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A-t-on besoin vraiment besoin d’introduction pour M. Péladeau? Le président, directeur-général de Québécor, empire médiatique à portée internationale et aux journaux incontournables, est connu pour ses succès en affaires, certes, mais on oublie souvent le parcours académique de l’homme.

 

M. Péladeau est lui-même un des étudiants qui ont complété leurs études en droit ici même, à l’Université de Montréal. Nous lui avons lancé une invitation pour parler de son passage à la Faculté et, gracieusement, notre vœu fut exaucé. Nous nous retrouvons donc au 13e étage de la tour Québécor, celle qui surplombe le Square-Victoria et fait dos à l’incomparable rue McGill.

 

Allons-y avec un bref rappel du parcours de M. Péladeau. D’abord diplômé en philosophie à l’UQAM, M. Péladeau entame son baccalauréat en droit à la prestigieuse Paris II. « Leurs examens d’entrée, c’est toute une affaire », lance-t-il. Le processus s’amorce  avec un examen écrit, dont seulement le tiers réussit. Aucune note permise, tout doit être mémorisé. Les heureux élus passent ensuite un examen oral « beaucoup plus facile », selon les dires de M. Péladeau. Après avoir réussi cette épreuve d’entrée et complété une année en France, il décide de revenir au bercail et de s’installer à un jet de pierre du pavillon Maximilien-Caron.

 

D’entrée de jeu, les initiations sont abordées. Nous mentionnons le nouveau modèle des initiations. « Ah, j’vous dirai pas tout ». L’ambiance est mise!

 

Au fil que l’entrevue se déroule, nous pouvons observer un Pierre-Karl Péladeau qui porte attention aux gens. Chaque personne qu’il aura croisée sur son parcours ne se résume pas à un nom, mais à une histoire unique qui la fait rayonner. Ce n’est pas pour rien que la première chose qu’il mentionne lorsque nous lui demandons s’il a un conseil pour un étudiant en droit, c’est l’importance de notre mémoire.

 

Une des anecdotes qu’il aborde, une de ses préférées, c’est celle de l’acquisition d’une imprimerie, propriété de Robert Maxwell, alors qu’il étudiait à l’Université de Montréal. Entre deux lectures de jurisprudence, son père s’introduit dans son bureau pour lui déposer le Confidential Information Memorandum de l’entreprise en question, alors mise en vente. Cette transaction s’avérera l’une des plus grosses de la carrière de M. Péladeau. Cependant, alors qu’il fallait clore la transaction, la famille Maxwell embaucha un célèbre avocat bancaire, un certain Michel Deschamps. Ce dernier n’était  nul autre que l’enseignant de Pierre-Karl Péladeau dans son cours d’effets de commerce! « Il m’a demandé si j’avais une procuration pour être là! »

 

Quoique son emploi, marié à ses études, concrétisa un horaire extrêmement chargé pour M. Péladeau, l’étudiant d’alors profitait de l’opportunité pour en apprendre autant sur la théorie du droit que sa pratique. Et pour rattraper les heures d’études passées à acheter des entreprises, M. Péladeau se réfugiait dans la bibliothèque des sciences humaines, où il pouvait étudier en paix.

 

Son prochain conseil pour les étudiants, c’est bien entendu le travail acharné. Cependant, on a bien beau travailler comme un forcené, les échecs seront inévitables. Quoique ce conseil s’applique à toutes les sphères de nos vies, nous souhaitons rappeler aux étudiants qui arrivent au baccalauréat en droit – pour la plupart habitués, voire destinés aux notes et au succès sans retenue – que leur parcours en comportera . M. Péladeau, lui, insiste sur les bienfaits de passer outre nos écueils. Ceux-ci nous en apprennent tant sur nous-mêmes, et la force de caractère est définie par notre façon de rebondir.

 

Les défis ne manqueront pas en droit. Même avec un baccalauréat de philosophie en poche, et avec l’habitude de lire des textes particulièrement arides, M. Péladeau réitère qu’il faut parfois travailler fort pour saisir le message de certains textes. « Le droit et la philo, ça se rejoint. Il y a un grand effort intellectuel ».

 

« Est-ce que vous trouvez que le droit réapparaît souvent dans votre parcours professionnel, ou est-il un événement sporadique? »

 

Ah! Là, on parle. Certes, les apprentissages formels que lui aura procuré le bac en droit furent utiles, mais l’apport principal de son parcours académique, c’est le « réflexe d’avocat ». Un avocat sait qu’il a des droits et sait qu’il peut les défendre. De la sorte, au lieu de se laisser faire, un avocat tentera, à tout le moins, de jauger s’il a de bonnes chances de faire valoir ses droits.

 

Et encore, M. Péladeau illustre son propos par un épisode phare de sa carrière. Au tournant des années 2000, Vidéotron lance une poursuite contre Bell. En effet, Bell vendait des soucoupes un peu partout au Québec. Celles-ci nécessitaient d’être activées via des cartes d’accès. Cependant, plusieurs abonnés des services de télédiffusion de Vidéotron, qui venait tout juste d’être acquis par Québécor, en profitaient pour se procurer des cartes d’accès piratées permettant d’accéder aux ondes de toutes les chaînes et ainsi éviter de débourser des montants mensuels pour être abonnés. Vidéotron avait perdu plus de 67 000 clients dans cette période.

 

Avec ses réflexes d’avocats, M. Péladeau s’est lancé dans un long procès, d’environ dix ans. La Cour supérieure lui aura donné raison. Certains seraient tentés de crier victoire, mais M. Péladeau avait encore faim. La Cour supérieure n’aura octroyé que des dommages de trois millions de dollars sur une réclamation totale de 300 millions.

 

Alors il y eut appel.

 

Verdict : les dommages étaient insuffisants, Bell dû payer 82 millions (plus intérêts) à Vidéotron.

 

Cependant, quoique cet épisode avec Bell se conclut sur une note positive, M. Péladeau n’exclut pas la possibilité que ce réflexe puisse avoir ses mauvais côtés. « Il ne faut pas avoir le doigt trop rapide sur la gâchette ».

 

Parlant de Bell, M. Péladeau mentionne que, tout juste avant que nous nous asseyions avec lui dans son bureau, Michael Sabia, ancien président de Bell (et maintenant, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec), était assis un peu plus tôt en journée tout juste où notre Directeur a pris siège. Ce dernier s’est senti un brin plus important, pour un instant.

 

Faisant écho aux multiples anecdotes et remémorations de M. Péladeau, un sujet assez inusité fut brièvement abordé : celui du Génies en herbe . Vous vous souvenez, cette émission culte des années 80, qui a entre autres fait connaître Mario Dumont aux Québécois et qui a vu naître un des meilleurs segments de RBO? M. Péladeau l’adorait, la regardant religieusement. « Je l’écoutais tous les samedis, à 17h ». Son fils s’adonne même à l’activité. Vraiment, la mnémonique est fondamentale pour les Péladeau.

 

Et donc, quels sont ses meilleurs souvenirs de la Faculté de droit ? « La camaraderie », lance-t-il sans hésitation. Quelques enseignants marquants, certes, mais ce furent les expériences humaines qu’il conservera précieusement.

 

Dans cette optique, il nous offre une dernière sagesse : celle de profiter de nos études pour faire des échanges, voyager.

 

C’est alors que l’horloge nous rattrape. L’entrevue ayant eu lieu le 19 août 2019, Pierre-Karl Péladeau devait déjà repartir pour une autre entrevue. Tôt en journée, il évoquait un possible rachat d’Air Transat et, par la force des choses, il répondait à des demandes d’entrevue portant sur la faillite du Groupe Capitales Médias  en après-midi. Une photo pour immortaliser le moment, puis M. Péladeau repartait pour un autre plateau de tournage.

 

Une chose est certaine, le droit mène à des journées chargées.

 

 

 

 

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