Les mystères de la foi

Le nouveau cabinet fraîchement assermenté de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a fait ressurgir du passé un débat que l’on croyait presque éteint, et ce, avant même que l’on en connaisse la composition formelle, celui de la laïcité de l’État.

 

Avec le débat sur la laïcité, une impression de déjà-vu flotte dans l’air. Déjà, les tableaux de Bernard Drainville avec les petites croix, les grosses kippas et les méchants voiles me reviennent comme la nausée remonte dans l’œsophage d’un fêtard.  Dans tout le spectre des choses qui, à un degré ou un autre, me mettent en colère, la religion est tout en haut, avec peut-être la méchanceté gratuite et les enfants malades. Il sera donc question ici de religion, parce qu’il faut nommer ses ennemis.

 

Croire sans voir, voilà par définition ce que l’on nomme « la foi ». La foi, peu importe laquelle, est, à mon humble sens, toujours porteuse de grands dangers. Croire sans voir, c’est faire fi de la science, de la nuance, du doute, de la recherche de la vérité et de la raison même.

 

Or, l’histoire nous enseigne que le phénomène religieux a pris une grande place, de tout temps. Des guerres furent menées au nom d’un Dieu. Le pouvoir a depuis longtemps été manipulé par le religieux. Notre souveraine ne se prétend-elle pas, elle-même, reine par la grâce de Dieu?

 

D’aucune manière cependant, à mon sens, la légitimité du pouvoir ne doit reposer sur de telles assises. Elle doit reposer sur des institutions démocratiques, trouver son sens dans un consensus qui met l’accent sur ce qui nous unit et réserve ce qui nous distingue pour l’espace privé.

 

L’État québécois moderne est d’ailleurs établi sur cette prémisse, celle que l’État est laïc, en ce sens où la religion et l’État ne sont pas liés l’un à l’autre, mais cheminent séparément. La religion catholique, qui a joué un rôle important sur le plan historique au Québec, s’est vue montrer la porte de sortie des lieux de pouvoir et, avec le temps, son influence s’est dissipée.

 

Nous ne pouvons nier l’histoire du Québec, mais les symboles ont une signification. Comment pouvons-nous prétendre vouloir cheminer vers un État laïc sans retirer de l’Assemblée nationale la croix de bois qui surplombe le trône de son président? Du même souffle, comment pouvons-nous tolérer qu’un officier de justice, représentant le pouvoir coercitif de l’État - un juge par exemple - puisse porter un signe religieux au moment d’accomplir son rôle?

 

L’un et l’autre sont injustifiés ; l’un et l’autre soulèvent des vagues d’indignation. Or, l’escalade verbale n’est pas nécessaire ici et ne mène qu’à des débats stériles.

 

D’abord, ceux qui soutiennent que retirer le crucifix de l’Assemblée nationale est nier l’histoire ne réussissent pas à me convaincre. L’Assemblée nationale n’est pas un musée, c’est un parlement. Il s’agit du siège du pouvoir législatif. Un endroit intemporel qui se doit d’être à l’image des gens qui le composent ; c’est-à-dire des élu.e.s et de leurs constituant.e.s. Son architecture représentait, au moment de sa construction, les valeurs des hommes qui l’habitaient. Depuis, la nation a changé, les constituants ont changé. Vraiment, le crucifix a sa place, mais elle n’est pas au salon bleu.

 

L’autre pendant de la question est plus problématique. On aura tôt fait de taxer de racistes ceux qui proposent l’absence de signes religieux pour les employés de l’État, mais - je réitère - cette pente glissante, cette escalade verbale est malsaine. Doit-on interdire le port de signes religieux aux juges? Ou même, peut-on le faire? Un fin juriste - ayant réussi ses cours élémentaires de droit constitutionnel - répondra avec assurance que la liberté de religion est garantie par notre constitution. Voir des juristes arrêter ici leur réponse à cette question est dramatiquement triste. Ne devriez-vous pas développer une vision un peu plus large de ce qui est juste, de ce qu’est la justice et de ce qu’est - ou devrait être - la loi?  

 

« La liberté de religion est garantie par la Charte. » Certes, mais encore ?  Ne devrions-nous pas nous questionner à savoir pourquoi il en est ainsi ? N’est-ce pas parce que les guerres de religion sont de pathétiques raisons pour mourir et que - pour éviter que les humains s’entretuent pour des motifs religieux - nous avons établi toutes les religions comme égales en droit ? Il faudrait se poser des questions et aussi se rappeler - au passage - que la liberté de religion c’est aussi le droit de ne pas avoir de religion.

 

Il faudrait peut-être aussi se pencher sur l’idée suivante : la liberté est liberticide. Est-ce que, dans une société libre et démocratique, l’individu doit être mis de l’avant au point où « mes » droits sont plus importants que les droits de tout le monde ? L’individualisme qui va galopant comme la peste de notre époque n’est pas étranger aux problématiques que nous vivons aujourd’hui, à mon sens.

 

Dans toute cette histoire, des gens doivent se faire dire non au nom du bien de la communauté, mais parallèlement la communauté doit développer sa compréhension des individus qui la composent. Comprendre l’autre, déterminer ensemble les points communs et construire un cadre où les objectifs communs peuvent être atteints en impliquant tout le monde, tout en permettant à tous de s’adonner à sa foi - ou son absence de foi - dans le privé de sa demeure ; est-ce un projet si difficile à comprendre ?

 

Mystérieusement, j’ai - malgré moi - foi en notre capacité commune à y arriver.

 

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