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Mon chum m’a violée

05/11/2018

Il y a de cela presque quatre ans. Nous nous connaissions depuis longtemps et étions amis dès notre première rencontre. Après le rocambolesque secondaire, nous nous sommes trouvé face à nous-mêmes et à tomber dans le panneau d’une amitié si parfaite qu’elle devait se transformer en amour.

 

Notre première fois. Un party près de chez moi, je le désire tellement, je l’aime de l’amour le plus profond que j’ai vécu. Parmi les vapeurs d’alcool et la musique forte, ma tête tourne plus fort que mes sentiments, et je le ramène à la maison. Dans mon lit, je veux trop, mais je ne veux plus. Notre première fois ne devait pas se passer sans qu’on puisse bien s’en rappeler le lendemain. Je commence à dire non, je le repousse, mais son corps qui étampe le mien est beaucoup plus fort que mes pauvres bras alourdis par l’alcool. Je me laisse faire et je pleure toute la nuit. Il s’excuse, dit qu’il « n’a pas pu se contrôler ». Je décide de laisser ça passer.

 

Trois mois plus tard, le 23 décembre. Un party où nous sommes initiés. Les activités sont plaisantes, aucunement dégradantes, et j’y prends plaisir au maximum. Dans une si jolie maison située un peu loin en banlieue de Montréal, il dérape. Je le ramasse aux toilettes, accroupi, en train de gémir qu’il en a trop pris. Je m’occupe de lui, le ramène dans notre chambre attitrée, trop loin dans le fond du sous-sol. Les murs sont gris, trop gris, le lit n’a pas de couleur, cette chambre est si fade et sans émotion, elle est vierge et n’attend qu’une touche de spontanéité. Je m’endors à sa gauche, paisiblement, assez étourdie, mais heureuse d’avoir passé une si belle soirée avec mes amis.

 

Je suis réveillée au milieu de la nuit, ou au petit matin, la chambre étant si sombre que je ne peux dire l’heure, et j’ai le visage collé dans l’oreiller, les mains sur mes côtés, et je le sens par-dessus moi, dans moi, il gémit comme plus tôt à la toilette, mais pour une différente raison. Je pleure, je lui demande d’arrêter, il n’écoute rien, il tient mes mains. Je n’existe plus. Je ne suis qu’un corps qui subit ce qui lui arrive, je suis un visage inondé par les larmes, je ne suis qu’un cri dans le silence et dans le noir de cette maison où personne ne peut venir me sauver.

 

Il y a de cela presque quatre ans. J’ai encore des flashbacks tous les jours. J’ai été diagnostiquée avec le syndrome du stress post-traumatique. Après plusieurs séances de thérapie, j’ai réappris à faire confiance. C’est si difficile d’accepter que la personne à qui tu donnes toute ta confiance et ton amour puisse te faire le plus grand mal pouvant être fait à une personne. Le viol conjugal est une réalité qui est plus que présente dans notre société et qui ne sera jamais assez dénoncée parce que les victimes ont peur des répercussions personnelles. Lorsque tu es en couple depuis quelque temps, les cercles d’amis se fusionnent, la famille se connait, deux vies n’en deviennent qu’une. Pénible de dénoncer des agressions qui se passent dans les moments intimes, où personne ne peut voir la peine que l’on subit, où personne ne peut témoigner de la violence de l’agresseur, où l’agresseur ne sait peut-être même pas qu’il est en train de briser une âme, parce qu’il croit qu’être en couple équivaut à prendre ce que l’on veut au moment où on le veut.

 

Je ne dénoncerais jamais. Être une étudiante en droit me l’a confirmé. Le fardeau de preuve accordé aux crimes de nature sexuelle est beaucoup trop grand, les chances de réussite sont si minces, et le traumatisme vécu par des victimes en contre-interrogatoire peut être éternel.

 

Une agression non-dénoncée n’en est pas moins une. Le #MeToo est certes très louable, mais ostracise les victimes qui feront le choix de ne pas dénoncer. Une victime qui garde son secret et qui trouve des façons de vivre une vie normale malgré toutes les séquelles qu’il peut apporter est tout aussi courageuse qu’une victime qui choisit de dénoncer. Plusieurs ressources sont disponibles pour les personnes victimes de viol conjugal. Croyez-moi, il est plus fréquent que vous ne pouvez le penser.

 

Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) – (514) 343-6452

 

Centre pour les victimes d’agression sexuelle – (514) 934-8000

 

Clinique universitaire de psychologie – (514) 343-7725

 

Suicide Action Montréal – (514) 723-4000

 

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