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Lecture en temps de confinement : Parzival

 Couverture de l’ouvrage de Wolfram Von Eschenbach

 

 

En ces temps de confinement social, on s’occupe comme on peut. Je suis convaincu que la lecture fait partie des remèdes de beaucoup. Laissez-moi vous conseiller plus qu’un simple livre, un majestueux chef d’œuvre : Parzival de Wolfram Von Eschenbach. Le titre vous évoque surement une consonance quelque peu familière. En effet, Parzival est l’équivalent germanique du Perceval français. L’épopée de Wolfram Von Eschenbach (1170-1220), plus grand et prolifique des minnesängers allemands du Moyen Âge, est un poème courtois de 25 000 vers écrit à l’origine en moyen haut-allemand. L’œuvre s’inscrit dans le sillage de la légende arthurienne mise à l’écrit notamment par le plus célèbre contemporain d’Eschenbach, Chrétien de Troyes. Le roman courtois de Wolfram Von Eschenbach, comme celui de Troyes, est bourré d’allusions telluriques et solaires, de symbolismes païens et chrétiens et de fortes doses d’ésotérisme dissimulé. 

Pour ceux qui ne sont pas initiés aux mythes de la légende arthurienne qui prend ses racines jusqu’au 6e siècle de notre ère, Perceval le Gallois est un chevalier de la cour de Camelot. D’après la légende, Perceval naquît au Pays de Galles, d’où l’épithète de « Gallois ». Après une enfance où sa mère tente de le préserver du monde extérieur, il rencontra inopinément une troupe de chevaliers durant une promenade en forêt. Perceval s’émerveilla devant la grandiose et la noblesse des hérauts. Ignorant de la nature des choses et des manières courtoises, son désir de grandeur et de découverte le poussa à partir à Camelot où siégeait la cour du roi Arthur. Perceval dut faire ses preuves pour mériter son armure et sa place à la Table ronde. Après un premier duel contre le chevalier vermeil, que Perceval vainquit à la surprise de tous, il prît place à la Table ronde. Mais Perceval fut le plus connu pour sa quête du Graal, câlice de la Cène que Joseph d’Arimathie aurait amenée en Grande-Bretagne. Son périple le mena jusqu’au château du Roi pêcheur où il eut une vision du Graal. Mais tétanisé, il ne put s’en emparer et le ramener à Camelot. Voilà pour les grandes lignes de la légende de Perceval le Gallois tel qu’elle fut transcrite dans le Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Perceval fut le chevalier qui rechercha activement le Graal, désir des hommes depuis la chute de la divinité et le premier pêché de l’homme.

Le Parzival de Wolfram Von Eschenbach se détache du roman de Chrétien de Troyes en ce sens qu’il est beaucoup plus ésotérique. L’histoire diverge aussi bien sûr, Parzival devient le fils de Gahmuret, roi d’Anjou, les allusions au cycle arthurien classique furent moins prononcées que dans le roman de Chrétien de Troyes. Mais c’est, en vérité, le symbolisme et l’ésotérisme du Graal qui vont beaucoup plus loin chez Von Eschenbach. Le Graal et sa quête symbolisent une quête initiatique vers la connaissance primaire, souvenir de la noblesse originelle de l’homme et gloire originelle. Le Graal de Parzival demeure un rite initiatique, fortement ésotérique. Le Graal n’est plus tant la coupe qui recueillit le sang du Christ d’un point de vue matériel. Le Graal devient plutôt le départ d’un processus de divinisation de l’homme accompli qui le recueille. Le processus de transfiguration fait passer l’homme d’un état basique à un état initial d’éveil jusqu’à l’avènement suprême, la noblesse originelle de l’homme. On voit que le mythe arthurien, rappelons-le d’origine celtique, fut très fortement imprégné de pensées chrétiennes. L’accomplissement de la quête du Graal conclut le retour de l’homme vers Dieu, son retour à l’état originel qui prévalait en Eden. Toutefois, il ne faut pas voir le Parzival de Wolfram Von Eschenbach, comme le Perceval de Chrétien de Troyes, ou celui de Thomas Malory du recueil Le morte d’Arthur, comme un personnage essentiellement chrétien. En effet, le symbolisme est beaucoup plus complexe et dépasse le simple mythe du Graal. Parzival constitue un personnage fortement gnostique. C’est-à-dire que sa motivation ne se résume pas à une mystique chrétienne, mais s’articule autour de la perpétuelle recherche de la connaissance. Cette recherche de la connaissance, au sens ésotérique, pour la salvation de l’âme humaine transcende toutes les religions et tous les mysticismes. Parzival est un personnage ni foncièrement bon, ni foncièrement mauvais, encore une fois au point de vue mystique. Mais sa position médiane lui permet de reconnaître le Graal lorsqu’il l’aperçoit, bien qu’il ne fît aucun geste pour s’en emparer. Il faut voir Parzival au travers de sa version purement chrétienne qu’est le chevalier Galahad qui acheva la quête du Graal. Galahad est véritablement la version parfaite, aseptisé de tout ésotérisme non-chrétien de Parzival. C’est pourquoi ce fut Galahad, et non Parzival, qui acheva la quête du Graal d’un point de vue strictement matériel. Parzival ne parviendra jamais à conclure sa propre quête du Graal, puisque la quête de la connaissance primaire est une recherche perpétuelle qui ne s’achève jamais. Voilà pourquoi Parzival, tel que nous le décrit Wolfram Von Eschenbach, est indiscutablement le personnage du cycle arthurien le plus intéressant, car ses motivations profondes et sa quête ne furent pas complètement modifiées par la forte christianisation de la légende du roi Arthur. 

Je vous conseille fortement la lecture de Parzival si vous vous intéressez à la légende arthurienne ou à toute cette mystique du Graal. Ce n’est vraiment pas une lecture facile, je le concède. Pour compliquer les choses, rien dans l’ésotérisme qui teinte l’œuvre courtoise n’est explicite. Il faut savoir déchiffrer le symbolisme qui transparaît entre les lignes. Mais la lecture de Wolfram Von Eschenbach ouvre un éventail de lectures et de questionnements qui mène vers le chemin sinueux de la longue quête de la connaissance. En ces temps de confinement, je ne vous conseille pas une lecture facile ou un livre que l’on referme une fois fini. Le Parzival de Wolfram Von Eschenbach est un véritable voyage initiatique vers la prise de conscience de l’homme depuis sa chute de l’Eden. 

 

 

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