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Dossier accès à la justice : Stage communautaire à la Clinique Juridique du Mile-End - Entrevue avec Me Sophie Lefebvre

D’emblée, je dois vous dire que je fais mon stage en milieu communautaire à la CJME et que c’est de loin l’une de plus belles expériences de mon baccalauréat. Lors de la présentation des stages en février dernier, j’ai été inspirée par le discours de Simon Lacoste, étudiant au baccalauréat et ancien stagiaire pour la Clinique. J’ai alors envoyé ma candidature. Le stage en milieu communautaire, et particulièrement celui à la CJME, est l’occasion de mettre en pratique les concepts juridiques parfois un peu abstraits que l’on apprend durant nos études et surtout de constater l’aspect humain de la pratique que l’on perd parfois de vue. Bref, de se sentir un tantinet utile.

Pour cette dernière édition de l’année, je me suis entretenue avec Me Sophie Lefebvre, directrice générale de la Clinique juridique du Mile-End (CJME).
 
Depuis le début de l’année, l’équipe du Pigeon dissident tient un dossier sur l’accès à la justice. Notre objectif est de présenter aux nouveaux.elles étudiant.e.s différentes personnes et initiatives dans le monde juridique, qui favorisent l’accès à la justice.

 

Qui est Sophie Lefebvre ?

Après une maîtrise en histoire de l’art et quelques années en tant qu’entrepreneure, Sophie fait un retour aux études à la Faculté droit de l’Université de Montréal. Dès son entrée au baccalauréat, elle savait que le droit social l’intéressait. Pour cette raison, dans le cadre de son parcours scolaire à la Faculté, elle a décidé de faire un stage en milieu communautaire avec l’organisme « Projet Genèse » et un autre à l’aide juridique de Montréal-Nord.  Suite à son Barreau, elle a pratiqué comme avocate dans le domaine du droit de la famille au sein d’un cabinet qui se spécialise dans les modes alternatifs de résolution de conflits.

Clinique juridique du Mile-End

 

 

La Clinique juridique du Mile-End naît en 2002 lorsque Me Geeta Narang décide de proposer des consultations juridiques gratuites à la Mission communautaire du Mile End. Une table et des chaises lui ont suffi pour offrir ses services et ses connaissances en matière juridique. En 2008, la CJME devient un organisme à but non lucratif. L’année suivante, elle obtient le statut d’organisme de bienfaisance.

Depuis sa fondation, la CJME n’a cessé d’accroitre ses opérations et compte aujourd’hui trois points de services, dans trois quartiers de Montréal, soit le Mile-End, Parc-Extension et Petite Bourgogne. Des consultations gratuites sans rendez-vous sont offertes chaque semaine et un suivi personnalisé est fait auprès de chaque usager.ère par la suite. C’est d’ailleurs ce qui distingue la CJME des autres services juridiques gratuits, car il s’agit bien plus qu’un simple rendez-vous et de l’information juridique.

L’année dernière, plus de 1500 consultations ont été offertes. Pour assurer ces consultations, la Clinique peut compter sur le soutien d’une équipe d’étudiant.e.s stagiaires ainsi que des avocats bénévoles. Durant l’année 2019-2020, ce sont treize étudiant.e.s en droit de l’Université de Montréal qui ont l’opportunité de faire leur stage auprès de la Clinique. De l’avis de Sophie, ils et elles jouent un rôle essentiel dans le déroulement de la Clinique.

À quoi ressemblent les consultations ? Par exemple, au point de service de Parc-Extension, les consultations ont lieu le lundi et débutent à 15h00, mais dès 14h30, les usager.ère.s font la file pour rencontrer l’un.e des étudiant.e.s. Alors, dans un premier temps, l’étudiant.e stagiaire collecte les faits et les documents pertinents pour comprendre la situation juridique et éventuellement être en mesure de répondre aux questions des usager.ère.s. Par la suite, cette information est transmise à l’avocat.e sur place (superviseur.e), qui rencontre l’usager.ère et détermine le suivi qui sera fait. Les domaines du droit sollicités varient énormément, que ce soit du droit de la famille, du droit de l’immigration, du droit du travail, du droit du logement ou de la responsabilité civile, et j’en passe.  

Les services offerts par la Clinique ont un impact tangible et réel dans la communauté. Je pense notamment aux nombreux formulaires de renouvellement de permis de travail que mes collègues et moi avons remplis. La Clinique collabore aussi avec le Projet Accès au Droit et à la Justice (ADAJ) en offrant aux usagers.ères un service d’accompagnement à la Cour. Il s’agit d’un accompagnement sociojuridique (soutien moral et humain), et non pas de la représentation. Ces accompagnements ont pour objectif d’atténuer le stress et l’anxiété relié au fait  de devoir se représenter seul en Cour, en médiation, à la Régie du logement, au tribunal du travail.  Présentement, simplement s’orienter.au Palais de justice de Montréal n’est pas chose facile et c’est un défi pour plusieurs justiciables.   

Quant à l’avenir, Sophie se donne comme défi de trouver le financement nécessaire pour maintenir les services, et continuer de sensibiliser la communauté juridique autour des problématiques de l’accès à la justice. Les bureaux de la CJME déménageront prochainement au Centre de services communautaires du Monastère, un lieu qui rassemblent sous le même toit plusieurs organismes ayant pour mission d’offrir divers services aux personnes vulnérables et dans le besoin. Selon Sophie, ce déplacement représente une nouvelle opportunité pour la CJME de tisser des liens avec d’autres organismes et créer une communauté de partage d’informations et d’outils pour mieux desservir les usagers de la Clinique.   

Une chose est certaine, la CJME est plus qu’une clinique juridique. Pour moi, cela a été une bouée de sauvetage dans la mer des lectures qui m’a submergée comme étudiante en droit. Pour les usager.ères, la Clinique est une place où trouver réponse à leurs problèmes juridiques ou simplement un moment de répit à travers les difficultés.  

Pour ce qui est du mot de la fin, Sophie encourage les étudiant.e.s à « rester curieux, ne jamais tenir rien pour acquis, et ne pas oublier que le droit s’insère dans un contexte social et politique. Il n’est pas abstrait. Il est le fruit de rapports de force et donc il évolue. Et chacun de nous a un rôle à jouer dans ce contexte. Nous sommes tous et toutes responsables de ce que nous faisons du bagage acquis en droit.» Elle estime qu’étudier en droit est un privilège et que la compréhension du langage juridique est un atout dans la vie. Bref, qu’il est important de redonner à la société en partageant ce savoir avec nos concitoyen.nes. 

 

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