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Ceux qui vont mourir te saluent

 

C’est avec une pointe de nostalgie que j’entame ce qui deviendra mon dernier éditorial. Le processus derrière chacun de mes textes a toujours été saccadé et émotif : débutant généralement par une vague d’inspiration à mon transfert de lignes à Jean Talon et se terminant par une page blanche et un syndrome de l’imposteur. Vers 22h la veille de l’impression, je réussis pourtant toujours à croire un peu en ce que j’écris. Mais, le plus important dans tout ça reste la plateforme qui me permet de m’ouvrir à vous : Le Pigeon Dissident.

 

Ce journal m’a permis de prendre racine dans une faculté où personne n’est réellement lui-même et, où, comme tant d’autres étudiants, je ne me sentais pas à ma place. Ce journal m’a appris que ressortir du lot n’est pas nécessairement négatif et il m’a permis de rayonner dans la différence. Mais ça n’a pas toujours été rose pour le Pigeon. À l’automne 2016, alors que j’étais en première année, la dissidence avait un goût amer. Un voile de méchanceté et de méfiance s’était dressé au-dessus du journal après ce que j’aime surnommer le «scandale des initiations». De bonnes intentions et une noble cause ont été mal interprétées et la réputation du journal a été noircie; nous n’étions que des chercheurs d’attention et nous venions de gâcher le party. Cela ne m’a jamais repoussée, je savais au fond de moi que ma place y était.

 

Il est vrai que le Pigeon a été, à une époque, un journal avec de nombreux problèmes où l’argent se faisait rare et les opposants nombreux. Mais, à travers ses hauts et ses bas, le journal a su tenir son bout face aux critiques et face à une association étudiante qui a trop souvent voulu y avoir un droit de regard. Un meilleur budget, quelques commandites et un plus grand capital de sympathie n’effacent pas certaines problématiques intrinsèques. Le journal reste fragile et une nouvelle lutte de pouvoirs avec l’AED pourrait très bien faire basculer le tout. La prudence est donc de mise.

 

Je n’ai jamais eu honte de dire que le Pigeon Dissident avait conclu une entente avec l’AED afin de publier l’édition de la rentrée 2018. Une décision devait être prise : piler sur notre orgueil et demander de l’aide ou couper dans les éditions papiers. J’ai fièrement choisi la première avec un brin de naïveté en pensant que rien ne serait demandé en retour. J’avais tort. L’AED souhaitait un certain contrôle sur cette publication, un droit de regard. Après consensus, nous avons plier, mais sous certaines conditions. Le verdict : l’AED avait le droit de venir consulter l’édition d’août 2018 en personne au local du journal la veille de la parution.

 

Évidemment, l’édition d’août n’est jamais celle qui pose problème et personne n’a revendiqué ce maigre droit de regard. Cependant, quelques mois plus tard, alors que les choses se sont tendues un peu à la faculté et que le journal a voulu couvrir l’incident « Tutodroit », ce droit de regard a refait surface. On nous l’a remis sous le nez à la manière d’une carte sortie de prison. Bien que le contrat entre le Pigeon et l’AED stipulait très clairement que ce privilège n’était valable que pour l’édition d’août, ce droit de regard, aux yeux de certains, était devenu un laissez-passer.

 

Loin de moi l’idée de mettre le feu aux poudres, mais ce comportement de la part d’une association étudiante qui se proclame transparente et ouverte est totalement contraire aux principes de base de la liberté journalistique et j’espère que la relève du journal en est consciente. J’aimerais leur rappeler que « rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté » d’après le très dissident Oncle Hô.

 

Les membres de l’exécutif d’un journal étudiant sont tout à fait capables de faire preuve de jugement, ça, j’en suis certaine. Il est important de conserver de bonnes relations avec l’AED, mais une ligne doit être tracée. La liberté journalistique est un principe que j’ai à cœur et je remercie le Pigeon Dissident de m’en avoir donné un aperçu. Cela n’aurait jamais été possible sans chacune des personnes qui s’y sont impliquées durant mon passage à la faculté. Je vous remercie tous d’avoir continué à vous battre au nom du Pigeon, dans le meilleur comme dans le pire, car cela m’a permis de pouvoir moi aussi y prendre part. C’est plus qu’un journal à mes yeux, c’est une seconde famille et je m’y sens chez moi. C’est avec le cœur lourd que je passe à une autre étape. Merci à cette institution de m’avoir permis de m’exprimer, de m’informer et d’évoluer. J’y ai trouvé des amis incroyables et, même, l’amour. Je souhaite à tous de trouver un endroit comme le Pigeon Dissident.

 

Maintenant que mon baccalauréat en droit tire à sa fin, je pense aux paroles de l’empereur Claudius de Rome pour les gladiateurs partant au combat : « Ceux qui vont mourir te saluent ». Cet adage lourd de signification représente un peu la suite logique de mon parcours en droit, la fin d’une ère. Ma tête se met à tourner dès que j’imagine le reste d’une vie tranquille et bien rangée : métro, barreau, dodo. En espérant que le Pigeon Dissident ne sera pas ma dernière expérience d’écriture. J’ai beaucoup aimé m’ouvrir à vous et grandir à vos côtés. Désormais, j’ai l’impression égoïste que le journal se porte mieux, et que je peux partir en paix.

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