Entrevue – Eve Torres

 

Au-delà de la ligne partisane, comment se déroule votre campagne personnelle?

 

Si on sort de Facebook, des réseaux sociaux, du groupe Québecor et de ses chroniqueurs, ça va super bien! Sur le terrain, honnêtement, j’ai toujours fait confiance au monde qui habite Mont-Royal-Outremont. Le discours politique ne reflète pas la réalité, et je trouve que cela se ressent sur le terrain. Je trouve que ça se ressent également dans ma campagne personnelle, parce que oui, je sors de l’ordinaire!

 

Qu’est-ce qu’il manque selon vous en politique?

 

Je pense que le charisme est une valeur essentielle. Vous avez beau avoir un superbe message politique, votre personnalité va faire la différence, et je pense que c’était le cas de Jack Layton, par exemple, qui avait à la fois beaucoup de charisme et de proximité. Je vais me faire traiter de fédéraliste, mais tant pis! Quand j’y pense, Amir Khadir est aussi comme ça.  Ce genre de personne transcende les lignes partisanes.

Or, je trouve que cette proximité-là, on l’a perdue. Tu vois, François Legault, il est vide, carrément! Encore, on ne verra pas Pierre Arcand sur le terrain! Il ne fait pas le tour de sa circonscription quand il est député, alors dans sa campagne, ce ne sera pas plus le cas! Eux, ils ne se posent plus la question, ils prennent les gens pour acquis. C’est pour ça que la politique, selon moi, ce ne peut être qu’une carrière. Avec trois députés, QS a déjà commencé à brasser la cage.

 

QS est-il, selon vous, plus un parti souverainiste ou un parti de gauche? Ainsi, si la situation se présentait, appuieriez-vous plus un Parti québécois à tendance de droite ou plutôt un Parti libéral à tendance de gauche?

 

Ni l’un, ni l’autre! Je refuse que l’on soit mis dans des cases comme ça aussi évidentes. Premièrement, nous, chez QS, contrairement au PQ, c’est dans un premier mandat : on veut instaurer une Assemblée constituante pour demander aux Québécois de se pencher sur leur avenir politique.

 

Ensuite, à savoir si le PQ ou le PLQ sont des gens fréquentables, la réponse est non, selon moi. QS n’est pas plus de gauche qu’indépendantiste ou plus indépendantiste que de gauche. Il pourrait être encore plus à gauche ou être encore plus indépendantiste.

 

Malheureusement, on le voit, la question indépendantiste ne soulève pas les passions, notamment à cause du PQ et de sa Charte des valeurs du gouvernement Marois. Je reproche d’ailleurs à QS de ne pas avoir repris la question de l’indépendance à ce moment-là pour dire que chez QS, l’indépendance signifie l’inclusion, et non pas l’exclusion comme au PQ. Les péquistes ont littéralement mis l’indépendance à terre, et après ils nous reprochent de ne pas l’être assez, alors on repassera pour les reproches!

 

C’est devenu une tâche, l’indépendance, alors que c’est une incroyable possibilité.

 

Pourquoi avoir choisi de faire de la politique?

 

Tu sais, j’ai passé des années de ma vie à critiquer et à débattre dans le cadre de nos institutions démocratiques, nos médias, nos rendez-vous de société. Or, je me suis dit que cette fois-ci, c’était maintenant ou jamais. J’ai toujours eu à cœur le militantisme communautaire, mais j’ai vite réalisé ses limites et ça reste en politique que l’on peut changer les choses. C’est pour ça qu’on doit ramener les choses à la base en politique ; de la politique pour des gens, de la politique plus humaine.

 

Qu’est-ce qu’un baccalauréat en droit vous apporte comme politicienne? Est-ce le droit qui vous a amené à la politique? Trouvez-vous que c’est un atout?

 

J’ai étudié en droit et en anthropologie. Je trouve que c’est très similaire. Souvent, on me dit que je pense trop juridique, alors que beaucoup de personnes me disent que je devrais plutôt penser « citoyen ». Or, pour moi, le droit sert la justice, et qui sert la justice ? Les citoyens.

 

Ça m’amène ainsi plusieurs perspectives qu’il n’y a peut-être pas dans mon propre parti! Je pense peut-être plus à l’article 10 de la Charte québécoise (droit à l’égalité) que les autres, après-tout. Et, parlant de Charte, il serait temps de l’enlever, cette disposition de dérogation! Je trouve que c’est mettre trop de pouvoir au sein d’une seule personne. Après tout, c’est totalement ridicule de dire que le Parlement, s’il le veut, peut décider de passer outre nos libertés individuelles.

 

Je pense qu’il faut aussi dire qu’il y a une limite à catégoriser les personnes selon leur bagage socio-économique. Oui, j’ai une formation en droit, et puis après?  Et en me regardant, tu ne sais pas si je suis une musulmane pratiquante, tu n’en as aucune idée! Il faudrait arrêter de penser de cette manière, qui je trouve est un legs de la pensée patriarcale et de la course à l’élite, à la catégorisation des compétences et donc, des profils. Après tout, oui, l’éducation c’est important, mais les valeurs, la culture générale et les expériences comptent tout autant.

 

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