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Bonjour bye

Voilà. C’est maintenant mon dernier article dans le Pigeon Dissident en tant qu’étudiant en droit. Ah le Pigeon, tu as tellement marqué mon bac ! À ceux qui ont façonné mon parcours, notamment Émilie, Nicolas, Xavier, Marie-Christine, William, Lydia et Marwa, je vous dis merci. À ceux qui me suivront, notamment Charles-Étienne, Grecia et Marc-Antoine, je vous dis de foncer, de rire, de questionner… et surtout de continuer à porter la voix d’un journal si unique et essentiel qu’est le Pigeon Dissident. Finalement, à Sofia, celle avec qui j’ai passé mes trois ans complets à parler sur Facebook tard le soir pour savoir comment le Pigeon devrait réagir ou encore pour se demander si nous avions assez d’argent pour acheter un peu plus de biscuits pour le 4@7, ou encore à passer nos midis au local du Pigeon où nous parlions plus souvent qu’autrement des derniers scandales du local d’à côté, je veux également te dire merci : ta contribution, ton sang-froid et ton jugement aurait cruellement manqué au Pigeon si tu n’avais pas été là.

 

J’ai très longtemps réfléchi sur le sujet de ce dernier article. J’ai finalement décidé de vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur, soit celui de la survie et de l’épanouissement de notre langue. Dans un documentaire sorti plus tôt cette année, « I speak français », la documentariste Karina Marceau nous relatait la relation qu’ont les jeunes Québécois avec la langue de Molière. Bien qu’ils la chérissent et l’aiment, ceux-ci sont en majorité pour une « modernisation » de la loi 101. Pour beaucoup, tout le monde devrait avoir le droit d’envoyer ses enfants dans une école anglaise ou française, au primaire ou au secondaire. Moderniser ? Quand on réalise que c’est justement grâce à la loi 101 qu’aujourd’hui les enfants des nouveaux immigrants fréquentent les écoles francophones, c’est profondément méconnaître notre histoire. Il est évident que l’apprentissage de l’anglais est un atout incontestable, mais sommes-nous à ce point rendus aveugles aux gains linguistiques et culturels que notre histoire nous lègue ?

 

On me dit souvent, pour légitimiser le bonjour/hi, qu’il est nécessaire d’accueillir le citoyen ou le touriste dans les deux langues officielles dans les boutiques du centre-ville de Montréal, ou encore dans les endroits d’intérêts, comme les hôtels ou les lieux touristiques. Jusque-là, ça va (même si je n’ai jamais entendu, lors de mon voyage en Chine de l’année dernière, un Ni Hao/hi de tout mon périple et que j’ai malgré tout très bien pu me débrouiller et même apprécier ce si jouissant « dépaysement » digne des plus belles quotes de photos Instagram). Or, que j'aille à Mirabel, à Montréal, à Brossard ou encore au si bilingue Carrefour Laval, je me fais très souvent accueillir par un bonjour/hi assumé et parfois suivi d’un « How can I help you ». Je ne savais pas qu'il y avait tant de touristes que ça au Jack and Jones du Carrefour Laval? En matière linguistique, nous sommes souvent dans les symboles, les mythes, les principes. À Toronto ou à Vancouver, le bilinguisme ne veut pas dire l’utilisation du français et de l’anglais, mais plutôt de l’anglais et du cantonnais ou encore de l’anglais et de l’hindi. Dans un récent sondage pancanadien portant sur le bilinguisme, on y apprend que les efforts en la matière sont essentiellement une affaire québécoise. En effet, alors que seulement 17% des Québécois affirment que le bilinguisme canadien n’est pas important pour eux, ce chiffre monte à 42% au Nouveau-Brunswick, 48% en Ontario, 52% en Colombie-Britannique et 53% en Alberta. À quoi bon se forcer à être plus bilingue qu’un fonctionnaire fédéral alors que ce n'est que le Québec qui fait les efforts en la matière? Appelez-moi si quelqu’un vous abordera en disant « Bonjour/hi » lorsque vous entrerez dans une boutique au centre-ville de Toronto ou d’Edmonton.

 

Je concède que le débat sur cette somme toute vulgaire marque de politesse peut sembler exagéré. Or, je pense sincèrement qu’il s’agit plutôt de la pointe d’un iceberg qui, contrairement aux vrais icebergs qui fondent à vue d’œil, ne cesse de grossir. Il est grand temps que, collectivement, notre génération se rende compte que la « paix linguistique » n’est encore possible aujourd’hui que parce que des générations de francophones qui nous ont précédés se sont battus pour faire du français la langue commune et officielle du Québec. Il serait plus que désolant de cracher sur des avancées si durement acquises pour l’unique raison que « nous n’avons plus besoin de protéger le français au Québec ».

 

Sur Facebook, je vois trop souvent des publications écrites en français dans un groupe étudiant de la Faculté (DROIT UDEM, 1e, 2e ou 3e année) alors que la réponse à cette publication est en anglais. Pourtant, il ne s’agit pas d’une réponse personnalisée d’une personne à une autre qui se connaissent, mais bien d’une publication publique concernant, par exemple, un débat étudiant ou encore une question collective concernant tous les étudiants (qui ne parlent pas nécessairement anglais, soit dit en passant). Je ne suis pas contre l'anglais, mais je pense que la « facilité », le désir que certains ont de connecter à tout prix avec le monde anglophone qui nous entoure et qui est attrayant pour une multitude de raisons font que certaines personnes penchent trop souvent vers la langue de Shakespeare, alors que le but premier et légitime de notre lutte collective pour la survie de notre langue est justement d'effacer ce vieux réflexe de prendre l'anglais et de se tourner vers notre langue commune, le français.

 

Au sein du baccalauréat en droit, aucun cours nous est vraiment offert sur le droit « social », qui toucherait vraisemblablement des questions sociales, culturelles, économiques et linguistiques. Avez-vous déjà lu ou étudié la Charte de la langue française, la Loi sur l’instruction publique, la Loi sur le régime des rentes du Québec, ou toute autre loi découlant de notre affirmation culturelle d’après la Révolution tranquille? S’il n’en était pas de mon intérêt personnel, la réponse à cette question, alors que je m’apprête à terminer mon baccalauréat, aurait été malheureusement non. Or, je peux vous dire presque par cœur comment, tant dans LSAQ ou la LCSA, produire et enregistrer les statuts constitutifs d’une société par action, tant en droit québécois qu’en droit canadien…

 

Si vous me permettez, je nous souhaite de chérir davantage cette langue qui est la nôtre et qui nous unit, et qui nous a été léguée en héritage par des hommes et des femmes qui ont été persécutés, ridiculisés et accusés des pires calomnies parce qu'ils tenaient à ce que leurs descendants parlent, lisent et chantent la même langue que leurs ancêtres. Collectivement, il faudrait peut-être se tourner davantage vers notre propre histoire et, surtout, mieux la comprendre pour ne pas répéter les erreurs de celle-ci…

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