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La censure : nouvelle voisine de la liberté d’expression ?

 

Pendant que l’humoriste Mike Ward fait présentement face à la Commission des droits de la personne devant la Cour d’appel du Québec pour une blague de mauvais goût datant de plus de 10 ans, le Canada se bat diplomatiquement à l’étranger pour éradiquer la censure.

 

En Ontario, un nouveau parti islamique fait en ce moment même son apparition avec comme projet d’instaurer la charia, alors que, 14 ans plus tôt, toujours en Ontario, les tribunaux religieux demandés par des communautés musulmanes avaient été interdits. Certes, le Canada possède cette fameuse Charte des droits et libertés protégeant entre autres la liberté de religion, d’expression, de presse, du droit à la sauvegarde de la dignité, de l’honneur et de la réputation, mais le Canada semble plutôt jongler entre ces différents droits sans jamais prendre une position claire quant à leur hiérarchie. En effet, pouvons-nous réellement privilégier par exemple la liberté de religion au détriment de la liberté d’expression ? Sur la question concernant la liberté d’expression et le respect du droit à l’égalité, le Canada a tranché en affirmant que le droit à l’égalité peut être une limite à la liberté d’expression, mais comment déterminer la frontière entre ce qui est ou non une atteinte à ce droit ? La complexité de la question prend une tout autre ampleur…

 

Faisons un parallèle avec les États-Unis où les propos haineux sont parfaitement acceptables. Alors que le président lui-même en clame à son gré, jamais nous ne verrons notre Justin national exprimer des propos du même genre. Il y a un fossé clair et évident entre la conception américaine et canadienne de la liberté d’expression.

 

Nous prônons la liberté de presse, d’opinion et d’expression, mais, en voulant tout protéger, différents droits de la personne viennent à s’entremêler et, pour démêler le tout, un choix s’impose. Gare à vous : transformer la liberté d’expression en censure n’en est pas un ! Comment conserver une certaine crédibilité à l’étranger dans la lutte contre la censure quand, à l’intérieur même de nos frontières, chaque parole et geste devient possiblement une atteinte à l’autre, créant un système de contraintes paralysant ce qu’était l’essence même de notre Charte, soit la défense et la protection de nos valeurs fondamentales ?

 

Des commentaires haineux, dégradants ou irrespectueux, internet en regorge, mais vous ne verrez pratiquement jamais les auteurs de ces mots traînés en justice. Pourtant, chacun de ces mots représente une atteinte aux droits d’autrui et, contrairement à l’humoriste, les auteurs de ces types de propos ne sont pas dans le cadre de leur travail, leurs mots sont souvent bien pires qu’une blague poussée trop loin. Sans compter que, avec la technologie, il est devenu parfaitement réalisable de retracer leurs identités. Pourquoi alors ne pas se concentrer à tenter d’éradiquer ce mythe par lequel le web est une plateforme sans loi où chacun est libre de diffuser ce qu’il veut sans conséquence plutôt qu’à s’acharner sur un humoriste qui a fait l’erreur d’écrire une mauvaise blague menaçant désormais de hiérarchiser nos droits et libertés avec un précédent ?

 

Depuis l’existence de l’homme, nous bâtissons des systèmes qui représentent et servent le plus possible nos besoins en société. Nous avons créé ces droits et libertés pour mieux vivre en société et non l’inverse. Nous défendons l’idéologie démocratique pour tendre vers cette vision idéaliste d’un monde juste et équitable où le respect est de mise. Or, cette vision ne devient-elle pas trop utopique en tenant compte du fait que l’espace où naviguent ces droits demeure invariablement chaotique ?

 

En d’autres mots, la société est telle une immense prison où nous sommes tous prisonniers du modèle de société qu’on nous impose. Chaque habitant possède sa cellule, mais, soudainement, le nombre de prisonniers explose et le nombre de cellules est en sous-capacité. Les prisonniers n’ont d’autre choix que de s’entasser au détriment de la qualité des relations sociales entre eux. Les tensions augmentent et les conflits se multiplient. Maintenant, transposez l’entassement des prisonniers par l’entassement de nos droits dans la métaphore pour imager les conséquences de l’enchevêtrement des droits et libertés de chacun, sans ordre ni direction. Par ce désir tenace de liberté en permanence en collision avec ce désir du respect de notre dignité humaine, nous bâtissons par nous-mêmes les murs de notre prison. En en protégeant un, nous rabaissons l’autre. Alors, comment pouvons-nous faire pour fusionner ces droits afin de les rendre complémentaires plutôt qu’adversaire ?

 

Là est la question à se poser au lieu de chercher à savoir si Mike Ward devra verser ou non la somme de 42 000 $ pour sa blague de mauvais goût. Un précédent viendra seulement retrancher la liberté d’expression au second rang impliquant nécessairement une certaine censure à venir. Peut-être que la meilleure solution serait alors de hiérarchiser nos droits selon la méthode du cas par cas. Bref, une solution est de toute évidence à trouver avant que la liberté d’expression ne se fasse une nouvelle peau. S’autocensurer par crainte d’atteindre d’autres systèmes de valeurs protégés par nos droits et libertés vient directement altérer l’évolution de la société, qui a besoin de ces idées révolutionnaires qui, de prime abord, semblent complètement illusoires, voire déplaisantes ou scandaleuses !

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