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Solutionner la parure de l’anxiété; un problème de société?

 

 

 

Le stress, l’angoisse, l’anxiété, la peur de l’échec… La liste peut être longue et exhaustive. Tout s’accumule, mais rien ne réduit. Tout s’amplifie, mais rien ne décélère. Tout s’accélère, mais le temps diminue. Voilà une assemblée de synonymes et d’antonymes reflétant ce cycle sans fin qu’est l’accélération sociale dont nous sommes tous victimes.

 

En tant qu’étudiants, nous sommes des proies d’autant plus faciles. Nous avons fort probablement tous été face à nos notes dans les petites heures du matin en quête de compréhension ou d’une mémorisation accrue en état de panique et de découragement. Je peux facilement me revoir à 2h30AM, 4 cafés dans le corps, les larmes au yeux, le coeur battant à 140BPM par un mélange de stress et de caféine, puis j’abandonne vers les 3h pour un court somme. Pourtant, je ne peux fermer les yeux. Mon cerveau tente vainement de poursuivre sa révision. 8h30, assis devant ma copie, le stade final de ce stress s’enclenche. Ma respiration s’accélère, mes mains tremblent, mon cerveau gèle.

 

Des situations de stress, chaque humain en vit et chaque humain réagit différemment, mais vous ne me verrez jamais accourir dans un cabinet médical pour obtenir médication, parce que je refuse de me proclamer responsable de cette anxiété. Comme de nombreuses personnes, les crises d’anxiété font, aléatoirement, parties de mon quotidien, mais en remettre la gestion aux benzodiazépines (anxiolytiques destinés à l’anxiété) n’est pas la solution adéquate.  Je refuse d’adhérer aux mentalités de la société encourageant le surmenage. Devant ma copie d’examen, je n’ai pas peur de l’échec; j'ai peur d’affecter ma confiance en moi, j’ai peur du sentiment d’infériorité qui en découlera, j’ai peur du dénigrement de ma personne que je m’infligerai. Bref, j’ai peur des conséquences sur moi-même de ma comparaison aux autres, et là repose le problème. Ce n’est pas un manque d’étude qui m’angoisse, c’est l’esprit de compétition qui en découle.

 

Chaque domaine professionnel comporte son lot de facteurs externes de stress affectant ses employés et la réponse à ces stress est de se médicamenter, parce que la faute est mise sur l’humain. « Il ne sait pas gérer son stress, il est trop faible pour ce domaine, il est incapable de supporter la compétition, il est incapable de suivre la productivité » ; la liste des explications à titre accusatoire peut être infinie, mais tout autant fausse. C’est la société qui impose un niveau de stress trop élevé, c’est le domaine qui devient trop exigeant, c’est la compétition qui devient trop omniprésente, c’est la productivité qui a atteint un niveau surhumain.  

 

Comment expliquer que le Canada, un pays pacifique, sans guerre, sans pauvreté, sans difficulté économique majeure, est un des plus grands consommateurs d’antidépresseurs? C’est simple! L’accélération sociale, la productivité, la compétitivité, le culte de la performance, la réussite à tout prix alimente ce cycle destructeur. Dans le monde en général, la consommation d’anxiolytique connaît une hausse faramineuse.

 

Les compagnies pharmaceutiques accompagnées des professionnels de la santé monétisent un problème de société en le transformant en problème individuel. Ce n’est pas en médicamentant la population entière que le problème sera pour autant réglé. Au contraire, on camoufle le problème en solutionnant sa parure, soit l’individu, alors que le fond réel du problème est au sein même des mentalités de la société. Loin de moi l’idée de discréditer l’utilité de certains médicaments, car il est vrai que certaines personnes en ont effectivement besoin, mais la proportion de ceux les nécessitant par rapport à ceux les consommant est alarmante.  Les anxiolytiques permettent d’assurer le fonctionnement de la société au détriment de l’humain en surmenage.

 

Le problème moral est flagrant et visible depuis des années, mais il serait temps que ce problème devienne aussi légal. Si la loi réglementait mieux les prescriptions d’anxiolytiques, peut-être que les personnes en nécessitant se tourneraient vers d’autres moyens plus appropriés. Toutefois, d’un autre côté, existe-il réellement un moyen de reconfigurer le fonctionnement de la société pour faire primer le bien-être et la santé humaine ou est-ce une vision trop utopique?

 

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