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Cri du cœur d’une victime ordinaire

Il y a un peu plus de trois ans, je m’apprêtais à vivre l’une des plus douloureuses épreuves de ma vie : une rupture amoureuse. Une tragédie avec un grand T au beau milieu d’une vie ordinaire. Seule et sans repère, plongée dans une détresse que je croyais insurmontable, j’ai bien failli y laisser ma peau.

 

Ceux qui me connaissent savent très bien de quoi et de qui il s’agit, mais cela n’a pas d’importance. Ce schème toxique pouvant se calquer n’importe où, cette histoire mérite d’être entendue indépendamment de l’identité de ses protagonistes.

 

Je fais partie de ces gens qui s’expriment mieux par l’écrit que par la parole. Pourtant, lorsqu’il est question de cet épisode dévastateur, j’ai longtemps hésité à coucher sur papier les mots qui permettraient de retrace la source de ma souffrance. Rongée par la peur qu’on interprète mal mon message, j’ai longtemps tu ce désir de crier au secours. Récemment, j’en suis venue à la conclusion qu’une partie du processus de guérison impliquerait que je doive éventuellement extérioriser cette épreuve et exposer à la lumière du jour la douleur qui m’habite encore.

 

Avant la rupture, il y a eu les crises de jalousie, les insultes, les menaces. Il y a eu toutes ces fois où je n’ai pas appelé la police, parce que je t’aimais trop. Au beau milieu de cet amour tant fusionnel que ravageur, il y avait une relation toxique et abusive. Aveuglée tant par ma naïveté que par mon déni, je n’ai pas su demander de l’aide au bon moment. Plongée au cœur de ce cocktail Molotov sentimental, j’aurais voulu qu’on me laisse m’y noyer pour oublier ma souffrance.

 

J’aimerais vous dire que je m’en suis sortie indemne, mais ce n’est pas le cas. La réalité est que le mirage était parfait et que tout le monde était tombé dans le panneau, moi y compris. Derrière cette façade de bonheur qui s’effritait de jour en jour, se cachait une relation qui ne cessait de m’étouffer et qui m’a éventuellement poussé au bord du précipice. Coupable d’aveuglement volontaire face à mon propre malheur et croyant en être la seule responsable, j’ai tenté de mettre fin à mes jours.

 

Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous expliquer que les victimes de violence conjugale se sentent coupables de ce qu’elles subissent. Même si j’ai appris de mes erreurs, une partie de moi ressent encore à ce jour cette écrasante culpabilité. Celle de ne pas avoir été assez bonne, assez belle et assez intelligente. Et, surtout, celle de ne pas avoir été capable de m’extirper de cette situation plus tôt alors que je savais pertinemment que cela finirait par me détruire.

 

Alors que cette relation et particulièrement cette rupture pèsent encore lourd sur mes épaules, je ne peux qu’admettre que j’en suis ressortie grandie. Elle m’a permis de prendre racine dans mon courage et, bien que j’aurais préféré l’apprendre d’une autre manière, de réaliser que ce genre d’obstacle façonne notre existence. Il y a trois ans, je n’aurais jamais été capable d’affronter mes problèmes relationnels de cette manière et de donner ouvertement une voix à ma douleur.

 

Je sais maintenant que la violence n’a pas besoin d’être physique pour être considérée comme grave. Les actes de violences psychologiques et verbales entrent en scène de manière si sournoise, qu’on pense que rien n’est arrivé et que tout finira par revenir comme avant. Avec du recul, je sais maintenant que le temps et l’amour d’un entourage sont des alliés de taille. Ils nous permettent non seulement de surmonter nos peurs, mais aussi de reconstruire la vie qu’on a été obligé de laisser de côté. Reste que cela est difficile à croire lorsqu’on est plongé au cœur de cette détresse, la peur au fond de la gorge.

 

Par ces mots, j’aimerais pouvoir m’écarter de mon rôle de rédactrice en chef d’un journal étudiant afin de me rapprocher de la femme que je suis et de la victime que j’ai été. Cette expérience a été en quelque sorte un combat que j’ai mené. Habité par ce syndrôme post-traumatique sentimental, j’aimerais pouvoir tendre la main à d’autres femmes et d’autres victimes. J’aimerais pouvoir dire à chacune d’entre elle qu’elle n’est pas coupable de ce qui lui arrive et que l’amour ne justifie jamais la violence.

 

SOS violence conjugale

1 800 363-9010

 

One love fondation

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