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Aimer le cinéma québécois, revue de films 2019

 

La vie étudiante peut souvent devenir anxiogène, avec les mille et une lectures et les mille et une soirées auxquelles on veut assister. Pour moi, l’art est un moyen de relaxer, de sortir de mon quotidien de lectures et d’articles de codes. C’est un moyen de réfléchir à autre chose, et un moyen de vivre de belles émotions. L’automne passé, je suis souvent allée au cinéma afin de me détendre et de me changer les idées. Je vous propose 3 films québécois qui m’ont touchée chacun à leur façon durant la dernière session.

 

Antigone

 

J’ai pris connaissance du mythe d’Antigone pour la première fois dans un cours de première année l’hiver passé. Une histoire qui peut à première vue sembler désuète, par son époque et ses personnages mythiques. On y aborde la confrontation entre deux justices, celle naturelle contre celle dite positive. À la première lecture du texte, on peut avoir tendance à compatir avec la jeune protagoniste, qui prône haut et fort la justice naturelle et toutes les valeurs qui en découlent; l’amour, la loyauté, le courage, la fraternité. À la seconde lecture, on reconnait notre propre justice dans celle de Créon, une justice avec des règles bien établies dont on ne déroge pas, sous peine d’être sanctionné. Une justice qui donne à notre société toute sa stabilité et son ordre.

 

Antigone, c’est un film qui reprend à merveille le mythe et qui le dépeint dans notre propre société. Notre société, avec ses polices, ses tribunaux, ses codes, ses lois. Une société stable, dont on connait les règles. Que se passerait-il si une injustice découlait de l’application de nos règles? C’est ce qui arrive à la famille d’Antigone, et elle refuse d’y adhérer. Elle nous enseigne ainsi autre chose que l’ordre que l’on connait et ce qui nous semble être juste. Elle déconstruit notre idée préconçue de la justice. Elle nuance ce qui peut nous paraître incontestablement légitime. Elle nous enseigne autre chose; loyauté, courage, fierté et surtout, amour. Elle nous apprend à aimer, peu importe.

 

À travers sa révolte, elle amène derrière elle sa famille, ses proches, mais aussi plusieurs autres citoyens et inconnus, ce qui mène à une révolution. Des inconnus qui se rangent derrière elle pour dénoncer toute l’injustice de sa situation. Des inconnus qui se rangent derrière elle pour dénoncer notre justice telle qu’on la connait.

 

C’est beau, c’est tellement beau. On a envie de crier avec elle, on a envie de faire mieux. On a envie d’être là pour les gens qu’on aime vraiment, on a envie d’aimer correctement. D’être présent, d’être loyal, d’être fier, de défendre, d’aimer, peu importe. C’est un film auquel j’ai pensé durant très longtemps après l’avoir visionné. C’est un film que je recommande grandement.

 

Matthias et Maxime

 

Ce qu’on entend de plus en plus des films de Xavier Dolan, c’est qu’on y voit les mêmes thèmes. On lui reproche de se recycler, de ne pas se renouveler.

 

Oui, deux des personnages sont homosexuels. Oui, l’un d’eux a une relation conflictuelle avec sa mère. Non, ce n’est pas du déjà-vu. C’est tellement plus.

 

Pourquoi l’homosexualité est-elle nécessairement vue comme un thème ? Je n’y ai vu qu’une belle histoire d’amour. Comme celle de l’excellent Call me by your name; celui-ci m’avait marquée par son emphase sur la naissance d’un amour d’été entre un garçon et un homme, plutôt que sur les tabous, les réactions de l’entourage ou la complexité d’un coming out.  On ne se lasse jamais des histoires d’amour, même si l’amour en soi est un thème. Matthias et Maxime, c’est une histoire d’amour comme n’importe laquelle, une très belle histoire d’amour.

 

Matthias et Maxime, c’est l’histoire de deux garçons dont l’amitié évolue vers le désir et l’amour. L’un d’eux réfute ce désir qu’il ne comprend pas encore, ce désir qu’il apprend tout juste à apprivoiser. Un désir déconcertant. Déconcertant car c’est envers un ami de longue date. Déconcertant car il a déjà une amoureuse; une fille. Ce n’est pas parce qu’il ne l’aime pas, cette fille. On se doit de distinguer amour et sexualité. 

 

Ce personnage adopte en conséquence des comportements qui ne lui ressemblent pas; impatience, susceptibilité et méchanceté envers ses proches, mais surtout envers son vieil ami. Haine et amour sont souvent séparées d’une mince ligne; on doit apprendre à aimer correctement et ce personnage l’apprend à ses dépens.

 

Bien sûr, on voit la signature de Xavier Dolan par la relation mère-fils qu’a le personnage de Maxime avec sa mère, interprétée par la versatile Anne Dorval. On pourrait dire que c’est du déjà-vu dans ses films; mais il ne fait qu’exposer une relation complexe et conflictuelle qui peut expliquer la timidité et l’anxiété qui habitent le personnage de Maxime. Une relation qui ne fait pas ombre à l’angle principal du film, la naissance d’un amour différent entre ces deux amis et toute la complexité qui entoure cet amour. J’y ai seulement vu un bel ajout.

 

Je recommande ce huitième long-métrage de Xavier Dolan. C’est évidemment bien réalisé, mais c’est surtout beau. Beau à faire sourire, beau à faire pleurer; beau par cette passion entre les nouveaux amoureux, beau par la liberté que prend le réalisateur à exposer le désir grandissant entre les deux amants. C’est beau parce que c’est une histoire d’amour comme les autres, mais aussi parce qu’on ne fait pas abstraction des difficultés reliées à l’incertitude de sa sexualité. On arrive à comprendre Matthias, mais on espère seulement qu’il arrivera à se comprendre lui-même et qu’il s’abandonnera à son ami.

 

Kuessipan

 

Ce film est une adaptation du roman Keussipan qui raconte l’histoire d’une adolescente innue dans ses amitiés, ses rêves, ses premiers amours et ses premières peines. 

 

Ce qui est beau, c’est qu’on se fait raconter l’histoire de l’adolescente dans sa réalité, dans son quotidien. Dans le quotidien de sa réserve, avec ses coutumes, ses traditions, sa langue, son histoire. On se fait raconter une histoire comme les autres, à travers la vision d’une autrice autochtone. Sans préjugé, sans regard extérieur, sans stéréotype. On y montre les beaux comme les mauvais côtés d’habiter ces réserves. On y montre les répercussions de l’oppression qu’ont vécue ces peuples, mais aussi toute leur résilience dans leur façon d’aimer, de célébrer, de passer du temps en famille.

 

On vit avec l’adolescente ses premiers amours, ses questionnements quant à ses ambitions, ses amitiés, ses peines. Et on s’expose à travers son histoire à sa langue, ses valeurs, ses coutumes, ses craintes. On s’expose aussi à la façon dont elle est regardée par les membres de sa communauté, et par les blancs.

 

C’est rare de voir une fiction ancrée dans la réalité autochtone. De ne pas apprendre à connaître ceux qui partagent nos terres à travers la vision de documentaires ou de reportages, ou à travers la vision de réalisateurs québécois. C’est rare de voir un casting 95% autochtone; de laisser à de jeunes acteurs la chance de jouer un personnage issu de leur réalité. Et ces acteurs sont tellement touchants; ils sont brillants dans leur performance et attachants par leurs personnages à la fois aimants, complexes et maladroits.

 

Je recommande ce film pour s’ouvrir les yeux sur autre chose que notre propre quotidien. Pour commencer à comprendre des coutumes qui sont différentes des nôtres, pour laisser la chance à cette communauté de s’exposer sous toute sa beauté et toutes ses couleurs. Je recommande ce film car il est beau, et parce qu’on est tout de même capable de s’identifier aux personnages qui vivent des réalités différentes.

 

 

En somme, trois films touchants, trois films d’amour. De l’amour pour un frère, pour un amant, pour une communauté. Trois films qui donnent envie d’aimer. Trois films tellement beaux. Trois films réconfortants, mais surtout trois films qui sont source de fraîcheur dans notre quotidien très anxiogène. Bon cinéma.

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