Les gens de mon pays

J’ai des goûts de vieux, mais au moins je m’assume. Dans la dernière année, nous avons perdu un des géants de la chanson francophone, Charles Aznavour. Un jour, malheureusement, nous perdrons aussi un autre géant de la chanson, celui-ci venant de chez nous, Monsieur Gilles Vigneault. Comme Aznavour, le génie de Gilles Vigneault réside dans sa maîtrise des mots. Il les fait vibrer, leur donne un sens, une beauté par sa voix. Plus que de la chanson québécoise, Gilles Vigneault est un géant de la culture québécoise.

 

Avec ardeur, il chante le Québec depuis 70 ans sans s’arrêter. Il chante la fierté que trop de Québécois ont perdue en leur langue et leur province. Il chante notre langue française, dans toute sa splendeur québécoise et sa mélodie. Gilles Vigneault chante aussi la souveraineté du Québec, bon temps, mauvais temps. Je sais que c’est cliché à dire, mais quand Gilles nous quittera, il n’y en aura plus des comme lui.

 

Ses chansons, contes et poèmes viennent de chez lui, du pays de Natashquan. Ce nom résonne dans les chansons de Gilles. Pour info, Natashquan est un petit village éloigné sur la Côte-Nord, dont le seul lien avec le reste du Québec fut, longtemps, l’eau du Saint-Laurent. C’est un village historique de pêcheurs, rythmé par la vie du fleuve et par les violoneux qui font danser dans les veillés. C’est cette atmosphère authentique qui façonnera la carrière de Gilles. On retrouve tout l’environnement de la Côte-Nord, toujours indompté, dans ses chansons, comme dans La Manikoutai, véritable hymne à la nature québécoise, et sûrement l’un des plus beaux textes de langue française du Québec jamais composé (selon moi). La Manikoutai, symbole de la femme changeante, attire les hommes par sa beauté sauvage, mais se révèle impitoyable et traîtresse à ceux qui n’y prennent pas garde. Bien lotis à Montréal et ses environs, nous oublions que le Québec reste grandement sauvage et qu’il l’était encore plus du temps de la jeunesse de Gilles. Les gens de Natashquan font partie de ce Québec sauvage à l’âme farouche.

 

Gilles Vigneault chante aussi le folklore québécois, qui, trop souvent, se perd de génération en génération. Il chante les héros du Canada-français comme Jos Montferrand. Encore une fois, pour votre culture personnelle, Jos Montferrand fut un homme fort de la région de l’Outaouais, un peu comme Louis Cyr. Il est entre autres célèbre pour s’être battu contre des Irlandais, des centaines selon la légende, venus « voler les jobs » des Canadiens-français.  Les grandes figures folkloriques de notre histoire se retrouvent mélodies par le talent virtuose de Gilles Vigneault. C’est l'âme culturelle québécoise que l’on entend quand Gilles, bien assis sur le Cap-Diamant, les deux pieds dans le Saint-Laurent, discute avec le gros Jos Montferrand. Sur ses airs de violon, Gilles nous fait turluter avec les figures de notre culture. Comme si le Québec tout entier se réunissait pour une veillée dansante quelque part chez l’habitant à Natashquan.

 

Mais Gilles Vigneault n’oublie pas les gens de son village. Il chante les tribulations des habitants du pays de Natashaquan, comme celles de Gros Pierre, mort en cherchant la belle Laurelou partie en ville. Ou encore les soucis de Ti-cul Lachance, chômeur de son état, pogné, marié, trois filles, deux garçons. Même les folles veillées dansantes du village fictif de St-Dilon où l’on danse le brandy jusqu’à l’aurore au rythme des violons sont évoquées par notre géant. Gilles s’inspire de ses voisins de Natahsquan et de leurs expériences. Il chante son père, un violoneux, qui faisait s’égayer tous les habitants de son village, lors des froides soirées d’hiver, avec son archet. Mais plus que des simples individus, Gilles chante aussi tous les Québécois. Gens du pays est un hymne à notre province et à ses habitants.

 

Le grand Gilles Vigneault arrive aussi à chanter le bilinguisme québécois. Je pense au seul et unique I went to the market illustrant admirablement les problèmes quotidiens de par chez nous (selon ses propres mots). Complétant de sa propre plume une chanson enfantine acadienne, il y rajoute sa touche personnelle. Un peu à la Speak white de Michèle Lalonde, Gilles chante la confrontation (humoristique) d’un francophone et d’une anglophone. Il le fait dans son esprit le plus folklorisant québécois. Gilles dénonce aussi, encore une fois par la subtilité de ses mots, l’imposition de l’anglais comme langue de la business et des gens important

 

s. Selon ce qu’on m’a dit, Gilles Vigneault aurait eu l’idée de cette chanson en entendant un pilote francophone se plaindre de devoir parler anglais à des contrôleurs aériens francophones. Face à l’impérialisme linguistique toujours ambiant de l’anglais, les mots de Gilles Vigneault sont sûrement notre plus grande défense.

 

Finalement, Gilles Vigneault chante un pays existant dans les désirs des Québécois les plus ardents. Gilles exalte le Québec et son indépendance longtemps (et toujours) espérée. Mais sur ce point, je vous laisse écouter Gens du pays. Mes seuls mots ne pourront jamais communiquer de plus belle façon l’amour du Québec que cette chanson.

 

Mes classiques indétrônables de Gilles Vigneault resteront toujours, en ordre croissant : La Manikoutai, Le chêne, Gens du pays et La danse à St-Dilon.

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