier et François Philippe Champagne, de journalistes comme Josée Boileau, Yves Boisvert et Marc Cassivi, du caricaturiste Pascal Élie, du talentueux comédien Emmanuel Bilodeau et de la grande écrivaine Kim Thuy

En grand nombre, des étudiants et étudiantes de notre Faculté de droit m’ont par ailleurs accompagné dans plusieurs litiges stratégiques. Au sujet de questions qui me paraissaient révéler l’illégalité, sur la base de normes du droit international ou des prescriptions du droit constitutionnel, je n’ai pas hésité à déposer des recours devant les tribunaux visant à prévenir la commission d’actes illégaux ou à faire déclarer de telles actions contraires au droit. La participation des étudiants et étudiantes à ces initiatives a toujours été très enthousiaste. Ainsi, des tribunaux ont été saisis d’affaires concernant la remise par le Canada de prisonniers susceptibles d’être incarcérés à la prison de Guantanamo, l’éventuelle participation du Canada à une action militaire en Irak sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU, le retrait du Canada du Protocole de Kyoto à la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques et la délivrance par le Canada de permis d’exportation de véhicules blindés à l’Arabie saoudite. Ce dernier litige stratégique a d’ailleurs pris la forme d’une Opération Droits blindés et a contribué à sensibiliser la population du Québec, du Canada et du monde à la question du commerce des armes… qui se poursuivra même après le 31 mai 2020 !

À ceux et celles qui liront Le Pigeon dissident et ce présent numéro dans lequel la parole m’a été généreusement donnée par sa rédactrice en chef - et mon étudiante Grecia Esparza - et qui furent un jour mes étudiants et étudiantes, je dis - du fond du cœur - un grand merci. Et aux générations futures, aux personnes qui choisiront de se donner une formation et opteront – avec raison - pour notre Faculté de droit de l’Université de Montréal, j’adresse le présent plaidoyer. Faites du « Droit » un instrument au service de la « Justice ». Indignez-vous des inégalités et discriminations dont le droit peut être à l’origine, du péril dont il peut menacer notre environnement et des atteintes au développement humain et durable dont il est peut-être souvent porteur. Agissez pour le faire respecter et de changer, si cela s’impose ce « Droit », et, à travers lui, le « Monde ». Mettez vos connaissances et votre expertise au service de l’Humanité et de tous les êtres humains nés, comme nous le rappelle l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « égaux en dignité et en droits ».

 

 

Lors de la séance du cours de Droit international des droits de la personne (DRT-3103) du 9 avril 2020 et du dernier enseignement de sa carrière dans notre Faculté de droit, le professeur Daniel Turp a rendu accessible une capsule-vidéo dans le cadre d’un projet qu’il avait initié et auquel ont pris pris part pus de 30 étudiant.e.s de sa classe. Pour entendre une « Lecture intégrale et étudiante de la Déclaration universelle des droits de l’homme », vous pouvez cliquer ici )

 

 

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