Et puis aujourd’hui, on fait quoi?

 

Hier, c’était la fête de la sincérité. Pendant 24 heures évanescentes, éphémères, j’ai pu voir sur mon fil d’actualité, normalement bondé de futilités cupides et innocentes, des êtres se révéler. Pour un instant, nous avions tous oublié notre nom. Ce nom, cette étiquette qui colle à notre peau pendant les 364 autres jours de l’année était brièvement une chose déléguée à l’arrière-plan. C’était un peu l’antithèse même de la fonction des réseaux sociaux. Comme si un virus généralisé avait envahi le Canada d’ouest en est pour convaincre des milliers d’individus que c’était assez que de porter un masque. Ça leur a permis d’écrire une panoplie de murs de textes. Tous plus touchants les uns que les autres, tous plus vrais les uns que les autres.

 

Or, la cause même du virus généralisé n’a jamais été adressée.

 

Puisque j’ai vu tant de personnes avoir des histoires à la fois différentes et complexe, mais toutes aussi semblables et familières, j’en suis venu à me demander si nous frappions collectivement avec nos grandes épées bien aiguisées dans l’eau. Non pas que chaque témoignage éminemment personnel pouvait se comparer aux histoires de tout un chacun, loin de là. Le hic, c’est que toutes ces histoires ne faisaient que diagnostiquer le virus sans proposer de remède.

 

La cause réelle de cette épidémie de problèmes nous affectant psychologiquement, jeunes et moins jeunes, est cette sempiternelle envie de rayonner. Normalement circonscrite aux simples aléas des désirs individuels, nous avons collectivement mis au monde une hydre indomptable qui dicte les aléas des désirs individuels. Cette hydre se caractérise notamment par notre conjecture économique, certes, mais celle-ci fut mutée à un tel point que personne ne sut l’affronter lorsque les réseaux sociaux ont pris le dessus.

 

Voyages à volonté, image corporelle déifiée, luxure exacerbée, sans oublier la continuelle obsession du succès à diffuser sur toutes les antennes. Il est presque devenu impossible d’essayer de vivre une vie décente sans se culpabiliser face aux multiples cadeaux que la vie a à offrir. Nous sommes prisonniers des réseaux sociaux et des besoins fictifs qu’ils nous projettent sans arrêt. La peur de ne pas s’adjoindre au groupe ou de tout simplement vivre le FOMO (peur d’une peur) est devenu si vibrante et généralisée que tous s’embourbent dans une spirale de stress, détresse et tristesse.

 

Et pourtant, ce n’est que lors d’une seule et unique journée que nous daignons sonner l’alarme. Le tout orchestré par une entreprise qui profite indirectement de notre dépendance malsaine à la projection de soi en étant fournisseur du web. L’ironie ne prend jamais de repos.

 

Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. La sincérité reprend le bord du chemin, en faisant du pouce pour un autre 364 jours, espérant que quelques chauffards téméraires décident de l’amener un peu plus près de sa destination. Mais cette sincérité tourne en rond tant que la racine du mal sociétal ne sera pas arrachée par tous ceux et celles qui l’observent au quotidien.

 

Cette bataille contre ce virus qui prend de profondes racines ne peut se faire qu’en groupe. Chacun et chacune se doit initialement de revoir sa propre relation avec les racines pour ne pas que leur retrait laisse une plaie béante trop rapidement remplie par un autre mal abyssal. Entre temps, comme l’a si bien dit Fiori :

 

Pour un instant, j'ai retourné mon miroir

Ça m'a permis enfin de mieux me voir

Sans m'arrêter, j'ai foncé dans le noir

Pris comme un loup qui n'a plus d'espoir

J'ai perdu mon temps, à gagner du temps

J'ai besoin de me trouver, une histoire à me conter

 

Pour un instant, j'ai respiré très fort

Ça m'a permis de visiter mon corps

Des inconnus vivent en roi chez moi

Moi qui avait accepté leurs lois

J'ai perdu mon temps, à gagner du temps

J'ai besoin de me trouver, une histoire à me conter

 

 

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