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Le mois de l'Histoire des Noirs ou une reconquête identitaire

09/02/2019

 

Il y a encore de cela 5 ans, je m’opposais fermement à célébrer le mois de l’Histoire des noirs, ou le mois des négros, comme je l’appelais avec mépris. Je refusais catégoriquement de minimiser l’importance significative qu’avait eue ma communauté dans l’histoire de l’Humanité. Un mois pff. Et le plus court en plus? Quelle belle hypocrisie!

 

Aujourd’hui, je suis consciente que le dédain que je ressentais à l’égard de ce mois ou pour les autres activités concernant la communauté noire était lié à un profond mépris de ma propre personne. Pendant trop longtemps, j’ai voulu être blanche. Je n’ai pas seulement détesté ma couleur de peau, j’ai aussi rejeté inconsciemment toutes les personnes, mis à part les membres de ma famille, qui étaient noires. Je voulais me distinguer, je voulais être comme le groupe ethnique dominant, celui qui ne se définit pas seulement par sa pigmentation. Tout ce qui était noir était moche, tout ce qui était noir était mauvais, tout ce qui était noir n’était pas moi.

 

Puis, j’ai vieilli, peut être mûri et je me suis rendue compte de la richesse de ce mois, pas en tant que période dans l’année, mais en tant que ressources procurées. Le mois de l’Histoire des Noirs, c’est une victoire qui vient mettre un baume au cœur et traiter des blessures encore ouvertes que des excuses vaines n’ont su combler et que des non-dits n’ont su effacer. C’est selon moi, une reconquête identitaire de notre culture et de notre histoire trop longtemps méconnue, négligée et tronquée. Les vainqueurs ont su l’écrire mais surtout la falsifier et encore aujourd’hui, nous en payons le prix.

 

Le Mois de l’Histoire des Noirs va au-delà d’un apprentissage pour les Noirs par les Noirs. Je le perçois comme l’un des chaînons manquants à la difficile mais nécessaire discussion interraciale. Une discussion multilatérale trop souvent balayée par un déni social profond. Nous ne vivons pas les mêmes situations et notre imaginaire n’est pas forgé par les mêmes expériences: ce qui plaît à l’un peut blesser l’autre. Une personne ne devrait pas avoir peur d’exprimer un malaise lié à un phénomène de société. En tant que société cosmopolite, nous nous devons de découvrir et de comprendre l’autre. Repenser les rapports sociaux, extérioriser nos craintes, préjugés et stigmates afin de mieux les éloigner sans jamais les entériner. Mettons un point d’honneur à enterrer à jamais le fameux “ je ne vis pas cette situation donc elle n’existe pas”. Admettons que nier une réalité n’entraîne pas sa disparition pour autant et n’ayons pas peur de mettre des mots sur nos maux. Rappelons-nous que notre liberté s’arrête là où celle de l’autre commence. Arrêtons de nous comparer pour mieux nous consoler. Voyons plus loin, souhaitons plus fort et agissons mieux.   

 

Peut-être que je rêve trop, mais après tout, notre réalité n’est-elle pas façonnée par nos rêves et nos déceptions? D’ailleurs, comme l’a dit l’illustre Martin Luther King: “I refuse to accept the view that mankind is so tragically bound to the starless midnight of racism and war that the bright daybreak of peace and brotherhood can never become a reality…. I believe that unarmed truth and unconditional love will have the final word.”

 

Sur une note plus personnelle, ce mois, par l’entremise des multiples activités, conférences et tables rondes, m’a permis de mieux comprendre la résignation de certains et l’espérance des autres. J’ai compris que, souvent, l’appartenance à un groupe n’est effective que lorsque l’on accepte ce groupe avec ses valeurs, qui forcément deviennent les nôtres et qu’en retour ce groupe nous accepte. Cependant, à partir du moment où cette acceptation est asymétrique, à partir du moment où l’on est vu constamment comme l’autre, l’éternel étranger, nous nous cherchons une autre alternative et la facilité peut être de revenir à ce que l’on a été ou de choisir l’identité qui nous a été imposée. En apprenant davantage sur ma culture et mon histoire, cela m’a poussée à lutter contre la fixation d’une identité unidimensionnelle afin d’accepter pleinement et fièrement ma dualité identitaire, avec mes cheveux crépus et ma haine des cônes orange.

 

Je me réapproprie mon histoire révolution par révolution, chanson par chanson. Au début, c’était une semaine, c’est maintenant un mois, qui sait peut-être dans quelques temps, sans trop espérer, notre histoire sera finalement réhabilitée.

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