Dessin d’Agata, Nowicka, Pologne

 

Le 14 février dernier, Emilie Nicolas et Me Nour Farhat sont venues à l’Université de Montréal lors du Colloque multidisciplinaire : voix féministes organisé par les comités féministes en droit, en philosophie, en études internationales et en sciences politiques pour un panel animé par l’étudiante Safi Nsiempba. L’ambiance a prêté à l’échange et les deux panélistes ont pu sincèrement partager leurs expériences et leurs conseils aux participant.e.s.


Le thème du panel, « Femmes racisées et lieux de pouvoir » a permis d’explorer les différentes problématiques qui limitent les femmes, et particulièrement les femmes racisées ou immigrantes, pour accéder à certaines positions de pouvoir et briser le « plafond de verre ». En effet, les lieux de pouvoir sont tous ces postes de direction, ces conseils d’administration ou encore ces espaces politiques et culturels. Notons aussi qu’en plus de subir cette discrimination verticale, les femmes subissent aussi une discrimination horizontale, ou les « murs de verre » comme Pre Isabelle Duplessis l’expose dans son cours « Féminismes, femmes et droit international » en traitant du texte de Kristen Haack sur la notion du « boys club » à l’ONU [1]. Ce type de discrimination fait en sorte que les femmes au pouvoir sont souvent affectées à des portefeuilles genrés typiquement « féminins » comme la santé, la famille ou tout ce qui touche au « care » (notion faisant notamment référence à l’éducation des femmes et qui tend vers l’empathie et le soin des autres) plutôt que l’économie par exemple. Dans son cours, Pre Duplessis met en exergue deux types d’obstacles à l’accès et au maintien au pouvoir pour les femmes soit premièrement, le harcèlement sexuel au travail et l’intimidation et deuxièmement, le fait que les femmes au pouvoir n’ont pas le droit à l’erreur et sont scrutées et jugées plus sévèrement : chaque échec remettra directement en question leurs compétences. Rajoutons à cela le racisme et les préjugés qui touchent les femmes racisées et il est devient évident qu’il leur est plus difficile de se faire une place au sein des lieux de pouvoir.


Ainsi, durant le panel, il a été notamment question de la violence en ligne ou des « trolls » qui visent de façon plus importante les femmes et surtout celles faisant partie de minorités ethniques. Ce phénomène n’est pas anodin : selon un rapport de l’ONU de 2015, 73 % des femmes qui utilisent Internet sont touchées par la cyberviolence plus ou moins directement [2]. Ce harcèlement virtuel peut prendre plusieurs formes, de l’intimidation, à l’humiliation publique ou encore des menaces à l’intégrité physique. Les femmes, minoritaires dans l’espace public, doivent donc en plus faire face à ce harcèlement et ces propos haineux de manière disproportionnée par rapport aux hommes.


Les panélistes ont aussi pu aborder le sujet de la Loi sur la laïcité de l’État ou Loi 21, qui a eu un impact direct sur l’avocate Nour Farhat dans son cheminement professionnel. En effet, alors qu’elle finissait une maîtrise dans le but de devenir procureure de la Couronne, la loi est entrée en vigueur et Me Farhat n’a conséquemment pas pu accéder au poste pour lequel elle avait étudié. Dans une lettre ouverte, cette avocate souligne qu’il « s’agit là d’un véritable obstacle à l’accès à l’emploi des avocates et avocats appartenant à des minorités religieuses. […] la séparation de l’État et de la religion et la neutralité religieuse ne devraient être des obstacles au droit à l’égalité, ils se doivent plutôt de protéger les membres de la société, notamment contre l’ingérence des autorités religieuses dans les institutions étatiques ».


D’ailleurs, dans le livre « Le Boys Club » de Martine Delvaux, l’autrice souligne comme facteurs à la présence dominante des hommes au pouvoir le fait que ce phénomène est toléré et peu remis en question. Delvaux explique : « Cette domination masculine aux allures bureaucratiques tant elle est normalisée, qui a pour effet d’effacer la conscience des individus et de la remplacer par des idées toutes faites, des clichés qui sont autant de refus de penser » [3].


Je considère aussi que la remise en question et l’action sont nécessaires, et, à mon sens, une des seules mesures vraiment efficace pour remédier à ce problème est l’instauration de quotas. Les changements ne se feront pas d’eux-mêmes malgré la présence de plus en plus importante des femmes dans les universités. L’exemple de la Norvège parle pour lui-même : à la suite de quotas visant les conseils d’administration des entreprises en 2003, la présence des femmes a passé de 6 % à 40 % en dix ans [4].


Enfin, les femmes et les femmes racisées devraient pouvoir accéder au pouvoir autant que les hommes sur la base d’un principe non seulement d’égalité, mais aussi de celui voulant qu’il est fondamental d’avoir la vision de ces femmes dans la prise de décisions qui les touchent en tant que citoyennes.


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Sources
[1] Kirsten Haack, “Gaining Access to the ″World’s Largest Men’s Club‶: Women Leading UN Agencies”, (2014) 28/2 Global Society 217-240.
[2] La liberté d'expression des femmes est brimée par les trolls, dénonce Lili Boisvert, Radio-Canada, 1er mars 2017.
[3] Martine Delvaux, Le Boys Club, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2019, p. 136.
[4] La Norvège impose des quotas aux entreprises, Courrier international, 7 décembre 2005; Femmes sur le C.A.: l'exemple de la Norvège, Maxime Bergeron, La Presse, 15 octobre 2013.


 

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