Vert collectif

 

C’était plus de 100 000 personnes qui déambulaient dans les rues de Montréal le 15 mars dernier, 100 000 personnes ayant toutes comme conviction commune l’imminence de la crise climatique. L’appel à cette action citoyenne trouve sa source dans l’invitation d’une jeune suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, à se mobiliser pour la planète. Cette jeune égérie de l’action environnementale s’est fait connaître par son discours poignant au Forum économique de Davos dans lequel elle ne s’est pas gênée à invectiver les leaders mondiaux face à leur oisiveté choquante.

 

Greta incarne en elle-même la caractéristique principale de ce mouvement : la lucidité et la volonté quant à la question climatique qui semble puiser son énergie dans la jeunesse.  

 

À cet effet… :

 

Le seul parti ouvertement « écologique » de l’Assemblée nationale du Québec est soutenu par la majorité des 18-34 ans et la grève du 15 mars s’en voulait une « étudiante ».

 

Au sud de notre frontière, la fameuse action collective « Youth v. Gouv. » est soutenue par des jeunes de 10 à 22 ans et la seule « congresswoman » ayant le courage de présenter un plan ambitieux mais non moins nécessaire en matière d’environnement est Alexandra Ocasio-Cortez, la plus jeune élue du Congrès…

 

Bien que cet élan de contestation laisse place à un potentiel de changement fécond, la réalité nous rattrape, imposant son aride constat au courage des jeunes.

 

La contingence politique mondiale fait foi de ce constat décevant et dépravant : l’administration Trump est ouvertement climatosceptique, Jair Bolsonaro tente d’ouvrir (ou d'offrir, c’est tout comme) la forêt amazonienne aux l’industries et la démission marquée de Nicolas Huot de l’Élysée ayant pour raison sa désillusion face à ce que l’establishment politique peut (ou ne veut pas) faire pour la cause climatique. 

 

Plus proche de nous, le récent budget caquiste accorde 1,61 milliard de dollars à l’environnement, et ce, sur un budget de 115 milliards. C’est donc 1,4% du budget public qui visera à soutenir la cause verte chaque année. Comment? En visant notamment la transition des entreprises et l’ajout de 100 000 voitures électriques (sur un bassin total de 5 millions d’automobiles) sur les routes du Québec [1]. Autrement dit, rien de concret, une simple bavure. D’autant plus que l’administration Legault ne semble pas faire grand cas du projet GNL Québec, un pipeline qui, dans son ensemble, émettra autour de 7 millions de tonnes de GES par année [2].

 

L’inaction gouvernementale impose donc de faire retomber tout le poids et l’espoir de cette cause aux simples individus. C’est demander à chaque citoyen et citoyenne d’effectuer eux-mêmes et elles-mêmes leur transition, transition devant être menée à bien dans un système lui-même aliéné à la croissance et soutenu par des industries polluantes. L’achat de la tasse réutilisable du quartier, le tofu pris à l’épicerie zéro déchet et le vélo de ce matin ne seront, malheureusement, pas à même de soutenir la cause planétaire. Bien que louable, cette praxis « écologique » du quotidien n’est pas une panacée. Le mouvement doit provenir d’en-haut; il doit nécessairement passer par la politique. L’action citoyenne se doit d’être collective et rassembleuse pour confronter et attaquer l’immensité du défi environnemental.

 

Les gouvernements ne peuvent plus se barder d’être verts grâce à leurs mesures à la pièce, dépourvues d’ambition et de courage.  Un gouvernement responsable et réfléchi ne permettrait pas d’occulter le débat climatique sous le voile de la laïcité et de la haine préfabriquée.

 

Cependant, une réelle transition nécessite d’être soutenue par des politiques d’envergures, et seul le pouvoir public est à même d’y arriver. Le transport en commun, les taxes vertes ou encore l’urbanisation « écologique » sont tous des projets qui ne peuvent être matérialisés effectivement et rapidement que par les instances gouvernementales. L’initiative verte ne peut être laissée aux simples citoyennes et citoyens, autrement, rien ne changera.

 

Ce n’est pas la volonté ni la conscience qui manque pour ce qui en est des jeunes. Or, il faut leur donner les moyens. Pour l’instant, les 4 années à venir sous la CAQ seront dans un déni total et dangereux. N’en reste pas moins que le « jeune vote » fera son devoir; c’est de par cela qu’une action concrète se mettra en branle et qu’une transition organique et organisée aura lieu.

 

L’importance de la crise environnementale n’a pas de comparable; la préservation de notre joyau est essentielle, sinon vitale. Et ça, le célèbre auteur Romain Gary l’avait compris : « Moi, c’est bien simple, tout ce que je défends, c’est la nature… Appelez ça comme vous voulez. Écologie, humanité, dignité, liberté… ».

 

[1] « Québec promet d’accélérer les réductions de GES », Alexandre Shields, Le Devoir, 22 mars 2019.

[2] « Énergie Saguenay: le projet de GNL Québec générera plus de 7 millions de tonnes de GES », Alexandre Shields, Le Devoir, 21 février 2019.

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