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Aujourd’hui, je renonce

 

Je n’ai jamais écrit au « je ». Pourtant, j’ai écrit, mais il y a quelque chose de sécuritaire et de réconfortant à se cacher derrière un pronom impersonnel et ne pas oser être à la première personne du singulier. Écrire au « je » c’est en quelque sorte se mettre à nu et assumer chacun des mots qui sont couchés sur le papier.

 

Depuis plusieurs semaines, le syndrome de la page blanche vient me hanter, et je suis confrontée à mon obligation de rédiger cet éditorial. Ce manque d’inspiration ou de motivation représente le moment parfait pour me lancer et m’attaquer à un sujet plus intime qui me touche au « je ». Aujourd’hui, d’une plume incertaine, j’aborderai la maternité ou plutôt le refus de cette dernière.

 

Du plus loin que je me souvienne, je n’ai jamais voulu d’enfants, et cela, pour de multiples raisons. Récemment, j’ai revisité mon argumentaire appuyant ce désir de ne pas avoir de progéniture, et j’ai été séduite par un nouvel argument à ajouter à mon arc : celui écologique et humanitaire. Ne pas avoir d’enfants pour sauver la planète. N’est-il pas vrai qu’avoir des enfants au 21e siècle, alors que nous savons pertinemment ce que l’avenir nous réserve, est égoïste ? Suis-je égoïste ?

 

En 2017, nous étions 7,5 milliards d’humains sur la planète Terre et il est estimé qu’en 2050, nous approcherons facilement la barre des 10 milliards. Ne pas vouloir léguer une terre surpeuplée emplie de déchets et vidée de ses ressources naturelles où la qualité de vie serait réduite à néant me paraît plutôt comme un geste pragmatique et rationnel. En fait, je ne souhaite tout simplement pas donner en héritage le monde dans lequel je vis et encore moins celui de 2030. Pessimiste dans l’âme, je n’ai pas espoir que notre situation en tant qu’espèce s’améliorera drastiquement d’ici les dix prochaines années, soit mes années de fertilité. Alors, pourquoi ne pas épargner les enfants que je n’aurai jamais ?

 

J’ai remarqué dans les dernières semaines que je n’étais pas la seule à avoir pris la décision de ne pas mettre au monde une progéniture tout simplement par conviction et afin de leur éviter de recevoir notre dette humanitaire. Des personnalités publiques, des écologistes, des femmes autour de moi partageaient cette idée. Je pense entres autres à la chroniqueuse Josée Blanchette qui a révélé lors d’une émission de Gravel le matin à ICI Radio-Canada que «si c’était à refaire», elle y aurait pensé deux fois avant de mettre des enfants sur cette Terre. L’Europe voit elle aussi son lot de femmes s’unir pour revendiquer leur refus de procréer pour des motifs écologistes, comme le groupe des Ginks (Green Inclinations, No Kids) par exemple.  

 

Lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP23) qui s’est déroulée cette année à Bonn en Allemagne, une des réflexions amenées par les scientifiques fut de faire moins d’enfants. La question qui s’est alors posée est de savoir si cela était réalistement possible ? Je propose de mon côté de ne tout simplement pas en faire, puisque nous semblons avoir atteint la capacité maximale de la Terre à nous soutenir.

 

Les préoccupations écologiques modernes constituent un luxe que nous, Occidentaux, pouvons nous permettre. Pour des raisons économiques et sociales, certaines femmes de pays plus pauvres n’ont pas nécessairement les moyens de refuser la maternité. Les blâmer de faire trop d’enfants serait adopter une attitude délibérément ethnocentrique, voire même eugéniste. Mais, confrontés à la question environnementale, nous Occidentaux, devrons revoir notre mode de vie de manière complètement radicale.

 

Nous ne pouvons plus considérer que nous avons un droit acquis et privé aux ressources naturelles. Véganisme, zéro-déchet, achat local, compost, recyclage, et tout le reste : c’est bien beau, mais éventuellement, il faudra poser des gestes beaucoup plus concrets afin de passer de la parole aux actes. Pourquoi ne pas tout simplement devenir zéro-enfant et ne pas contribuer à l’augmentation de la population sur Terre ?

 

Certains sceptiques ont toutefois mis de l’avant que le refus de procréer est une solution plutôt radicale et extrême. En effet, les pressions sociales que ressentent les femmes de devenir mère ne datent pas d’hier. Découlant de notre conception occidentale de la famille, cela a comme impact d’imposer un rôle maternel à des femmes sans vraiment leur demander leur avis. Cependant, ce rôle qu’elles doivent endosser sans broncher n’a plus sa place alors que nous entrons dans une ère de dégénération. Même si renoncer à la maternité semble encore perçu comme un comportement marginal par plusieurs, je crois pertinemment que cela ne représente qu’une simple facette de notre instinct de survie et que l’idéal type de la famille nucléaire perd peu à peu son sens.

 

L’espèce humaine est en train de s’autodétruire et, pour conserver un tant soit peu de notre qualité de vie, il faudra faire des sacrifices. À quel point sommes-nous capables de nous sacrifier pour le groupe, pour l’avenir ? Nos conceptions de soi et de la famille devront être éventuellement remises en question. Au rythme où nous évoluons, nous ne tiendrions plus très longtemps et un changement s’impose. Dans ce réel naufrage planétaire que nous vivons, pourquoi vouloir faire embarquer davantage de passagers pour finalement les condamner à une fin sinistre ?

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