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Tintin au pays de l'or bleu

 

Laissez-moi vous décrire ma routine du matin.

D’abord, je me réveille, souvent à contrecœur, je l’admets, me lève et vais à la toilette. Ensuite, je déjeune en me servant un bol de céréales Cheerios accompagné d’un grand verre d’eau. Puis, je prends une douche chaude, je m’habille et me brosse les dents. Après un dernier regard teinté par le regret en direction de mon lit douillet, je suis finalement prête à partir. J’ose affirmer sans l’ombre d’un doute que la majorité d’entre vous avez une routine similaire, à quelques différences près.

 

Vous allez sans doute vous demander où je veux en venir. Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous démontrer à quel point l’eau, qu’elle soit bue ou utilisée à des fins hygiéniques, fait partie intégrante de notre quotidien et est essentielle à notre survie. Également, cette tranche de vie illustre à quel point la consommation d’eau potable est relativement banale pour nous, car il s’agit d’une ressource accessible et abondante, du moins en apparence. Au Québec et au Canada, notre réalité est très différente de celle d’une grande partie de la population mondiale. Ici, il nous suffit de tourner le robinet pour avoir accès à une eau saine pour la consommation.

 

Ailleurs, la situation est tout autre. Les ressources d’eau douce du monde sont concentrées entre les mains d’une poignée de pays. Effectivement, le Canada, la Chine, la Colombie, le Pérou, le Brésil, la Russie, les États-Unis, l’Indonésie et l’Inde possèdent 60 % de ces ressources, alors qu’environ 80 pays, qui représentent 40 % de la population mondiale, font face à des pénuries d’eau [1]. Et dire qu’ici, l’eau est pratiquement jetée par les fenêtres. Façon de parler bien sûr, mais le gaspillage est une réalité à laquelle les Canadiens doivent s’attaquer.

 

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la quantité minimale d’eau vitale dont nous avons besoin est de 20 litres par jour. Or, en moyenne, un Français consomme 143 litres d’eau par jour, un Américain, autour de 300 litres et un Saoudien, 500 litres [2]. Alors, ceux qui tiennent le discours selon lequel les actions entreprises par le citoyen n’ont pas d’impact direct sur l’environnement et qu’il revient aux grandes corporations de faire le grand pas, détrompez-vous, car nous contribuons, nous aussi, au problème. De plus, il est difficile de demander aux gouvernements et aux industries de changer les choses si nous-mêmes choisissons de ne rien faire. Donc, concrètement, comment pouvons-nous réduire notre consommation d’eau au quotidien ?

 

Personnellement, j’ai adopté quelques-unes de ces mesures, bien que je sache qu’elles ne soient pas suffisantes. Prendre des douches plus courtes, arrêter le jet d’eau pour se laver, et prendre des bains seulement pour les occasions spéciales, après une dure session d’examens par exemple, ou lors d’une froide journée d’hiver. Éviter de tirer la chasse d’eau de la toilette à chaque fois, sauf si on est en visite chez des gens, parce qu’il est possible qu’ils ne comprennent pas que ce geste semblant malpoli est en fait dédié à une noble cause. Il est aussi possible de réutiliser l’eau de cuisine, comme celle dont on se sert pour faire bouillir des légumes. Essayer de ne pas arroser la pelouse et laisser faire Dame Nature. Une autre mesure possible serait l’adoption d’un système de compteurs d’eau similaire à celui de la France, mais, bien sûr, cette alternative a des conséquences économiques qui pourraient en refroidir certains.

 

 

Source : RFI.

 

 

Ici, au Canada, nous sommes extrêmement privilégiés, car nos cours d’eau représentent environ 9 % des ressources renouvelables d’eau douce à l’échelle mondiale. L’eau est très présente au Canada, plus que partout ailleurs, et les Grands Lacs, que nous partageons avec nos voisins américains, représentent la plus grande étendue d’eau douce de la planète [3]. De. La. Planète. C’est une chance incroyable que nous avons, car nous n’avons jamais eu à manquer d’eau. À vrai dire, je me souviens d’une seule fois dans ma vie où ça fut le cas, une histoire de contamination du réseau de distribution de la ville de Montréal, et nous avions reçu la consigne de faire bouillir notre eau pour la boire. Ça l’avait duré le temps d’un après-midi, une journée tout au plus, mais je m’étais sentie totalement démunie. J’avais peur d’avoir soif ou de tomber malade. Je n’ose même pas imaginer ce que vivent ceux qui sont dans cette situation au quotidien. Ce qui m’amène à mon deuxième point. 

 

La répartition inégale des ressources d’eau douce n’est pas le seul problème auquel certains pays font face. Selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), 2,1 milliards de personnes n’avaient pas accès à une source assurée d’eau potable en 2015, et 4,5 milliards manquaient d’installations sanitaires [4]. Cet accès à une source sûre d’eau propre à la consommation est vital, car la consommation d’eau contaminée peut entraîner de graves problèmes de santé, voire même la mort. Annuellement, plus de 842 000 personnes meurent à cause du manque d’eau, d’assainissement et d’hygiène dans les pays défavorisés, et 58 % de ces décès peuvent être attribués à la diarrhée [4].

 

Nous ne nous en rendons pas encore compte, mais la crise de l’eau est à nos portes. La population mondiale a tellement augmenté dans les dernières années que l’eau est consommée plus vite qu’elle ne ressurgit dans les nappes phréatiques grâce au ruissellement. Il est prévu que d’ici 2050, au moins 1 personne sur 4 vivra dans un pays affecté par des pénuries d’eau chroniques [2]. Comment un pays comme le Canada, qui détient 9 % des ressources renouvelables d’eau douce de la planète, devrait réagir face à cette crise qui affectera bientôt un quart de la population mondiale, sinon plus? Les enjeux liés au partage de l’eau sont multiples. Présentement, au Canada, le marché de l’eau n’est pas encore très développé, et l’eau demeure très peu couteuse par rapport à sa valeur réelle [5]. Il serait important dans les prochaines années de réglementer le commerce de l’eau, car cette ressource est appelée à prendre énormément de valeur dans le futur. En ce moment, la ressource la plus convoitée au monde est le pétrole, l’or noir, mais il est important de souligner que ce dernier n’est pas essentiel à la survie humaine. L’eau, en revanche, est une condition nécessaire à la vie sur Terre. Sachant cela, devrait-on commercialiser l’eau, au même titre que le pétrole ?

 

La question de la commercialisation de l’eau pose plusieurs problèmes éthiques. Considérant que cette ressource est nécessaire à la survie humaine, devrait-on la vendre? Le Canada devrait-il partager ses ressources en eau avec les pays qui en ont besoin? Il est évident qu’un profit énorme pourrait être tiré de la vente de l’eau à l’international, mais cette pratique peut être questionnée sur le plan moral. La seule chose qui distingue les Canadiens de ceux qui n’ont pas accès à des sources sûres d’eau potable, c’est la chance. Alors, qu’est-ce qui nous donne le droit de mettre un prix sur cette ressource, sachant que certains pays ne pourront pas se l’offrir ?

 

Le droit en lien avec la propriété de l’eau et sa commercialisation est appelé à se développer au cours des prochaines années. De nouvelles règlementations seront adoptées et, avec un peu de chance, la préservation de notre eau, cet « or bleu », sera mise de l’avant. Ce sera à notre génération de se battre pour que des mesures éthiques soient prises, dans l’intérêt de la population et non pas dans celui des grandes entreprises. 

 

[1] « L’eau dans le monde ». Société publique de la gestion de l’eau. Consulté le 19 octobre 2019 [En ligne].

[2] Véronique Barral et Latifa Mouaoued. « La crise de l’eau en 5 questions ». RFI, mars 2018 [En ligne].

[3] Ressources naturelles du Canada. « L’eau ». Gouvernement du Canada, 30 octobre 2017 [En ligne].

[4] « L’eau ». Nations Unies. Consulté le 19 octobre 2019 [En ligne].

[5] Marcel Boyer. « Partager l’eau, pour l’éthique et le commerce ». Le Devoir, 26 juillet 2018 [En ligne].

 

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