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Observations relatives à un banc de poissons rouges

 

Au risque d’être ringard, de me voir affublé de l'épithète de hasbeen, je parlerai ici d’un sujet léger, pour faire changement du dernier texte que j’ai envoyé à ce journal.

 

Cette faculté n’est plus la même que celle dans laquelle j’ai mis les pieds en 2015. Au sortir du collège, j’avais été accepté ici, sans savoir que cet endroit allait devenir une deuxième demeure. Comme plusieurs, j’ai regretté de ne pas avoir fait quelque chose d’autre avant d’étudier le droit. En effet, notre formation formate notre langage. J’ai bien peur que le droit nous forme à ne distinguer que le bien et le mal. Ce faisant, ne devenons-nous pas incapables de dire le beau et le laid?

 

Prisonnier du langage juridique, j’ai longtemps ressenti un profond malaise à discuter de ce que je faisais avec des personnes en dehors de mes cercles de juristes. Tout ceci me semblait très technique, très hautain. Certains de mes collègues se servaient de cette aura de « juridicité » pour s’élever au-dessus de la masse et regarder les gens de haut. Cette attitude m’a toujours répugné. Elle était très répandue entre ces murs pendant les deux premières années que j’ai passées ici.

 

Or, à un moment précis, coïncidant avec la parution d’un article dont on me parle encore - plus de deux ans après sa publication (1) - l’ambiance à la faculté a commencé à changer. La plante de l'autodérision semblait avoir commencé à prendre dans le terreau aride des règles de droit. Des gens commençaient à se moquer de ce que nous faisions, apportant enfin un peu d’humilité dans la tête des futurs juristes du Canada francophone. Le roman de Jean-Philippe Baril-Guérard, Royal, parut peu de temps après me semble aussi avoir contribué à éveiller certains esprits à la réalité, c’est-à-dire au fait que la compétition poussée à l’extrême pouvait avoir des côtés sombres.

 

La possibilité de porter un regard critique sur ce que nous faisons, notre maison d’enseignement et le droit en général me semble une chose absolument nécessaire pour ne pas oublier que le droit doit, avant toute chose, servir et non devenir une fin en lui-même. Au surplus, l’autodérision est nécessaire au maintien d’une santé mentale élémentaire. Il faut se rendre à l’évidence, avec plus de vingt-six milles membres, le Barreau du Québec ne représente pas l’élite de la société - contrairement à ce que le caractère austère et solennel du droit peut laisser sous-entendre.

 

Comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de dire que le droit n’est pas important. Au contraire, s’il y a bien un défenseur de l’État de droit, c’est le soussigné - c’est une chose que je retiens d’un certain docteur Bérard. Or, même si le droit pose les fondements de notre société, ceux qui le pratiquent ne sont pas, eux-mêmes, le droit. Juristes, nous ne sommes que des artisans de la norme; c’est l’édifice qu’il faut admirer, défendre et critiquer à certains égards.

 

Nous devons cesser de voir le droit comme une manière de s’élever socialement. Pratiquer le droit est un métier comme les autres. C’est le métier auquel j’aspire et je serais très mal placé pour dire qu’il s’agit d’une profession ignoble, mais elle n’a pas le monopole de la raison et de la justice. Le droit, tel que nous le connaissons, repose essentiellement sur des fictions. Encore, plusieurs de ses prémisses se révèlent, à l’usage, incomplètes et parfois simplement fausses.

 

De la broue dans le toupet les étudiants en droit? Un peu oui. Cela dit, de moins en moins, et c’est bien ainsi. Au risque d’être le hasbeen lourd de la faculté, celui qui écrit encore dans le Pigeon, je voudrais dire que c’est mieux qu’avant. Beaucoup de choses se gâtent avec le temps qui passe. Les gâteaux aux fruits par exemple, ou encore le pain blanc. Elles deviennent fades et sèches. Mais cette faculté échappe à la règle générale. Elle devient chaleureuse et joyeuse avec le temps qui passe. Elle confronte ses démons, s’ouvre au côté ludique de l’existence, accepte d’être ridicule à l’occasion. Bref, elle prend une grande bouffée d’air et c’est bien ainsi.

 

Notes infrapaginales:  

(1) L’ÉQUIPE DU PIGEON DISSIDENT, « La bière est amère », 20 septembre 2016, Pigeon Dissident, en ligne: <https://www.pigeondissident.com/single-post/2016/09/20/La-bi%C3%A8re-est-am%C3%A8re>  (Consulté le 11 mars 2019)

 

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