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Chronique chronique

 J’ai pris la (bonne ou mauvaise) habitude cette année de chroniquer auprès de mon journal étudiant, le Pigeon Dissident. Un journal qui respecte à la fois la liberté de presse et d’expression, la rigueur scientifique et l’avancement intellectuel des débats. Bien malgré moi, j’ai, dès la première chronique, décidé de parler environnement. Si c’est un sujet qui tient à cœur pour plusieurs et qui par ailleurs en emmerde d’autres, c’est surtout un domaine qui me donne la mèche courte. Il m’est en effet difficile de chroniquer environnement sans me fâcher.

 

Pour se frustrer, rien de tel qu’un bel événement nouveau genre, une nouvelle sensationnelle, un hasard hors du commun qui vient attaquer les esprits, enflammer les langues et couler l’encre sur le papier. Des pommes emballées individuellement dans du plastique, le recyclage qui va aux poubelles, les sacs de plastiques toujours existants, nommez-en davantage, la cour n’est pas encore pleine!

 

Or, ces derniers temps, rien. Le calme plat. Pas de scandale. J’ai beau chercher des poux dans le domaine de l’écologie, je ne trouve hélas rien. On se permet de parler des États-Unis, des présidents, des dictateurs, des armes à feu, des réfugiés. Des sujets qui, bien qu’étant passionnants, révèlent une grande faille : qu’on soit d’accord ou non sur de tels enjeux, ils sont faciles à aborder tout en n’agissant pas. Grands parleurs, petits faiseurs, comme on dit. Aimer Trump ne nécessitera aucune action concrète de notre part. Se positionner contre la peine de mort n’entraînera aucune conséquence immédiate. Parler budget féministe ne nous obligera jamais à poser des actions concrètes. Nous nous plaisons ainsi dans notre routine occidentale, tous et toutes bien peu conscient.es de ce qui pourrait arriver et même de ce qui arrive au quotidien. Les sonneurs d’alertes ont pris leur retraite, les alarmistes sont épuisés, les écologistes ont fait désertion. Côté environnement, pas la moindre vague à l’horizon, pas le moindre fracas en vue.

 

Sur quoi donc chroniquer? Tout est normal! Nous vaquons tou.te.s et chacun.e à nos occupations, sans trop nous soucier du temps qui passe et de ce qui pourrait venir éventuellement nous bouleverser. On vit, chaque chose en son temps, sans troubles ni problèmes. Les soucis, c’est pour ceux et celles qui les inventent. Nous, on préfère se mettre la tête dans l’autruche

 

Justement, tout est trop normal. La normalité est un phénomène trop commun que l’on cesse de remarquer par son ennui. Par habitude, par son adoption par les masses, une mode ou un comportement devient normal sans trop qu’on ne s’en rende compte. Une révolution, par opposition, fait un coup, fait du bruit ; elle dérange et remet en question. La normalité, elle, est apaisante.

 

C’est ainsi, dans cette normalité écologique, que nous vivons. À consommer chaque jour et à jeter ensuite, il devient normal et facile d’adopter un mode de vie consumériste. Alors qu’avant, lorsque nous étions moins civilisé.es [sic], jeter des ordures était tout ce qu’il y avait de plus banal, nous nous mîmes à recycler, lentement mais sûrement. Aujourd’hui, quel.le sot.e ne recyclerait pas? Et puisque recycler est normal, que pouvons-nous faire de plus sans déranger notre train-train quotidien, sans avoir trop d’efforts à mettre pour changer?

 

Changer, c’est difficile, c’est pourquoi on préfère la continuité, le sain conservatisme. Plutôt que de passer réellement à la vitesse supérieure, on préfère paraphraser, remplacer des habitudes par d’autres similaires. On troque notre vieille automobile pour la nouvelle électrique. On achète des produits suremballés de la part de compagnies qui luttent contre les changements climatiques (1% pour la planète, ouais!). On achète le nouvel iPhone qui, grâce à son emballage plus petit, prend moins de place et nécessite moins de gaz lors du transport. On achète du savon biodégradable, et on l’utilise à fond. On consomme du papier essuie-tout fait de matériaux re-cy-clés. On mange dans des assiettes com-po-stables. On marche avec des nouvelles chaussures faites par des adultes. Autant d’actions que nous posons pour nous donner bonne conscience, mais qui, au fond, ne changent réellement rien, atrocement rien. Bref, tant de comportements qui sont autant synonymes de « changement » que nous sommes prêt.es à changer.

 

Dans l’actualité, il ne se passe donc rien côté écologie. Pas de remous, pas de surprise, pas de choc. Je n’ai rien trouvé à redire sur les politiques publiques, car il ne s’en fait pas. Pas d’action, pas de romance, pas de coup dur. Tout est normal, très normal. Une municipalité est poursuivie par une minière, par une gazière, par une pétrolière? Pas de stress, laissons les choses aller, et que la meilleure gagne. Pas de soutien, pas d’action publique. Peut-être enverrai-je cinq dollars, déductibles d’impôts bien entendu.

 

Sur ce, je retourne vaquer à mon quotidien, parler de pluie et de beau temps…

 

 

 

Ps. Pas trop découragé.e? Vous voulez des solutions?

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