Jean Charest, le sauveur ?

01/02/2020

 N.D.L.R : L'auteur de ce texte l'a écrit avant l'annonce du 21 janvier voulant que Jean Charest ne serait pas de la course à la chefferie pour le Parti Conservateur du Canada.

 

Au mois de novembre dernier, j’écrivais dans ce même journal qu’il était temps pour Andrew Scheer de démissionner de son rôle de chef du Parti conservateur du Canada. Quelques semaines plus tard, au moment où personne ne s’y attendait, Scheer démissionnait, laissant place à la spéculation habituelle qui précède une course à la direction. Fort de cette juste prédiction, je récidive en explorant la possibilité que Jean Charest soit élu chef du Parti conservateur.

 

« Jean Charest songe à se lancer dans la course ». C’est sur cette phrase devenue intemporelle que s’est ouverte cette nouvelle décennie 2020 (qui n’en est pas encore une réellement). On la croirait sortie d’un vieux journal daté de 1984, ou encore de 1998. Et pourtant non, Jean Charest mesure bel et bien ses chances de se lancer à la chefferie du Parti conservateur du Canada. Au moment où vous lisez ces lignes, il est peut-être même déjà dans la course. Alors, sauveur véritable ou hasbeen, ce Charest ?

 

Le moins que l’on puisse dire est que rarement la candidature potentielle, surtout à la chefferie conservatrice, aura fait couler autant d’encre. Même 36 ans après ses premiers milles en politique, Charest ne cesse de susciter de vifs débats. Admiré par certains et détesté par d’autres, Jean Charest ne remporterait certainement pas le concours du politicien le moins polarisant. Pour un parti déjà profondément divisé (ou jamais vraiment unifié ?), un chef rassembleur serait sans doute le candidat recherché ; une case que ne peut cocher Charest. D’un autre côté, notons bien qu’Andrew Scheer était justement – malgré une course à la chefferie remportée de justesse – ce candidat rassembleur, avec les résultats que l’on connaît …

Contrairement à Scheer, Charest ne manque pas d’expérience politique et n’aurait pas besoin des premiers mois de son mandat simplement pour se faire connaître. De plus, dans un contexte de gouvernement minoritaire dont la durée de vie est écourtée, le nouveau chef devra rapidement incarner la crédibilité et avoir la visibilité nécessaire pour se lancer en campagne électorale dans les 338 circonscriptions au pays.

 

Et justement, la réputation de Charest en campagne n’est plus à faire. Debator surdoué et parfaitement bilingue, Charest est sans doute l’un des communicateurs les plus talentueux de sa génération. Ne serait-ce que pour faire changement des phrases approximatives de notre premier ministre actuel, c’est la politique canadienne qui serait gagnante de voir un candidat comme Jean Charest renouer avec les lutrins de débats. Inutile de dire que pour la première fois depuis le départ de Thomas Mulcair comme chef du NPD, Trudeau aurait une véritable opposition dialogique.

 

L’autre élément essentiel à considérer est qu’il est un ancien progressiste-conservateur, du Québec de surcroît. Évidemment, plusieurs Conservateurs de l’ouest, Jason Kenney le premier, croient plutôt que le prochain chef devrait provenir lui aussi de l’Alberta ou des Prairies, là où se situe véritablement le cœur de ce parti. Pour la branche Reform du PCC, le prochain chef devra œuvrer dans la continuité de ses successeurs et proposer une plateforme plus réformiste que progressiste, sans quoi le parti perdrait sa base d’électeurs fidèles à l’ouest de l’Ontario.  

 

Dans le contexte actuel, cet argumentaire ne tient pas la route pour deux raisons. D’abord, jamais dans l’histoire du Canada le Parti conservateur (PPC inclus) n’a remporté une élection face à un chef libéral provenant du Québec, à moins d’avoir lui-même un chef natif de la Belle Province. Si le passé est garant du futur, le PCC doit se doter d’un chef né au Québec pour espérer battre Justin Trudeau. Deuxièmement, une rapide analyse des résultats de la dernière élection nous révèle que dans 31 des 34 circonscriptions albertaines, les Conservateurs l’ont emporté par plus de 20 % des voix. Autrement dit, le vote conservateur dans l’Ouest n’a jamais été aussi fort, et le parti maintiendrait sans crainte ses appuis dans l’Ouest malgré l’arrivée d’un chef plus progressiste provenant du Québec, de l’Ontario ou des Maritimes.

 

Vraiment, il est temps d’un changement de garde au Parti conservateur pour éviter de renvoyer encore plus ses électeurs progressistes chez les Libéraux. Un sondage mené à la suite de la dernière élection montrait que le parti a perdu 20 % de ses électeurs habituels, surtout en raison du manque d’appétit du parti pour un véritable plan de lutte aux changements climatiques. Parmi tous les électeurs ayant considéré voter conservateur, 77 % placent l’environnement comme faisant partie de leur top priorities, pour reprendre les mots exacts. Quoi de mieux qu’un ancien ministre de l’environnement sous Brian Mulroney pour remettre la question climatique à l’agenda conservateur ?  

 

Autant l’argument voulant qu’un parti doive d’abord occuper sa place usuelle avant de courtiser d’autres électeurs est valide, autant, cette fois, force est d’admettre que le désir de certains de nommer un autre chef de l’Ouest canadien n’est que le refus de reconnaitre le nécessaire changement au sein du parti. Même Stephen Harper, pilier fort de la droite conservatrice, reconnaissait l’importance de faire une place aux Red Tories pour espérer gagner les élections. La politique, après tout, n’est-elle pas l’art du compromis ?

 

Reste maintenant à savoir si Jean Charest est LA personne pour remplir ces attentes, aussi élevées soient-elles. Sur papier, sa feuille de route est parfaite : expérimenté, bilingue, orateur doué, progressiste et surtout, capable d’aller chercher un électorat qui apostasie le Parti conservateur depuis la majorité de 2011, à commencer par la ville de Toronto où les Conservateurs ne franchissent même plus le cadre de porte.

 

Le problème toutefois est que malgré toute la splendeur d’une feuille de route, c’est sur le terrain que les choses se jouent. Au Québec en particulier, les gens ont-ils oublié sa fin de mandat en queue de poisson ? Et la Commission Charbonneau, ça vous rappelle des souvenirs ? Ne pas avoir été (encore ?) placé derrière les barreaux n’est pas suffisant pour que la confiance soit renouée. Il est loin d’être certain que les Québécois sont prêts à élire de nouveau Jean Charest. Parce que, disons-le, l’une des clés d’une éventuelle victoire conservatrice sous Charest passerait inéluctablement par un retour au bercail des Québécois chez les Conservateurs, ce qui ne s’est pas vu depuis 1988. Lourde tâche pour un ancien premier ministre profondément détesté par plusieurs.

 

N’oublions pas non plus que le Parti conservateur au Québec depuis quelques années est beaucoup plus proche idéologiquement de l’actuelle CAQ que du Parti libéral du Québec dont Charest a été chef pendant 14 ans. Convaincre d’anciens Caquistes ou Adéquistes maintenant Conservateurs qu’il peut mettre de côté les divisions politiques québécoises serait pour le moins un objectif périlleux. Sans oublier qu’il devra prouver aux Ontariens qu’il n’est justement pas simplement qu’un ancien premier ministre de la province voisine, en plus de rappeler aux Albertains qu’il est aussi conservateur, tout autant qu’il est progressiste.    

 

Alors comment fait un politicien, que tous ont de fortes raisons de détester, pour convaincre qu’il est la personne à suivre ? Il les convainc que sa capacité à rallier est plus grande que la somme des défauts que chacun peut y voir. Et là-dessus, Charest est un maître dans l’art de convaincre. Voyons maintenant s’il a encore quelques tours dans son sac.

 

Mais qu’importe l’issue de cette course qui s’annonce enlevante, c’est déjà une excellente nouvelle pour le Parti conservateur qu’une candidature de qualité comme la sienne soit envisagée. C’est le genre de nouvelle que tout parti désespérément à la recherche d’un sauveur peut se réjouir d’avoir. Et qu’il gagne ou non, Jean Charest dans une course à la chefferie, c’est toujours fascinant.


Alors, « John James Charest, chef du Parti conservateur du Canada », vous y croyez ?

 

 

D’autres courses à la chefferie à suivre en 2020

Si vous êtes de ceux et celles qui croyez que la politique en 2020 ne sera pas intéressante à suivre, détrompez-vous. À l’instar du Parti conservateur, plusieurs autres partis sont à la recherche d’un nouveau chef ou d’un d’une nouvelle cheffe. Tour d’horizon des courses à suivre en ce début d’année 2020. 

Restons en politique fédérale canadienne, où le Parti vert se cherche un nouveau chef pour remplacer Elizabeth May, aux commandes depuis 13 ans. Le chef sera connu au congrès du 4 octobre prochain. La course s’annonce cruciale pour ce parti qui aspire plus que jamais à se définir comme un parti sérieux sur la scène fédérale. Avec l’environnement qui prend désormais une place centrale dans le portrait politique, inutile de dire que le prochain chef aura la lourde tâche de prouver que ce parti a encore sa place et que la lutte canadienne aux changements climatiques passe nécessairement par le Parti vert. Julie Tremblay-Cloutier, femme d’affaires dans la quarantaine, a démontré son intérêt à se lancer. Le parti réussira-t-il enfin à prouver qu’il a une vie en dehors de l’île de Vancouver ?

 

Le Québec ne sera pas en reste dans la course à la direction des partis, à commencer par le Parti libéral qui se cherche un nouveau chef. Avec la popularité démesurée de la CAQ présentement, il n’est pas surprenant de ne pas voir de candidature de qualité se pointer le bout du nez. Habituellement, les meilleurs candidats attendent qu’une véritable opportunité de gouverner se présente. On devra quand même surveiller Dominique Anglade, favorite dans la course, qui est en campagne depuis plusieurs mois déjà. Une candidature jeune, féminine et immigrante, c’est certainement très rafraichissant, surtout pour un parti de boomers archi-blanc. Imaginez François Legault expliquer à Anglade pourquoi il est nécessaire de réduire les seuils d’immigration n’est que l’une des raisons pour lesquelles une candidature Anglade est intéressante. Reste maintenant à prouver qu’elle a l’étoffe pour être cheffe du plus important parti dans l’histoire du Québec. 

 

Au Parti québécois aussi on se cherchera un nouveau chef en 2020. Là encore, les candidatures de qualité manquent, mais c’est malheureusement à l’image de ce parti moribond qui est en constant déclin depuis 1998. Avec Sylvain Gaudreault comme potentiel successeur, j’ai l’impression que la chefferie du PQ est devenue un rôle que les quelques fidèles s’échangent en attendant que quelqu’un de l’externe ne s’y intéresse. Est-ce que l’humoriste Guy Nantel, ou encore l’historien Frédéric Bastien sauront relancer le PQ ? J’ai peur que ce soit bien plus qu’une course à la chefferie dont ce parti a besoin… 

 

Finalement, 2020 marquera aussi la dernière année (enfin !) du premier mandat de Donald Trump comme président des États-Unis. Tandis que sa place comme candidat républicain est quasi assurée – à moins bien sûr qu’il ne soit destitué d’ici là -, la course chez les Démocrates, elle, est bien ouverte et sera fort intéressante à suivre en cette nouvelle année. D’aucun parmi les Joe Biden, Elizabeth Warren, Bernie Sanders, Pete Buttigieg et Michael Bloomberg, n’arrive à se démarquer. Buttigieg a l’avantage de se distinguer par son âge (le seul à être âgé de moins de 70 ans) et pourrait remporter l’Iowa, premier caucus des primaires, lui qui est natif de l’Indiana, un autre État du Midwest. Joe Biden, longtemps premier, ne semble plus en mesure de gagner tant sa course s’essouffle. L’argent est là, mais on ne semble plus croire en lui chez les électeurs démocrates. Michael Bloomberg en est un autre pour qui l’argent ne sera pas un enjeu. Déclaré candidat trop tard, il ne prendra pas part aux premiers caucus de la primaire, mais rejoindra les autres à l’occasion du Super Tuesday, journée la plus payante des primaires. Mathématiquement, c’est faisable, mais aura-t-il l’élan nécessaire rendu là ? Jamais un candidat n’a gagné la primaire sans gagner l’un des quatre premiers États. Finalement, les deux autres doivent encore démontrer qu’ils ont ce qu’il faut pour battre Trump en 2020. Avec le positionnement idéologique très à gauche de Sanders et de Warren, il serait surprenant de voir l’un des deux se faufiler en tête. Le parti devra plutôt se choisir le candidat capable de rallier toutes les branches de ce parti extrêmement diversifié. Le meilleur pour le faire ? Probablement Mayor Pete. Et pourquoi pas avec un appui de Bloomberg ?

 

 

 

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