Deuil et solidarité

 

Jeudi, 12 mars 2020. Pavillon Maximilien-Caron. À une heure de l’après-midi, avec les filles du Comité droit autochtone, on discute des futurs projets. Vers deux heures, on apprend que la course aux stages serait reportée à une date ultérieure, que le gala de fin d’année est annulé. Dans les corridors de la Faculté, l’ambiance est lourde. Vers quatre heures, Jérôme nous rejoint dans le local du Pigeon, Anne-Frédérique et moi. Pendant quelques minutes, on se questionne sur des scénarios possibles et de la réponse du gouvernement à cette pandémie. Mais rapidement, on change de sujet, il n’est pas de question de tomber dans la panique générale. Alors, on rit, on parle, on se change les idées. Mais pas pour longtemps. Le jour suivant, le gouvernement annonce la fermeture des écoles, et le lendemain, déclare l’état d’urgence sanitaire.

En l’espace de quelques heures, notre quotidien a changé ; pour les finissant.e.s comme moi, la vie facultaire a pris fin de manière abrupte et inattendue. Je ne veux pas faire de comparaisons boiteuses, mais quand je repense à ces derniers moments à la Faculté, je le fais avec un brin de nostalgie, un peu à l’image de ces moments que l’on partage avec nos êtres chers avant leur départ. Dans les jours qui ont suivi, un ami m’a envoyé le lien d’un texte paru dans le Harvard Business Review et qui a pour titre « That Discomfort You’re Feeling is Grief ». À la question « est-il juste de nommer « deuil » le sentiment que certains ressentent maintenant ? », David Kesller, expert mondial en matière de deuil, répond : « Yes, and we’re feeling a number of different griefs. We feel the world has changed, and it has. We know this is temporary, but it doesn’t feel that way, and we realize things will be different. [...] This is hitting us and we’re grieving. Collectively. We are not used to this kind of collective grief in the air. » [1]

Mais, revenons à la thématique de cette édition : « solidarité ». En préparant cette dernière édition, Ariane a proposé de la faire autour de la « solidarité ». Toute l’équipe a accepté immédiatement. Je crois que c’était une façon d’apaiser le deuil que nous vivions tou.te.s à différents degrés. Je crois que c’était aussi notre façon de redonner un peu à la communauté étudiante, en maintenant une certaine continuité avec notre vie facultaire par la publication de cette édition – bien que numérique.

Selon le dictionnaire Larousse, la solidarité est un « rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté d'intérêts, sont liées les unes aux autres ». Ce que je retiens de cette définition est que pour se manifester, la solidarité exige « des personnes ». Pas une personne, mais des personnes qui partagent des intérêts communs. C’est sous cet angle que je souhaite parler de solidarité, celui des relations au sein d’une communauté. Je dédie ce dernier texte à la communauté étudiante, à celle que j’ai côtoyée au cours des trois dernières années particulièrement. À celle qui a été solidaire.

Aux professeur.e.s
Rester après un cours pour répondre à nos questions, être rassurant avant, pendant et après un examen, partager un café lors d’une pause, tous ces gestes qui dépassent votre mandat professoral, mais qui font une différence dans notre quotidien. Merci pour votre solidarité et générosité. Un merci tout particulier à Alain Roy, Julie Biron, Daniel Turp, Frédéric Bérard et Danielle Pinard, qui ont marqué mon parcours.

À toutes les personnes que j’ai rencontrées
Aux personnes que j’ai rencontrées lors de mon stage en milieu communautaire à la Clinique juridique du Mile-End, qui font un travail exceptionnel, avec peu de moyens, auprès d’une clientèle qui en a plus que besoin. Au juge Randall Richmond qui m’a accompagnée au cours de la dernière année et qui a été un mentor généreux de son temps et de ses connaissances. Vous êtes solidaires.

À ces ami.e.s que j’ai rencontrés dans une salle de classe. Andréanne, Dounia, Elissa, Jennifer, Samantha, Laurent, Maximilien, Mahdi et tous les autres, compter sur un enregistrement lors d’un cours manqué, vos notes ou une séance d’étude avant un examen m’aura permis de passer à travers ces trois dernières années. Vous aussi, vous êtes solidaires. On se revoit au Barreau.

À mes ami.e.s du Pigeon
Aux anciens. Sofia, François, Marc-Antoine, Marwa, Gabriel, Lydia, travailler à vos côtés a été un réel plaisir, vous avez mis la barre haute, j’espère avoir été à la hauteur. Aux nouveaux. Noémi, Nicolas, Jérôme, Ophélie, Clémence, Muhamed, Judith et Gabrielle, je suis convaincue que le journal reste entre des bonnes mains avec vous à sa tête.  

Aux gens que j’ai rencontrés grâce au Pigeon. Alexandrine, Laurent, Simon, Tobie, William et tous les autres que j’oublie de nommer, merci pour nos discussions et votre aide à chaque édition.

À mon équipe du Pigeon cette année. Du stress la veille d’une publication aux quelques bières dans le local, c’est avec vous que j’ai vécu mes meilleurs moments à la Faculté. Anne-Frédérique, Ariane, Béatrice, Charles-Étienne, Camille R., Camille S., David et Dardia, merci pour la belle année.

 


Et puis oui, finalement, ce texte qui se voulait solidaire, a pris une tournure nostalgique. Certes, on s’adapte aux nouvelles formes d’enseignement et d’évaluation, mais je ne peux cacher ma déception. Ma déception de ne pas avoir pu partager un dernier dîner avec mes ami.e.s, stresser ensemble avant le dernier examen pour ensuite célébrer à la Maisonnée. Toujours selon Kesller : « [i]t’s absurd to think we shouldn’t feel grief right now. Let yourself feel the grief and keep going. ». Alors, je le vis en écrivant ces dernières lignes. Ce texte est ma façon de dire adiós.  

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Sources :
[1] Scott Berinato, « That Discomfort You’re Feeling Is Grief? », 23 mars 2020, https://hbr.org/2020/03/that-discomfort-youre-feeling-is-grief?fbclid=IwAR3KmQpNgYo1Hxl_FAA-mvNvWMUQi-5YYn_Av2H6XfoSY3V0iDC0L358SYE, [en ligne]
[2] Ibid

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