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Made in Canada

 

À l’aube d’une nouvelle année, la sphère internationale reste préoccupée par l’affaire Huawei qui fait craindre aux plus pessimistes une seconde guerre froide. L’ère du « made in China » est maintenant révolue alors que le bras de fer diplomatique entre le Canada, les États-Unis et la Chine ne cesse de prendre de l’ampleur. 

 

Cela fait pourtant plus d’un mois que Meng Wanzhou, la chef de la direction financière et fille du fondateur de la société chinoise Huawei, a été arrêtée puis libérée à Vancouver sous les directives des États-Unis qui la soupçonnaient de contrevenir aux sanctions mises en place contre l'Iran. Le Canada, prétendant n’être qu’un simple agent neutre dans toute cette histoire, semble toutefois s’être déjà mouillé avant même l’arrestation du 1er décembre 2018 en acceptant que Huawei investisse des millions de dollars dans ses universités. 

 

Chapeau Polytechnique mais… 

 

En février 2017, la Polytechnique Montréal annonce dans un communiqué officiel que Huawei Canada la choisi dans le but de créer la Chaire industrielle de recherche sur les technologies sans fils de l’avenir. Ce projet de recherche entre cette université et le deuxième plus grand fabricant d’équipements de télécommunication et de technologies de l’information et de la communication (TIC) au monde est une première autant pour Montréal que pour Huawei. Cette chaire, que l’on surnomme la Chaire FuWiC pour Future Wireless Chair, permettra à la Polytechnique de recevoir, sur une période de 5 ans, plus de 5 millions de dollars, dont 2,45 millions proviendront directement du Centre de recherche de Huawei Canada. 

 

Mais, Huawei ne s’est pas arrêtée là : en 2017, cette dernière s’est engagée à investir 500 millions de dollars sur une période de 5 ans en recherche au pays, dont approximativement 50 millions iraient à plusieurs établissements universitaires canadiens dans le but de soutenir des projets de recherche en TIC. Il est évident que ces investissements permettront aux universités du Canada d’accroître considérablement leurs efforts de recherche. Comme Huawei est un géant dans le domaine de l’avancement de la technologie 5G, c’est-à-dire les réseaux mobiles de cinquième génération, ces investissements favoriseront surtout le développement des technologies sans fil. Mais, qu’en est-il des droits de propriété intellectuelle sur ces recherches et nouvelles technologies? À qui reviendront-ils ? 

 

Argent d’autrui n’enrichit pas 

 

Malheureusement pour le Canada, dans la plupart de ces ententes d’investissements, dont celle conclue à la Polytechnique Montréal, les droits concernant la propriété intellectuelle associée aux recherches ont été cédés entièrement à Huawei. Plusieurs membres de la communauté des affaires au Canada ont d’ailleurs dénoncé le comportement irrespectueux de Huawei face à la négociation des droits canadiens de propriété intellectuelle. Le cofondateur de Research In Motion, Jim Balsillie, a confié à La Presse qu’il « n'est pas suffisant de dire aux entreprises et aux universités de «faire attention» alors que de la propriété intellectuelle et des données de grande valeur s'échappent du Canada depuis des décennies ». 

 

Pendant que plusieurs s’insurgent devant ces ententes flouant les droits du Canada en matière de propriété intellectuelle, Polytechnique, elle, se réjouit de sa collaboration avec Huawei et la qualifie de « partenariat gagnant » sur son site web. Le président du Centre de recherche de Huawei Canada, Christian Chua, est même allé jusqu’à dire que cette entente « permettra à notre équipe canadienne de conserver son rôle de chef de file mondial dans la recherche sur les communications de pointe ». 

 

 

Question de sécurité nationale

 

Huawei ne fait que débuter son expansion sur le sol canadien. La société d’origine chinoise emploie actuellement plus de 400 ingénieurs et chercheurs au Canada et, en raison de ses promesses d’investissements de 2017, elle se situe dans le palmarès des 30 entreprises les plus actives en recherche et développement sur le territoire canadien. Compte tenu du récent épisode diplomatique délicate entre la Chine et le Canada, ces ententes entre le géant de la technologie 5G et plusieurs universités canadiennes n’affectent-t-elles pas le statut d’agent neutre auquel prétend Justin Trudeau ? À cet égard, le proverbe «on ne mord pas la main qui nous nourrit» semble très à propos. 

 

Concernant les partenariats entre Huawei et les universités canadiennes, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) se dit inquiet. Le SCRS a notamment rencontré les dirigeants de 15 universités canadiennes, dont la Polytechnique Montréal, afin de leur partager ses inquiétudes. Doit-on dès lors soupçonner Huawei d’espionnage ? La responsable des relations publiques de Polytechnique Montréal, Annie Touchette, a voulu rassurer le public à ce sujet dans une entrevue à La Presse en décembre dernier : « Nous sommes une université, pas une agence de renseignement ».  

 

 

Alors, qui désigner comme véritable coupable dans cette histoire? Dans un contexte de sous-financement chronique de la recherche universitaire au Canada, il serait délicat de pointer du doigt Polytechnique Montréal. Pour le bien de leurs étudiants et afin d’assurer leur compétitivité, il leur est difficile de refuser de si grosses sommes d’argent. La responsabilité incombe plutôt au Canada d’arrêter de se draper de neutralité et d’agir concrètement. Encadrer davantage les droits de propriété intellectuelle concernant les avancées technologiques réalisées dans les universités canadiennes constituerait un bon début. Au lieu de blâmer les universités canadiennes d’avoir aveuglément accepté le financement de Huawei, il faut plutôt se demander comment une entreprise privée étrangère a-t-elle pu tout simplement investir dans ces établissements sans que le Canada exige une seule contrepartie.

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