J’suis tannée du « small talk »

11/10/2018

« Comment ça va ? »

 

« Ça va bien et toi ? »

 

« Ça va, ça va. »

 

Voici ton classique « everyday conversation ». Qu’est-ce qu’on en sort ? « Ben », si nous prenons le temps d’analyser ces trois phrases pendant quelques heures, nous arrivons à une conclusion que personne n’aurait devinée : absolument rien. Quand ça ne va réellement pas bien, on ne le dit pas, mais je me demande pourquoi. Tout récemment, j’ai commencé à dire non, quand ça va beaucoup moins bien que d’habitude, et les gens s’arrêtent. On voit leur expression faciale changer un peu, leur corps se contractant d’une manière peu commune, mais ce que j’ai pu retenir le plus, c’est que les gens prennent plus souvent le temps de demander « pourquoi » quand ça ne va pas bien que quand ça va bien. Et c’est là que « la game » change. Parce que quand quelqu’un prend le temps de te demander « pourquoi » au lieu de continuer son chemin comme si de rien n’était, on prend un petit moment pour élaborer sur ce pourquoi, la personne en face de nous s’identifiant souvent à une partie de la conservation. Elle continue habituellement à élaborer de son côté et c’est à ce point-là qu’on peut sincèrement dire « j’ai eu une véritable conversation aujourd’hui et j’ai appris à connaître un peu plus la personne me faisant face ».

 

Je dois avouer que cela est important, par exemple, dans le début de certaines interactions sociales. Je ne vais pas raconter mon plus grand échec à une personne que je rencontre pour la première fois et qui va possiblement me donner un stage, ça, c’est certain. Mais pourquoi le faire à répétition quand ça fait cinq, dix, trente fois qu’on se croise dans les couloirs ? Parce que, qu’en ressort-on de parler de la tempête de neige la plus récente ou le fait qu’il va pleuvoir demain ? « Man, il faisait tellement beau dehors que je suis sortie voir le soleil » (en tout cas, bravo) ou « yo, il fait tellement froid en ce moment que j’pense que mes doigts vont mourir » ne nous bénéficie aucunement, ni intellectuellement, ni sur le plan d’une quelconque « Raison ».

 

J’suis tannée du fait qu’en suivant cette structure de « small talk », on ne soit ni honnête avec nous-mêmes ni honnête avec l’être humain qui nous fait face. Commençant par « salut, comment ça va / comment va ta journée », on répond par « bien », un automatisme à vrai dire. On continue par une conversation aussi banale que la météo, l’autre personne fait une « petite joke », on se sent obligé de rire d’un faux rire parce qu’on ne veut pas que la personne se pose des questions et nous continuons notre chemin, oubliant cette conversation dans les minutes qui s’ensuivent.

 

Mais j’suis aussi tannée du « small talk » parce que j’ai cette impression de ne connaître personne autour de moi. Je suis au milieu d’une salle remplie de gens que je « connais », mais que je ne connais pas réellement. À la place de me sentir comblée, je me sens si seule. Je regarde à ma droite, un peu au loin, croisant le regard «d’un ami». Quel a été son premier amour ? Quelle est sa relation avec ses parents ? Quelle est sa plus grande passion ? Je détourne mon regard, une gamme d’émotions m’envahissant parce que je ne connais la réponse à aucune de ces questions. Frustrée, triste, jalouse ? Par contre, je sais qu’il a 87 « j’aime » sur sa photo de profil Facebook et je sais qu’il va bien aujourd’hui, comme à tous les jours (mais est-ce réellement le cas ?).

 

Qu’est-ce qui nous arrête d’élaborer ou d’être plus honnête ? Est-ce parce qu’on est trop habitué à suivre cette structure ? Est-ce parce qu’on a peur de la vérité ? Est-ce parce qu’on ne veut réellement pas connaître la personne devant nous ? J’ai l’impression de perdre du souffle, des secondes de ma vie à chaque fois que je répète cette structure. C’est tellement plus gratifiant de savoir que peut-être la personne à côté de vous a vécu une même situation et qu’elle peut possiblement vous donner de conseils que de répéter constamment la même forme et de rien n'en sortir.

 

Demandons plus souvent « pourquoi », prenons le temps d’élaborer, soyons plus honnêtes avec toutes et tous parce qu’on va se le dire, c’est « ben » plus intéressant de parler de ce petit détail de pourquoi vous aviez une telle peur à l’âge de cinq ans que de se croiser le chemin en répondant par le même « ça va, ça va » à chaque fois.

 

Il ne faut pas oublier par contre qu’il y a déjà ces perles rares parmi nous, uniques à leur façon, qui appliquent une autre forme. Ce sont elles qui ont changé ma perspective de mille et une façons, ce sont elles qui sortent de cette boîte close, ce sont elles qui dérogent de la norme trop monotone.

 

Mais à la fin, malgré tout, j’ai espoir qu’ensemble, nous sommes toutes et tous capables d’être plus souvent ces perles, de prévaloir, peu à peu, par-dessus ce « small talk » et de connaître réellement les personnes nous entourant sur un plan plus personnel que les « ça va, ça va ».

 

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