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Parasite triomphe dûment

14/02/2020

 

Trop souvent par le passé, l’Académie des arts et des sciences du cinéma a remis sa statuette de meilleur film à une grosse production américaine (en anglais). 12 fois seulement, en 92 éditions, un film en langue étrangère - rebaptisé meilleur film international depuis cette année – a été nommé dans la catégorie du meilleur film. Dimanche dernier, Bong Joon-Ho a écrit l’histoire en faisait de son film Parasite le premier film étranger à triompher dans la plus prestigieuse catégorie de la soirée. En remportant aussi les Oscars du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original et du meilleur film international, Parasite repart d’Hollywood avec toute la gloire, et c’est pleinement mérité. Du même coup, l’Académie corrige enfin ses erreurs du passé.

 

En 1999, la statuette du meilleur film avait été remise à Shakespeare in Love, un mauvais film, disons-le, encore aujourd’hui considéré comme le pire film à avoir gagné l’Oscar du meilleur film. C’est essentiellement en raison d’une grosse campagne publicitaire grassement financée que Harvey Weinstein (!) avait mené son film jusqu’à la victoire. La plus grande tristesse est que le véritable meilleur film de l’année, La vita e bella, chef-d’œuvre du réalisateur Roberto Benigni, n’était reparti qu’avec deux prix de « consolation », soit celui du meilleur film en langue étrangère et celui du meilleur acteur – Benigni étant la vedette de son propre film. Toujours en 1999, un autre film aurait mérité la statuette la plus convoitée : Saving Private Ryan, de Steven Spielberg, considéré par plusieurs comme le meilleur film de guerre jamais réalisé. Malheureusement, l’Académie s’était laissée berner par la publicité entourant Shakespeare in Love et avait récompensé le mauvais long-métrage.

 

Cette année, le film avec la plus grosse équipe marketing était sans doute 1917, que tous, moi le premier, prévoyaient gagnant. Sans être aussi mauvais que Shakespeare in Love, 1917 ne méritait pas de gagner, ce qui, fort heureusement, n’est pas arrivé. L’Académie n’est pas non plus tombée dans le piège de consacrer ce film de guerre dont l’histoire n’était pas digne du prestige associé à l’oscar du meilleur film. Avec le sacre de Parasite, l’Académie, en quelque sorte, corrige l’erreur de 1999 en célébrant enfin le cinéma étranger. Qui sait ce que l’histoire en fera; 1917, comme Saving Private Ryan en 1999, émergera possiblement comme le film le plus populaire de l’année. Mais au moins, dimanche  soir, c’est le meilleur film qui a gagné.

 

Parasite mérite chaque récompense qu’il a reçue dimanche dernier. C’est un film inspiré, bien ficelé, et les 2h15 passent trop vite, tellement l’histoire est recherchée. Sans compter tous les symboles que ce film coup-de-poing nous offre. Rarement sort-on d’une salle de cinéma avec autant d’éléments à encaisser et à analyser. Parfois surjoué, ce film compense par un scénario merveilleusement bien écrit et des intrigues captivantes. Parasite est sans aucun doute le prototype parfait d’un oscar du meilleur film.

 

Quant à 1917, sa cinématographie hors-pair faisait de lui le récipiendaire idéal pour le meilleur film aux Golden Globes – cérémonie plus populaire, voire populiste - il y a quelques semaines. Parfois mince, la ligne entre ces deux cérémonies a été parfaitement tracée cette année offrant à ces deux films les récompenses qu’ils méritaient. 1917 repart malgré tout avec la statuette de la meilleure photographie, que le talentueux Roger Deakins méritait entièrement.

 

Le grand perdant est sans doute The Irishman, qui a fait un 0/10 le soir du 9 février. Parfois long, The Irishman était une belle incursion dans le monde de la mafia, mais dans chaque catégorie où il était en nomination, le film de Martin Scorsese ne se démarquait pas face à des rivaux de taille.

Du côté des acteurs et actrices, l’oscar de la meilleure actrice de soutien à Laura Dern pour son rôle d’avocate dans Marriage Story était pleinement mérité. Petite déception de ne pas voir Scarlett Johansson remporter celui de la meilleure actrice pour le même film, mais sa performance demeure grandiose. Brad Pitt aussi était digne de son Oscar - son premier, lui qui rehausse un film de Tarantino bien ordinaire.

 

En somme, je pense que ces Oscars 2020 ont visé juste pour l’entièreté des statuettes remises. C’est plutôt la cérémonie elle-même qui a déçu. L’absence d’animateur commence réellement à se faire sentir. La soirée semblait manquer de cohésion et les longueurs se répétaient. On aurait pris Steve Martin et Chris Rock pour toute la soirée. Leur expérience à l’animation de la soirée était palpable et nul doute qu’ils auraient dirigé habilement la cérémonie au complet. Déjà que les discours manquaient d’inspiration et de verve, on aurait bien aimé un peu de contenu parlé.

Un mot en terminant sur les performances, elles aussi bien ordinaires. On se serait passé de la bien pâle prestation de Randy Newman et de celle d’un Eminem essoufflé qui laissait indifférent. Finalement, le choix de Billie Eilish pour interpréter la chanson de l’immanquable in memoriam était honnêtement très discutable. Elle ne cadrait tout simplement pas avec la nécessaire sobriété de ce moment qui appelle au recueillement. On s’ennuyait de la magnifique interprétation de Hallelujah par Tori Kelly il y a quatre ans.  

 

Malgré tout, dans l’ensemble, on peut se réjouir de cette 92e cérémonie des Oscars, principalement grâce à Parasite dont on ne peut que se réjouir de la victoire.     

 

 

 

 

 

 

 

 

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