« Restez chez-vous » martèlent les autorités. Message reçu : on évite de sortir dehors. Ça n’aura jamais été aussi simple de participer à l’effort collectif pour les plus casaniers d’entre nous.

 

En ces temps où l’on nous exhorte à rester chez nous, on oublie que beaucoup n’ont pas de chez eux. Difficile de voir plus primaire comme besoin que celui d’avoir un toit et pourtant, une partie de l’humanité n’y a pas encore accès : les femmes et les hommes qui errent dans nos rues ou encore, les migrants qui, poussés par des motifs que l’on peine à comprendre tant ils sont loin de nous, se butent aux frontières de nos pays. Il y aussi des gens qui ont un chez-soi, une adresse civique, un toit sur la tête, mais qu’il s’agit d’un foyer dangereux, froid, précaire, un chez-soi qui n’est pas digne de ce nom : les victimes de violence domestique, les femmes ou les enfants qui se sentent en danger entre leurs quatre murs ou encore, ceux et celles qui habitent dans des logements exigus et insalubres.

 

Lorsque prendra fin la pandémie du COVID-19, il y aura beaucoup à faire, à se dire, à réfléchir, à réparer. On devra repenser beaucoup de choses. Au milieu de nos discussions où l’économie prendra la première place, on abordera le logement : les retards dans les loyers, les prêts hypothécaires qu’on peine à rembourser, on parlera de la Régie du logement qui a suspendu temporairement, à la demande du Gouvernement, les évictions de locataires. On discutera peut-être du fait que la quarantaine nous a fait réaliser toute la valeur d’un chez-soi : confinés pendant des semaines dans nos maisons, nous aurons rarement passé autant de temps à l’intérieur à redécouvrir notre maison et les gens avec qui l’on habite. On appréciera nos logements lorsqu’ils sont spacieux, bien aménagés, lorsqu’ils ont un jardin ou encore lorsqu’ils sont remplis d’amour, de bonne entente et d’un sentiment de sécurité. On appréciera ce qui fait d’un foyer un chez-soi agréable.

 

Une fois donc, que l’on aura réalisé à quel point un foyer décent, sain et chaleureux est vital, il faudra se parler des migrants refusés alors que leur chez-soi d’origine croule sous les bombes, sous les menaces. Il faudra se parler des itinérants dans nos rues parce qu’il y a souvent un manque de financement (ou de volonté politique?) pour les aider. Il faudra se parler des foyers violents, haineux où sont violentés et abusés des femmes et des enfants. Il faudra trouver des solutions.

 

Il faudra aussi se parler de ceux qui habitent dans ces logements qui ne sont ni décents, ni vivables tant ils sont précaires et peu enviables. On se penchera probablement sur la crise du logement qui fait rage partout au Québec et qui attaque directement le droit de tous.tes et chacun.e à un chez-soi. Il devient difficile de se loger sans s’appauvrir au Québec. Les logements se font rares, les logements décents encore plus. Les appartements exigus et insalubres s’envolent à des prix exorbitants, faute de mieux.

 

Le milieu communautaire a depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme quant à la situation, mais peut-être que cette expérience de la quarantaine lui permettra d’être davantage entendu et pris au sérieux. On pourra alors se rendre compte qu’un logement abordable et convenable est un vrai droit et qu’il y a une responsabilité étatique qui doit y répondre, notamment par la construction massive de logements sociaux. Les Libéraux en avaient promis 15 000 qu’ils n’ont jamais livrés en raison de leur politique d’austérité. Les Caquistes n’en livreront que la moitié d’ici 2022. Ne pas réagir face à la crise, non pas sanitaire celle-là, c’est condamner des hommes, des femmes, des enfants et des familles à vivre dans la pauvreté d’un foyer précaire, un loyer qui leur demande une proportion honteuse de leurs revenus mensuels.

 

Dans une chanson de 1973, Pauline Julien chante : « Ah comme il fera doux quand nous serons vraiment chez nous! ». C’est vrai qu’il fera doux quand nous aurons tous.tes vraiment un chez nous où il fait bon vivre, quand nous agirons tous.tes pour que chacun ait un chez-soi. On s’en parlera quand la pandémie sera passée.

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