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Et pourtant, le temps

Le 8 mars, la planète célèbre la femme. Le 15 mars, la planète s’invite à l’Université. Le 20 mars, la planète sème le bonheur. Par le plus grand des hasards, toujours le 20 mars, la planète encense le français, nous fournissant une raison de plus d’apprécier et d’assister à la finale du concours « Délie ta langue ! » à laquelle participent quatre étudiants de notre chère faculté. Le 22 mars, la planète commémore l’eau en tant que ressource précieuse. Le 30 mars, la planète se débranche et se déconnecte pour une heure consacrée à la Terre. En mars, la planète revendique pour nous tous et, enfin, pour elle-même. Les thématiques s’entremêlent autour du militantisme.

 

Le français féministe

 

Au XXIe siècle, la très notoire règle grammaticale « le masculin l’emporte sur le féminin » est rendue complètement désuète, voire offensante… Or, comme l’article 287 du Code criminel canadien, cette maxime demeure lettre morte auprès des féministes et autres progressistes. Autrement dit, un grand nombre d’auteurs et d’autricess préfèrent rédiger de manière inclusive, quitte à féminiser entièrement un texte lorsque la demande est présente. Pensons à l’article « Les stages en milieu communautaire : ça fait du bien » par la professeure et responsable des stages en milieu communautaire, la très flamboyante et incroyable Danielle Pinard, lequel est rédigé au féminin « pour éviter la lourdeur ». Lors de la rencontre au sujet de ces stages, la composition des témoins révélait une majorité de femmes.

 

Qu’en est-il de l’inclusivité mise entre parenthèses, séparée par un trait d’union ou par une barre oblique, accentuée par les majuscules ou pointillée par le point médian comme le suggère l’Office québécois de la langue française ? Les grands esprits se déchirent autour de la question sachant qu’il y a une différence plutôt notoire entre l’écriture inclusive et la rédaction épicène.

 

La première tient compte, comme son nom semble l’indiquer, de tous les genres existants, c’est-à-dire des femmes, des hommes ainsi que des personnes non binaires. Or, le concept de personne non binaire, lequel ne résume pas à cocher une case « Autre » lorsqu’un formulaire quelconque exige de connaître le genre d’un individu, apparaît relativement nouveau. Effectivement, la société occidentale, tel un juge de common law, a simplement « découvert » ce qui l’a toujours précédée. Par exemple, les nations autochtones qualifiaient les personnes non binaires de personnes « aux deux esprits ». Pour panser la plaie causée par la dichotomie de la langue française, l’écriture inclusive admet des pronoms tels que « ceuzes », « celleux », « iel(s) » ou « ille(s) ». Certes, cela écorche légèrement la rétine, à l’instar de la nouvelle orthographe qui accepte qu’on fasse des « guiliguilis » à plusieurs « chevals ». Néanmoins, les mentalités devront s’adapter, tout comme l’autocorrection devra reconnaître éventuellement la féminisation du nom « auteur » comme l’a réclamé l’autrice Sophie Bienvenu il y a de cela trois ans. Nulle révolution, quelle qu’elle soit, ne se fait sans heurt. Pour la portion de la communauté estudiantine qui se demande à quoi bon d'accommoder un infime pourcentage de la population, le Canada compte parmi ses principes constitutionnels non écrits le respect des droits des minorités. Il vaut mieux ravaler son incompréhension et tendre l’oreille, incorporer des éléments à sa pratique pour promouvoir la dignité humaine. Par exemple, certaines personnes non binaires éprouvent un malaise à se faire soigner dans les institutions médicales francophones.

 

Quant au second type d’écriture, en février dernier, le journal uqamien Montréal Campus déclarait solennellement que « l’égalité [l’emportait] » en guise d’éditorial. Si quelque peu présomptueux comme titre, il demeure qu’il faut saluer l’initiative progressiste qui contribue à ébranler le paradigme grammatical dominant. Cependant, il serait naïf, voire réducteur, de croire que les féministes adoptent un lexique épicène dans l’unique but d’être « [reconnu(e)s] dans la société parce qu’on féminise leurs noms » comme le pensait le professeur Jacques Ouellet du département de langue, linguistique et traduction de l’Université Laval lors d’une entrevue pour La Presse +. Sans entièrement dénaturer le français, le langage épicène répond ainsi aux attentes de l’humanité. Cette rédaction ajuste notre vision, laquelle s’est considérablement affaiblie après des décennies d’aveuglement volontaire ou involontaire, pour mieux percevoir les populations que nous croyons invisibles, alors qu’elles se trouvaient juste sous nos yeux. Ce n’est pas parce qu’une bataille est gagnée que la guerre le sera tout autant.

 

En mode vrac attaque

 

Plus de 58 432 militant(e)s de tout genre au Québec ont décidé de se lever et de se soulever contre les autorités qui font la sourde oreille aux changements climatiques, et ce, le 15 mars. À ce jour, 266 046 personnes ont signé le fameux Pacte pour la transition qui consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre produites par chaque individu en accomplissant des gestes concrets. Par exemple, il est toujours aussi aisé d’encourager le transport en commun, la réutilisation de sacs, etc. À présent, la tendance touche de manière plus intime les consommateurs…

 

En octobre 2018, le Québec assistait avec affolement à la rupture des stocks de la SQDC. Trois mois plus tard, surfant sur la vague des mantras verts « New year, new me », la belle province est témoin d’une pénurie de tofu. L’intoxication au cannabis de la population québécoise n’est pas responsable d’un tel phénomène qui dépasse les végétarien(ne)s, les végétalien(ne)s et les omnivores confondu(e)s. Deux raisons expliquent ce regain de popularité pour l’industrie du soya. Officiellement, les recommandations du Guide alimentaire canadien ont évidemment joué un rôle majeur. Officieusement, la conscientisation à la cause environnementale a porté ses fruits. Subsidiairement, les mauvaises langues peuvent remercier les influenceurs véganes de notre société et Occupation Double pour leur avoir accordé une plus grande visibilité. De plus en plus d’individus souhaitent savoir l’origine des produits achetés et ce qu’ils contiennent en sus (i.e. pesticides).

 

Il en va de même pour toutes les âmes présentes au Monument à George-Étienne Cartier qui appuient le collectif La Planète s’invite à l’Université. Globalement, elles revendiquent une plus grande transparence et, surtout, d’être écoutées une bonne fois pour toutes. L’élan de compassion et d’affection pour le Parti vert ne surgit pas de l’inconnu ! Des mouvements comme Extinction Rebellion, surnommé XR, prennent d’assaut le Québec pour fournir des armes pacifistes décrites comme étant radicales. Par exemple, les militant(e)s suivent une formation de désobéissance civile ainsi que des concepts juridiques relatifs au droit de manifestation et au pouvoir des policiers. XR comprend distinctement ce qui nous échappe si souvent…  

 

Nous n’avons plus le luxe de s’offrir du temps tel que l’affirme haut et fort le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Nous n’avons plus le luxe de s’offrir de repousser aux frontières les populations les plus vulnérables, les premières que les raz-de-marée climatiques noieront sans égard à leur nationalité, à leur sexe, à leurs richesses. Nous n’avons plus le luxe de se tapir derrière les technologies pour retarder l’inévitable. Nous n’avons plus le luxe de se laisser sauver par les revenus issus des investissements dans les énergies fossiles.

 

Et pourtant.

 

Comme vous le savez probablement tous, l’eau poursuit son processus de raréfaction. Le 22 mars n’empêchera aucun(e) d’entre nous à se doucher ou prendre un bain ou consommer deux litres d’eau si l’envie nous en dit. Le slogan « loin des yeux, loin du cœur » s’applique tout autant à la notion de culpabilité. Certes, le Québec est chanceux, mais pour combien de temps ?

 

Les médias continuent d’alimenter des mouvements que l’on qualifiera de « progressistes », voire de « gauchistes ». Toutefois, il peut être pertinent de réfléchir sur l’authenticité non des intentions, mais des actions. Dans notre société, en dehors du droit, les intentions des parties pèsent faiblement dans la balance, contrairement à leurs actions. Nos gestes doivent pouvoir hurler notre exaspération sous une manifestation maîtrisée.

 

Nous n’avons jamais eu l’intention de causer du tort à la planète.

 

Et pourtant, la voilà qui souffre.

 

Selon la mythologie, Mars est belliqueux, belligérant, belliciste. L’adage latin « Si vis pacem, para bellum » semble droitement désigner la paix armée comme solution. Et pourtant, en tant que mois, Mars est quérulent, pacifiste, olympien. Unie devant l’adversité, la planète peut-elle nous persuader que la solution est réellement la locution latine transformée en « Si vis pacem, para pacem » ?

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