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Les élections américaines de mi-mandat : un moment charnière pour les Démocrates

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas au pays de l’oncle Tom. En effet, les plus récents événements engouffrent ceux du passé, laissant à peine le temps au public de digérer toute cette bouillabaisse. Cette semaine, la caravane de migrants en route vers les États-Unis, les colis suspects chez plusieurs figures démocrates, ainsi que l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi nous font presque oublier qu’il y a deux semaines, le pays était farouchement divisé autour de la nomination à la Cour suprême du juge Kavanaugh.

 

Un événement est néanmoins marqué à l’encre rouge sur le calendrier : les élections de mi-mandat du 6 novembre. Lors de ces élections, les 435 sièges de la Chambre des représentants, 35 des 100 sièges du Sénat ainsi que 39 sièges de gouverneurs seront mis en jeu. Après un début de mandat Trump tumultueux, il s’agit de l’occasion idéale pour les démocrates de reprendre la main sur le pouvoir et de « mettre plus d’adultes dans la pièce ».

 

Les démocrates reviennent cependant de loin. En effet, après la campagne présidentielle d’Hillary Clinton ponctuée par le scandale des courriels, le Parti démocrate s’est retrouvé fractionné entre l’establishment d’un côté, et la frange progressiste menée par Bernie Sanders de l’autre. Il fallait donc redéfinir l’identité du parti, afin de consolider la résistance le plus rapidement possible. Cette réorganisation tarde cependant à venir, ce qui laisse place à plusieurs acteurs sous-estimés, pour ne pas dire inconnus, de faire leur apparition comme étoiles montantes du Parti démocrate.

 

L’une d’elles est Alexandria Ocasio-Cortez, 29 ans et candidate pour le siège du Queen’s-Bronx à la Chambre des représentants. Ancienne serveuse dans un restaurant mexicain, la jeune candidate revendiquant son appartenance au Sanderism a mené une campagne financée uniquement par dons populaires. Lors de la primaire, Ocasio-Cortez faisait face à Joe Crowley, représentant sortant, numéro quatre du Parti démocrate et pressenti comme  successeur de Nancy Pelosi comme speaker en Chambre. Quelques jours avant le scrutin, elle tirait encore de l’arrière par 36 points, pour finalement l’emporter par 15 points devant le vétéran démocrate. Ocasio-Cortez confiait à Stephen Colbert que le taux de participation avait joué en sa faveur, surtout dans un district largement latino et afro-américain : « In polling, people try to identify who is the most likely person to turn out and what we did is we changed who turns out. » Les élections 2018 ne feront pas exception à la règle : les taux de participation risquent de jouer un rôle important dans l’issue des résultats.

 

La victoire d’Ocasio-Cortez sur Crowley a mise en lumière une autre nouvelle figure féminine du Parti démocrate, Ayanna Pressley. Celle-ci sera la candidate démocrate dans le 7e district du Massachussetts à la Chambre des représentants. Ne faisant face à aucune opposition républicaine, sa plus grosse lutte à mener fut la primaire au sein de son propre parti. Lors de celle-ci, elle affrontait, elle aussi, un démocrate établi, Michael Capuano, dans le seul district du Massachussetts qui n’est pas à majorité blanche. Bien que Capuano soit tout de même l’un des démocrates les plus progressistes en Chambre, Pressley a eu le dessus en misant sur les thèmes qui lui sont chers, soit les violences sexuelles et l’immigration. Elle deviendra, selon toute vraisemblance, la première représentante afro-américaine de la Nouvelle-Angleterre.

 

Une troisième personnalité tout aussi intéressante et rafraîchissante se trouve au Texas, État massivement républicain. Son nom : Robert Francis O’Rourke. Cet Irlandais-Américain est cependant mieux connu sous le sobriquet hispanique de « Beto ». Natif d’El Paso, ville frontalière partageant sa limite sud avec le Mexique, Beto O’Rourke se présente contre nul autre que Ted Cruz pour le titre de sénateur du Texas. O’Rourke a un parcours franchement intéressant : il est à la fois fils de juge, gradué de Columbia, mais également ancien membre d’un groupe punk et accusé pour conduite avec facultés affaiblies en 1998. Aujourd’hui repenti, Beto a passé sa vie dans le service public dans la région d’El Paso. Il a également été représentant en Chambre jusqu’en 2013. Or, s’attaquer à Ted Cruz au Texas n’est pas une tâche facile, mais O’Rourke a pris l’engagement de mener une campagne positive, c’est-à-dire pour Beto, et non pas contre Ted. Il a jalonné l’État au complet, dans sa voiture, pour aller à la rencontre du peuple en n’acceptant, comme Ocasio-Cortez, que des dons populaires. Il partage les thèmes du progressisme démocrate, en mettant l’accent sur l’immigration et le contrôle aux frontières, sujets centraux au Texas. Si cette stratégie fut payante au point de l’amener au coude à coude avec Cruz dans les sondages, O’Rourke semble perdre de son éclat ces dernières semaines. À la suite du dernier débat, il a d’ailleurs diffusé une campagne publicitaire dirigée contre Cruz, trahissant son engagement de positivisme sur la scène politique. Au même moment, Trump s’est lancé en campagne au soutien de son ancien ennemi  lyin’ Ted  qui est soudainement devenu beautiful Ted. Beto O’Rourke n’aura peut-être pas le dessus sur Cruz pour le siège au Sénat, néanmoins, il diverge de l’image d’angry mob que les républicains tentent de coller aux démocrates. C’est pour cette raison d’ailleurs que certains analystes le verraient se lancer dans la présidentielle de 2020 avec son charisme, son style capillaire kennedyesque rappelant Robert Kennedy et sa maitrise parfaite de l’espagnol.

 

Ces figures démocrates progressistes ont certes fait souffler un vent d’optimisme sur un pays plus divisé que jamais, or, quelques effets collatéraux étaient à prévoir. Pour les républicains et leur électorat, le Parti démocrate est d’autant plus un parti socialiste, de gauche, irresponsable, qui met la sécurité nationale en péril. Qui plus est, les médias de mèche avec cette gauche sont bien évidemment menteurs, biaisés et manipulateurs envers les démocrates. En d’autres termes, les républicains à travers les ralliements de Trump et les tweets acerbes, créent un environnement, au demeurant toxique, où les démocrates et la pensée libérale sont l’ennemi objectif. L’électeur républicain médian puise son information par ailleurs dans les médias ultra-conservateurs et se limite bien souvent à regarder Fox News. De l’autre côté, le progressiste démocrate, souvent urbain, lit le NY Times, le Washington Post et regarde Stephen Colbert. Dans chaque camp, on donne deux visions complètement différentes des États-Unis ou « l’autre » est perçu comme étant menteur, antipatriotique, non civilisé et belliqueux. L’envoi de colis suspects à plusieurs figures démocrates notoires marque le passage d’un climat tendu à inquiétant. Un pays, deux versions de la vérité et une polarisation dangereuse. Comment tendre vers la réconciliation?

 

Pour Michelle Obama, «when they go low, we go high». Il faut pour les démocrates s’élever au-dessus de la mêlée et montrer que le parti se bat pour des valeurs plus nobles. Mika Brzezinski, célèbre co-animatrice de Morning Joe et elle-même victime des attaques personnelles de Trump résume ainsi la situation : «What Trump wants before the midterms is a brawl. A battle of conspiracy theories, unhinged accusations, and violent, rude behavior. Democrats, don't do it... Don't get in the gutter with this man, and this rhetoric. That's what he wants.» Tous ne sont pourtant pas d’accord avec cette stratégie de résistance passive ; pour Eric Holder, «when they go low, we kick ‘em». Il faut agir avec virulence et prescrire aux républicains leur propre médecine. Dans la même veine, Michael Avenatti, l’avocat-vedette de Stormy Daniels et Julie Swetnick, croit que si Trump tweet fort, il faut tweeter plus fort. Mais où s’arrêtera donc la surenchère?

 

En espérant que l’élection du 6 novembre nous apportera des éléments de réponse.

 

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