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Les résultats du sondage sur la consommation de drogues de performance : Après la prescription acquisitive, la prescription addictive ?

Au cours du mois d’octobre 2019, l’équipe du Pigeon Dissident a publié un sondage visant à évaluer les connaissances des étudiant.es sur la présence de drogues de performance à la Faculté, le niveau de consommation de ces drogues ainsi que certains des facteurs liés à cette consommation.


N.D.L.R. Le sondage a été conduit par l’équipe du Pigeon Dissident, et non par une équipe spécialisée dans le domaine. Nous sommes conscient.es que celui-ci n’est pas représentatif de la population étudiante telle qu’elle l’est cette année. Cependant, nous avons reçu un nombre non négligeable de réponses, soit celles de 145 étudiants et étudiantes de la Faculté de droit, ce qui représente 11,6% des étudiant.es de la Faculté. L’AED comptait 1 251 membres au mois de septembre 2019.
Le sondage a été médiatisé d’une manière identique dans tous les groupes Facebook (Droit UdeM - 1e, 2e ou 3e année) et a été partagé à deux reprises via le courriel de l’AED. Pour preuve, les résultats sont cohérents avec le profil des étudiant.es de la Faculté (à la fois en termes d’âge et de sexe). Ainsi, nous pensons humblement qu’il est intéressant de considérer ce sondage sans toutefois tenir les résultats comme vérité absolue.


Profil des répondant.es : Les 145 répondant.es au sondage étaient également réparti.es au sein des trois années d’études. Les femmes regroupaient 74% des sondé.e.s, laissant 25% d’hommes et 1% de personnes se déclarant autre. En âge, 63% des répondant.es ont entre 18 et 21 ans, 28% ont entre 22 et 25 ans et les autres plus de 26 ans.

Description sommaire des nootropes : Dans la littérature scientifique, la consommation de nootropes (provenant de noos – esprit et tropein – courber) consiste en l’utilisation de substances, licites ou illicites, dans le but d’augmenter ses facultés cognitives tels que la mémoire, l’attention et l’éveil. Les nootropes sont communément appelés « drogues de performance » et sont utilisés à titre de stratégie d’adaptation à des facteurs externes (les études, le travail) ou internes (difficultés d’apprentissage non diagnostiquées). La drogue de performance la plus consommée dans la population étudiante est la caféine, un stimulant naturel. Or, cette consommation peut se transformer en consommation de stimulants non prescrits, permettant de traiter le trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité (TDA/H), tel que Vyvanse, Ritalin ou Adderall, dans le but d’augmenter l’éveil et la concentration lors de longues séances d’étude [1]


Connaître la production
Une première série de questions visait à évaluer le niveau général de connaissances des étudiant.es sur le phénomène des drogues de performance.
88 % des répondant.es ont déclaré avoir déjà entendu parler de ces drogues et 41% des répondant.es ont déclaré connaître quelqu’un qui en consommait.
Parmi la population étudiée, 16 % des étudiants ont déjà tenté de se procurer des drogues de performance auprès d’une connaissance ou d’un professionnel de la santé. Parmi ce nombre, 6 % sont parvenus à obtenir une prescription d’un médecin. Enfin, la majorité des étudiant.es estime qu’il est relativement aisé de se procurer des drogues de performance (Voir tableau 1)

 


À première vue, beaucoup d’entre nous sont au courant du phénomène et un peu moins que la moitié connaissent quelqu’un qui consomme. Pourtant, très peu de mots s’échangent sur le sujet. La courbe, les notes, les cours sont des thèmes récurrents parmi les étudiant.es… mais qu’en est-il des impacts que ceux-ci portent sur notre quotidien et nos habitudes ?

Consommer la performance
Dans cette seconde portion de notre étude, nous parlerons de la réelle consommation des étudiant.es. Les injections de nootropes sous sédation sont-elles notre quotidien ? Non. La réalité n’a rien de fantasmatique ni de scandaleux. Le sondage semble plutôt défier le mythe de l’hyperbole de la surconsommation de drogues de performance, résultats à l’appui.
Ce sont 28 % des étudiant.es qui ont déclaré avoir déjà considéré se procurer des drogues de performance pour mieux étudier en prévision d’un examen ou pour mieux se concentrer en classe, avec des proportions similaires pour les femmes (28 %) et les hommes (31 %). Notre sondage n’indique pas si l’idée de consommer était pensée à la légère, à la blague avec soi-même ou avec le sérieux et la conviction réelle que cela allait aider. Chose certaine, c’est une portion importante des étudiant.es qui y réfléchissent. Se pose la question de savoir si ces réflexions se transposent en consommation (Voir tableau 2).

 

 
Ainsi, parmi ceux et celles ayant déclaré avoir considéré se procurer des drogues de performance, 6 % ont obtenu une prescription de la part d’un.e médecin, 7 % ont obtenu des drogues de performance sans prescription et 4% ont déjà acheté des drogues de performance sans prescription. Cela signifierait que la moitié des étudiant.es qui ont pensé à se procurer des drogues de performance ont fini par le faire.
Se pose inévitablement la question de savoir comment ce processus affecte le principal sujet de ce sondage, c’est-à-dire la consommation non-traitée de drogues de performance. Nous entendons par là une consommation qui ne suit pas une ordonnance d’un.e médecin, soit en modifiant des doses prescrites, soit en l’inventant.
Ce sont au final 8 % des étudiant.es qui ont déclaré avoir consommé des drogues de performance sans prescription ou alors au-delà de la dose qui leur était prescrite. Cela représente le double de la consommation généralement répertoriée dans la littérature [2].
Pour cette dernière catégorie, 71 % ont commencé leur consommation avant leur entrée à la faculté, 18 % lors de leur première année et 12 % lors de leur deuxième année. Les hommes sont proportionnellement trois fois plus nombreux à consommer des drogues de performance. 42% comptent continuer ou recommencer. (voir tableau 3).

 

 

Comprendre les enjeux

En fin de sondage, nous avons demandé aux étudiant.es de s’exprimer sur des motifs qui se rapportaient à leur état général d’anxiété et leur rapport à la compétitivité au sein de la Faculté. Sans réelle surprise, mais dans une proportion tout de même importante, ce sont 57 % des répondant.es qui déclarent vivre beaucoup d’anxiété dans le cadre de leurs études et en général et qui craignent d’être moins performant.es que leurs camarades.

 

Conclusion

Ce sondage aura permis de dévoiler une partie de la réalité entourant les drogues de performance au sein de la Faculté. La consommation de nootropes par les étudiant.es est près de deux fois plus élevée que ce qui est généralement relaté dans les médias et la littérature. C’est une portion non négligeable de nos camarades qui utilisent ces drogues pour mieux réussir dans leurs études. Toutefois, nous restons loin de certains mythes sensationnalistes véhiculés par certaines œuvres de fiction (voir entrevue avec Jean-Phillipe Baril Guérard à la page 3). Nous voudrions rappeler que ces drogues ne doivent pas être prises à la légère et qu’elles peuvent avoir des répercussions sérieuses sur la santé (Voir entrevue avec le Dr. Stéphane Proulx à la page 11). De plus, il est à noter que ces drogues n’ont jamais réellement fait leurs preuves sur les performances académiques : « La littérature scientifique […] ne met pas en évidence que ces [drogues de performances] ont une influence notable chez les personnes qui ne sont pas atteintes de troubles neurologiques particuliers. Quant à l’utilisation de ces médicaments-là en termes de performances scolaires, il n’existe pas de preuve évidente d’un lien de cause à effet. » [3] Rappelons aussi que d’autres alternatives existent telles que l’activité physique, une alimentation équilibrée et de saines habitudes de sommeil. Néanmoins, il apparait important de revenir sur la disparité de proportion entre les hommes et les femmes qui consomment ces drogues. Un étudiant sur six admet avoir consommé sans prescription ou au-delà de leur dose, alors que le ratio pour les femmes correspond à une sur vingt qui admet pareille chose, ce qui est plus que le triple. Notons aussi la proportion importante d’étudiant.es qui commencent à consommer dès la première année. Enfin, le niveau d’anxiété généralisé et la crainte de moins bien performer sont une réalité bien ancrée et il est plus qu’évident que cela impacte les habitudes de consommation des étudiant.es. Justement, nous vous invitons à lire le portrait de trois étudiant.es consommant des drogues performances que nous avons dressé dans le cadre de cette étude (voir les témoignages des étudiantes à la page 8 et 9)Nous espérons que ces données permettront de lancer une discussion plus active et informée sur les enjeux généraux de stress, d’anxiété et de consommation au sein de la Faculté, car ceux-ci nous suivent bien au-delà des murs de Maximilien-Caron.

 

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Sources :

[1] Denise AUBÉ, « La santé cognitive, une nouvelle cible pour vieillir en santé », Institut national de santé publique, Novembre 2017, [en ligne]

[2] Marie-Claude LEBRUN, « Portrait de la consommation de drogues liée à la performance scolaire chez les étudiants d’un programme technique collégial », Université de Sherbrooke. Faculté de médecine et des sciences de la santé, 26 mai 2016.

[3]Malika SCHNEIDER, « Amplificateurs cognitifs : un vice pour les universitaires », Impact Campus, [en ligne]

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