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Entrevues avec des étudiant.e.s de la Faculté sur la consommation des drogues de performance

 

 

Dans le cadre de notre enquête sur la consommation de drogues de performance à la Faculté, nous avons rencontré trois étudiant.e.s de façon anonyme afin de dresser une ébauche de cette réalité peu connue mais présente.

Les portraits suivants sont tirés d’entrevues retranscrites de manière à préserver l’anonymat des étudiant.e.s
Les noms utilisés dans cet article sont fictifs.

 


Roberta  Étudiante de 3ème année, consommant des drogues de performance de façon occasionnelle sans avoir de prescription

Selon notre sondage (voir page 6 et 7), c’est 7% des étudiants de la faculté qui se procurerait des drogues de performances sans avoir de prescription.

Q: Qu’est-ce qui te pousse à consommer ce genre de médicaments sans prescription?

R: Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas nécessairement le stress par rapport à mes résultats qui me poussent à consommer. Dès ma première année, je me suis beaucoup impliqué.e dans la Faculté de droit et ailleurs et j’ai eu de la difficulté à gérer mes études en parallèle de cette implication. Il est extrêmement facile de s’impliquer à l’université et j’ai ressenti une pression sociale à le faire, peut-être trop même ! En période d’examen, les drogues de performance sont devenues des outils utiles pour m’aider à rattraper mon étude en très peu de temps.

Q : Donc tu n’es pas particulièrement stressé à la faculté?

R : Non, je ne dirais pas ça. Je trouve que l’ambiance générale au sein de la Faculté est très stressante, surtout en classe. Tout le monde semble obsédé par les résultats et ça rajoute une pression sur tout-le-monde de bien performer. En regardant mon Instagram, je vois souvent des publications de personnes qui étudient tard en soirée et je stresse alors du fait de ne pas être moi-même constamment en train de travailler. Si je n’avais pas ressenti de stress par rapport à mes résultats, je ne crois pas que j’aurais à consommer des drogues de performance.


 

Q : Comment as-tu eu accès à ce type de médicaments si tu n’as pas de prescription?

R : J’ai obtenu des drogues de performances de la part de plusieurs personnes différentes sans parfois même faire de démarche pour en obtenir (en me les faisant suggérer, par exemple). Il est relativement facile de se procurer ce type de médicament vu le grand nombre de personnes qui ont des prescriptions. Le plus souvent, j’ai obtenu des médicaments d’ami.e.s ou de connaissances qui avaient changé de prescriptions et qui m’ont donné ce qu’il leur restait. J’ai aussi acheté ces drogues à des connaissances à quelques reprises.

Q : Par curiosité, à combien achetais-tu les médicaments?

R : Autour de 4 à 5$ la pilule. Sachant que le médicament se vend autour de 2,50$/pilule, les revendeurs se font une bonne marge de profit.


 

Q : Considérant que tu n’as pas de prescription, as-tu eu des problèmes avec les médicaments que tu as pris?

R : Le plus grand problème auquel j’ai fait face est que je ne savais pas quelles étaient les concentrations des médicaments que je prenais. Je me fiais à ce que mes connaissances m’avaient dit à propos des médicaments au moment de me les donner. J’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences justement à cause de cette méconnaissance. Il m’est arrivé d’être en mesure de me concentrer pendant des périodes de 10 heures en continu alors que d’autres fois, j’ai eu des palpitations cardiaques, j’étais extrêmement angoissé.e. Ces expériences parfois troublantes m’ont poussé.e à arrêter de consommer dans la dernière année.

 

Q : Si je comprends bien, tu as arrêté de consommer des drogues de performance?

R : C’est ça. Mes dernières expériences ratées m’ont laissé.e un goût amer et je n’ai pas envie de recommencer. Je n’exclus pas à 100 % l’idée d’en reprendre, mais ça fait presque un an que je n’en ai pas pris, a priori je ne recommencerai pas.
 

 

Martin - Étudiant de 2ème année – consomme des drogues de performance prescrites

Q : Pourquoi est-ce que tu consommes des nootropes et à quelle fréquence en prends-tu ?

R : J’ai été diagnostiqué avec un déficit d’attention en secondaire 5 et après des tests auprès d’une psychologue, on m’a prescrit des médicaments que je consomme régulièrement depuis.
Je prends une pilule par jour. Et je dois dire que ça fait longtemps que je n’ai pas omis d’en consommer pendant des bouts. Au début, au secondaire, pendant l’été quand je ne faisais rien qui nécessitait de la concentration, je n’en prenais pas. Mais désormais, étant donné que je travaille pendant l’été et que je suis pas mal occupé, je les prends tous les jours.

Q : Peux-tu me décrire les effets que tu ressens ?

R : Quand j’ai commencé à en prendre, c’est devenu vraiment plus facile de me concentrer. En fait, les nootropes pour les personnes avec TDAH sont des stimulants. Ça me permettait de mieux me concentrer sur les trucs et je ne sais pas si c’est plus psychologique, mais ça me fait moins procrastiner. Et quand j’oublie de les prendre – logique quand tu demandes à quelqu’un avec déficit d’attention de prendre des médicaments – bah ça revient : je perds le fil, je cogne des clous, en général j’ai une moins bonne capacité pour être efficace et ça me prend plus de temps pour faire la même quantité de travail.

Q : Est-ce que le fait d’avoir à consommer ce type de substances t’a permis à parler d’enjeux de santé mentale ?

R : J’ai longtemps été inconfortable à parler de mon déficit d’attention et du fait que je devais prendre un médicament pour performer à l’école. J’avais l’impression que ça invaliderait mon succès. J’étais vraiment réticente à en parler. C’est un processus que j’ai fait moi-même, mais le fait que j’en parle plus aujourd’hui fait peut-être en sorte que ça me pousse à encourager les autres à parler de leurs problèmes.

Q : Peux-tu me dire comment tu te sens à la Faculté ? (Stress, trop compétitif, peu d’entraide, etc.) ?

R : Je trouve la compétition à la Faculté très malsaine. Le système est fait pour nous rendre compétitifs. Lorsque le mode d’évaluation est basé sur la performance des autres, cela peut entraîner des comportements particuliers. Je ne blâme pas ces gens-là parce que je peux comprendre d’où ça vient. Personnellement, j’essaye d’éviter à tout prix de me comparer aux autres parce que je fais beaucoup de stress de performance.

 


Simone - Étudiante de 2ème année, consommant des drogues de performance prescrite et jouant parfois avec les doses en période d’examen.

 

Selon notre sondage, c’est 8% des étudiants de la faculté ont des prescriptions pour des drogues de performance.

 

Q : Peux-tu me parler un peu de ton historique en lien avec ta consommation de drogues de performance?

 

R : J’ai eu un premier diagnostic médical quand j’étais en secondaire 5 pour obtenir des médicaments me permettant de m’aider à me concentrer. Je n’avais pas vraiment de difficulté à me concentrer en classe à l’époque, mais à la maison, j’étais plus distraite. Ma mère m’a fortement encouragé à consulter un médecin et il a été relativement facile d’obtenir une prescription. Après avoir commencé à consommer ces médicaments, j’ai rapidement développé un trouble alimentaire et j’ai perdu beaucoup de poids car ces produits me coupaient l’appétit. J’ai donc été forcé d’arrêter d’en prendre. J’ai donc arrêté de consommer jusqu’à récemment. En début d’année scolaire cette année, j’étais pas mal inquiète pour mes résultats scolaires et, sachant que la course aux stages approchait, j’ai fait les démarches pour réobtenir une prescription de drogues de performance. Mon médecin m’a à peine posée des questions et j’ai obtenu une nouvelle prescription, plus forte que l’ancienne.

 

Q : Peux-tu me dire comment tu te sens à la faculté en général?

 

R : Je suis très angoissé avec mes résultats. J’ai plus de difficulté que quand j’étais au CÉGEP, époque où j’avais des résultats nettement au-dessus des moyennes sans avoir besoin de médicamentation. J’ai l’impression de ne pas nécessairement être à la hauteur en classe car tout le monde semble projeter une image d’être en parfait contrôle et de bien réussir leurs examens. Je n’arrive même pas à avoir de conversation par rapport aux notes avec mes ami.es car ils ne veulent pas partager leurs résultats. Je vois qu’ils sont eux-mêmes inquiets par rapport à leurs résultats, ce qui me stresse moi-même davantage. Je me remets souvent en question par rapport à mon choix de parcours.

 

Q : À quelle fréquence prends-tu maintenant tes médicaments?

 

R : Depuis le début de la session, j’ai joué un peu avec mes doses pour voir comment j’allais réagir. J’ai essayé de prendre plusieurs pilules la journée d’examen en espérant pouvoir bien performer. Cela a été une grave erreur car j’ai eu des palpitations cardiaques et j’ai fortement angoissé. Depuis cette dernière expérience difficile, j’ai commencé à prendre simplement mes médicaments de façon régulière en respectant de façons plus assidues les doses prescrites.

 

Q : As-tu déjà pensé que ta prise de médicament pourrait avoir un impact à long terme? Est-ce que c’est quelque chose qui te stresse outre mesure?

 

R : Pas vraiment. J’ai l’impression qu’effectivement il pourrait y avoir comme effet à long terme la perte de capacité à se concentrer chez les personnes qui ont déjà une bonne capacité de concentration. Or, ce n’est pas vraiment mon cas à la base car j’avais été diagnostiqué avec un trouble de l’attention. Je ne crois donc pas que mon état puisse « s’aggraver » si on veut avec ma prise de médicaments à long terme.

 

 

Il semble ressortir de nos entrevues que plusieurs étudiants ressentent beaucoup de stress dans leurs études. À titre de rappel, sachez qu’il existe plusieurs ressources disponibles à l'université si vous avez besoin d’aide (voir encadrés ci-dessus et la page 10). Nous vous y référons et vous souhaitons bon courage !

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