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PrésidentE

 

Je m’appelle Sarah Elizabeth Fortin, et je suis la plus récente d’une courte liste de femmes à la présidence de l’AED.

 

Avant cette année, je ne me suis jamais autant sentie comme une femme. J’ai fréquenté une école de filles, j’ai fait mon CEGEP dans un programme majoritairement de femmes et mon premier baccalauréat à McGill était aussi un programme majoritairement composé de femmes. Le baccalauréat en droit est composé de 70% de femmes. J’ai toujours fait partie de la majorité, donc je n’ai jamais été consciente de ma féminité. Je n’avais jamais été consciente du fait qu’être une femme, ce n’est pas toujours facile.

 

Eh ben, j’en suis consciente maintenant. Une année en tant que Présidente de l’AED, et je n’ai jamais été aussi consciente du « e » à la fin de ce mot. En une année, en un mandat, je me suis sentie petitE. On m’a rendue émotionnellE. On m’a fait sentir insignifiantE. Je suis présidentE, mais souvent, on m’a fait sentir comme si je n’étais qu’une femme.

 

Du mansplaining, j’en ai eu. De l’agressivité, j’en ai eu. De la masculinité toxique, j’en ai eu. De la peur, j’en ai eu. Le sentiment de ne pas être écoutée, je l’ai eu. Et j’en ai eu au sein de ma propre équipe.

 

Et je suis loin d’être la seule femme à la Faculté, à l’Université, dans la société, qui doit gérer ça.

 

Je me suis fait dire qu’en 2019, c’est impossible que les gens soient encore sexistes et que je sois traitée différemment juste parce que je suis une femme. Je me suis fait dire que ce n’était que dans ma tête. Je me suis fait dire que c’est insultant de parler d’un comportement inapproprié de la part d’un homme, car c’est comme si je disais que tous les hommes étaient comme ça. Je me suis souvent fait dire que c’est impossible que les gens soient sexistes envers moi en tant que présidente, car ils m’ont élue.

 

Comment se fait-il qu’en 2019, une femme occupant une position de pouvoir soit encore l’exception et non la norme? Comment se fait-il qu’en 2019, une femme qui dit quelque chose au sein d’un conseil d’administration ne va peut-être pas se faire écouter, mais quand un homme dit la même chose, tout le monde l’applaudit? Comment se fait-il qu’en 2019, un comité exécutif d’une association représentant 70% de femmes soit constitué d’une minorité de femmes?

 

Comment se fait-il qu’en 2019, une femme qui se plaint d’une situation d’harcèlement soit vue comme étant en train de ruiner la vie d’un homme? Comment se fait-il qu’en 2019, un homme accusé d’événements graves soit vu comme étant la victime? Comment se fait-il qu’en 2019, les femmes ne défendent pas toujours automatiquement les autres femmes? Comment se fait-il qu’en 2019, les structures ne soient pas encore telles que nous aurions besoin et telles que nous mériterions ?  Même au sein de notre propre association?

 

Ma mère a dû se battre durant sa carrière et durant sa vie, en tant que femme. En 2019, je ne pensais pas avoir besoin de faire la même chose. En 2019, je ne pensais pas que j’allais autant pleurer à cause d’évènements que je vis, à cause d’évènements que mes amies vivent. En 2019, je ne pensais pas pouvoir sentir ce fameux plafond de verre, ce fameux mur que l’on frappe juste lorsqu’on veut changer les choses.

 

Mais ce n’est pas tout du doom and gloom. Les changements s’en viennent. On se supporte de plus en plus entre femmes. Nous en parlons de plus en plus, malgré les cris et les pleurs. Le changement s’en vient, même si c’est long. J’ai fait du mieux que je pouvais lors de mon passage à la Faculté pour amener des changements. J’ai été loin d’être parfaite, mais je ne pourrais jamais promettre la perfection. Je peux promettre, par contre, que comme femme, je ne vais jamais arrêter de me battre pour me joindre à d’autres femmes qui se battent aussi.

 

Ensemble, on est plus fortes.

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