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Les seins exposés au droit

 

 

Alors que mes filtres d’actualités étaient parsemés en début d’été de messages inspirants invitant chacune à vaincre un désir de cacher ses imperfections corporelles durant la période caniculaire, un survol de mes réseaux sociaux en fin juillet me confrontait à un discours tout autre. Le groupe Calypso Valcartier changeait la politique de ses parcs aquatiques en retirant l’obligation pour les femmes de porter un maillot de bain couvrant la poitrine. Forcément, ceci ramena tout un débat qui avait fait saucette sur la place publique deux ans plus tôt. Bien sûr, comme toute nouvellette de la sorte, celle-ci était accompagnée d’un amas de clabaudages et autres marques de désapprobation .

 

Au premier plan des arguments des opposants de la nouvelle politique, un sondage de Léger Marketing apparu deux ans plus tôt et commandité par le groupe Calypso Valcartier. Celui-ci révélait que 82% des Québécois seraient en faveur de  l’interdiction aux femmes de se promener seins nus sur les sites de parcs aquatiques  [1]. De plus, ce pourcentage grimperait à 90% lorsqu’on considère  uniquement l’opinion de la gent féminine. Argument béton? Laissez-moi avoir mes réserves. Sans contredit, un groupe privé comme Calypso Valcartier cherche constamment à satisfaire leur clientèle en répondant à leurs préférence s. Néanmoins, une telle question n’est pas simplement objet de goût, car encore faut-il que ces règlements répondent à la loi en vigueur. Bien qu’aucun tribunal n’a it encore examiné  la question des seins nus sous cet angle, un code vestimentaire qui impose des normes plus restrictives aux femmes semble rester une discrimination fondée sur le sexe ce qui irait à l’encontre de la Charte des droits et libertés.

 

Au-delà du code vestimentaire, il faut dire que les tribunaux du pays semblent plutôt, à ce jour,  confirmer la légalité de la politique autorisant l’exposition des seins féminins nus en public . En 1996, la Cour d’appel de l’Ontario a conclu que le fait d’avoir les seins nus en public ne constituait pas une action indécente au sens de l’article 171(1)a) du Code criminel   [2]. Le plus haut tribunal de cette province précise ainsi que le simple fait de se promener les seins à l’air lors d’une journée chaude n’est pas dégradant ou déshumanisant, en plus  d’être limité dans sa portée. Également, en 2000, la question des seins nus est examinée  sous un autre angle devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Une femme contestait alors un règlement de la municipalité de Maple Ridge qui interdisait aux femmes d’avoir les seins nus à la piscine municipale. Le tribunal a ainsi statué qu’une telle restriction relevait du Code criminel  qui est de compétence fédérale. La municipalité n’avait donc pas la compétence pour adopter  un tel règlement [3].

 

Constat : malgré les nombreux commentaires houleux, l’état actuel du droit semble offrir à la question des seins nus en public une certaine protection de l’opinion populaire. Et pour tout dire, il y a de quoi se réjouir . Parce qu’entre le burkini et le monokini se loge  ce pénible et incorrigible désir encore présent dans notre société de contrôler le corps des femmes. Catégoriser la poitrine féminine au rang des organes sexuels est une fâcheuse coutume de laquelle il est peut-être temps de se défaire. Eh oui, peut-être que cela peut initialement surprendre et surtout soulever des questions chez certains enfants. Malgré tout, j’ose penser que les regards désapprobateurs et les incompréhensions méritent d’être vaincus. Car au-delà du simple confort en période caniculaire, l’exposition de la poitrine féminine est grandement reliée au sujet qu’est l’allaitement. Il m’est impensable qu’en 2019, certaines femmes soient encore gênées d’allaiter en public, craintives des regards pouvant se diriger vers leurs mamelon et que certaines  soient prises au dépourvu lorsqu’elles oublient leur châle d’allaitement chez elles et que leur petit réclame le lunch. Limiter l’exposition des seins limite implicitement l’allaitement. Avec tous les bienfaits  connus de l’allaitement, notre regard sur les seins nécessite d’être changé ne serait-ce que  pour encourager cette pratique bénéfique à la santé de nos tout-petits. Voilà ce à quoi j’espère que l’état du droit contribuera : enlever la facette érotique pour accorder plus d’importance au côté fonctionnel des seins de la femme.

 

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[1] « Plus de 80% de Québécois contre les seins nus dans les parcs aquatiques », Pierre-Paul Birson, TVA Nouvelles, 28 juillet 2017

[2] R. v. Jacob, 1996 CanLII 1119 (ON CA)

[3] Meyer v. Maple Ridge, 2000 BCSC 902

 

 

 

 

 

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