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Commémorer l'intersectionnalité

 

Pour souligner la fin de l’année universitaire 2017-2018 qui arrive à grands pas, les membres de l’exécutif du Comité Droit Autochtone tiennent à vous remercier de votre grand enthousiasme, qui s’est reflété par un fort taux de participation à nos activités. Nous tenons également à souligner la sensibilité et l’instinct revendicateur des étudiantes et des étudiants de la Faculté de droit de l’Université de Montréal à l’égard des droits des Autochtones. En ce mois qui vise notamment à promouvoir l’apport considérable des femmes dans notre société, nous souhaitons terminer l’année en commémorant tous une figure féminine marquante dont les actions continuent d’être essentielles à l’avancement des droits des Autochtones.

 

Les voici :

 

Sheila Watt-Cloutier, par Alexandrine Sioui

Sheila Watt-Cloutier est une activiste inuite née à Kuujjuak. Jusqu’à l’âge de 10 ans, elle est élevée selon un mode de vie traditionnel : elle se déplace en traîneaux à chiens lors de ses voyages de chasse et de pêche sur la glace et elle se nourrit de ce qu’elle appelle le « country food », qui désigne la nourriture qui était offerte par le territoire à sa communauté. À l’âge de 10 ans, elle est choisie par le gouvernement fédéral pour participer à un programme d’éducation adapté à son grand talent académique. On l’envoie dans le sud du Canada, notamment en Nouvelle-Écosse puis au Manitoba, une expérience qu’elle relate avoir faite au détriment de sa culture inuite. Plus tard, elle tentera de préserver ce mode de vie traditionnel duquel elle a été séparée durant son adolescence et qui est maintenant menacé, entre autres par les changements climatiques.

 

Au cours de sa carrière, elle publie plusieurs romans, notamment The right to be cold. Ce livre explore la relation entre la culture inuite et le territoire, ainsi que la façon par laquelle les changements qui affectent la terre ont un impact direct sur cette culture. À cet effet, Sheila Watt-Cloutier fait également partie d’un groupe qui ira réclamer que le droit de l’environnement soit reconnu à titre de droit fondamental devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Enfin, en 2007, elle a également été nominée pour le prix Nobel de la paix.

 

Joséphine Bacon, par Julie d’Auteuil

Poète innue originaire de Pessamit, Joséphine Bacon est certainement l’une des auteures phares du Québec. Détentrice d’un Doctorat Honoris Causa de l’Université Laval et récipiendaire du Prix International Ostana, Joséphine Bacon a œuvré comme traductrice-interprète auprès des aînés afin de s’inspirer du savoir traditionnel et de (si on réfère aux aînés → de// si on réfère au savoir → «et sa sagesse») leur sagesse. En 2009, celle-ci publie le recueil Bâtons à message/Tshissinuashitakana en pensant à ces nomades amoureux des grands espaces. C’est en 2011 que parait Nous sommes tous des sauvages écrit en collaboration avec José Acquelin. En 2013, son livre Un thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat est finaliste au Prix du Gouverneur général et finaliste au Grand Prix du livre de Montréal. Parallèlement à sa carrière d’auteure, elle est réalisatrice de films documentaires, parolière et auteure des textes d’enchaînement pour les spectacles de Chloé Sainte-Marie.

 

Joséphine Bacon est certainement l’une des voix les plus marquantes et les plus douces en écrits autochtones. Sa poésie, ayant débuté avec le rêve d’une amie, témoigne d’un riche héritage. Comme des milliers d'Innus, Joséphine Bacon a été envoyée dans un pensionnat autochtone. De 5 à 19 ans, elle a été séparée de sa famille et de sa communauté pendant la période scolaire. Dans le cadre d’une entrevue avec Marie-Christine Blais en décembre 2014, Joséphine Bacon déclare : « Le temps où j'aurais dû apprendre ma culture, monter dans le bois, je ne l'ai pas fait parce que j'étais au pensionnat. Or, l'été, pendant nos vacances, les Innus descendaient à la côte pour laisser reposer les esprits du territoire, ils ne montaient donc plus dans le bois. Comme, en plus, la noirceur arrivait tard l'été, on ne nous racontait pas de conte avant qu'on se couche, on tombait endormis tout de suite. On ne pouvait pas apprendre. Le rythme du pensionnat s'opposait à celui de l'identité. »

 

 

Sandra Lovelace Nicholas, par Camille Blanchette

Sandra Lovelace Nicholas est née dans la réserve de Tobique au Nouveau-Brunswick. Cette femme autochtone compte parmi celles qui ont subi les mesures discriminatoires de la Loi sur les Indiens relativement à l’inscription. Effectivement, avant 1985, on prévoyait qu’une femme ayant le statut d’Indienne au sens de la loi le perdait si elle mariait un homme qui n’avait pas de statut d’Indien. À l’opposé, un Indien qui mariait une non-Indienne conservait son statut alors que cette dernière pouvait également s’inscrire en tant qu’Indienne. Lorsque Sandra Lovelace a mis fin à son mariage avec un non-Indien, la perte de son propre statut l’empêchait donc de retourner vivre dans la réserve où elle avait grandi.

 

Faisant face à des moments difficiles, elle a rejoint un groupe de femmes autochtones en 1977 dans le but de mettre fin à cette discrimination fondée sur le sexe qui sévissait dans les communautés par l’effet de la Loi. En 1981, Sandra Lovelace gagne sa cause devant le Comité des droits de l’Homme de l’ONU : le Canada viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques par les mesures discriminatoires prévues dans sa Loi sur les Indiens. Cette victoire aura certainement contribué à améliorer la situation des femmes autochtones au Canada, puisqu’en 1985 le gouvernement fédéral change La loi et permet à des milliers de femmes d’être réinscrites en tant qu’Indienne.

 

De plus, en 2005, son poste de sénatrice à Ottawa lui permet une fois de plus de faire avancer l’état du droit en la matière afin de mettre un terme à la discrimination que subissent les descendants de ces femmes qui ont perdu leur statut avant 1985. Ses implications, sa ténacité et son dévouement à la cause autochtone font de cette femme l’une des plus inspirantes et assurent un avenir pour le respect des droits des Premières Nations.

 

 

- Melissa Mollen Dupuis, par Juliana Boutot

« On ne devrait pas nous demander de survivre. On devrait nous offrir l’opportunité de vivre. »

 

 Melissa Mollen Dupuis est une femme d’origine innue qui a grandi à Ekuanitshit, sur la Côte-Nord. Grandement impliquée dans le milieu culturel et communautaire autochtone, Melissa est une artiste multidisciplinaire ayant notamment réalisé quatre courts-métrages. Militante depuis des années, elle fait partie de cette génération de jeunes autochtones qui font entendre haut et fort leurs voix sur la place publique. À cet effet, elle a cofondé, en 2012, la branche québécoise du mouvement de protestation et de résistance Idle No More. En 2014, Melissa devient également la présidente de l’organisme sans but lucratif Wapikoni, dont la mission vise à contrer chez les jeunes autochtones les fléaux que sont le suicide, le décrochage scolaire et la toxicomanie, en leur donnant notamment accès à des programmes de médiation, d'intervention, de formation et de création audiovisuelle. Elle est lauréate du Prix Hommage 40 ans, qui vise à célébrer la Charte de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. L’organisme Amnistie internationale lui a également remis son prix le plus prestigieux en 2017. Il s’agit du Prix Ambassadeurs de la conscience pour sa participation dans le Mouvement canadien de défense des droits des Autochtones, qui milite contre la discrimination et pour l'amélioration des conditions de vie des communautés autochtones.

 

Jody Wilson-Raybould, par Camille Guay-Leblanc

En 2015, alors âgée de 44 ans, Jody Wilson-Raybould devint la toute première femme autochtone à occuper le poste de ministre de la Justice et de Procureure générale du Canada. Ses accomplissements prodigieux au niveau politique ainsi que ses nombreuses formes d’implication pour la défense des droits des Premières Nations illustrent un parcours admirable. À la suite de son admission au Barreau de la Colombie-Britannique en 2000, cette descendante des peuples Musgamagw Tsawataineuk et Laich-Kwil-Tach entame sa carrière de juriste en tant que Procureur de la couronne de cette même province. Ayant également joué un rôle de conseillère pour la Commission des traités de la Colombie-Britannique, le Sommet des Chefs des Premières Nations élut Jody Wilson-Raybould en tant que Commissaire en 2004. Cinq ans plus tard, la future ministre fut élue chef régionale de l’Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique. Elle sera réélue pour un second mandat en 2012.

 

Durant ses années à la tête de l’Assemblée, Mme Wilson-Raybould s’est continuellement battue pour assurer un accès équitable aux ressources et aux terres, en plus de favoriser la gouvernance des Premières Nations et de promouvoir l’amélioration des services en matière de santé et d’éducation. Jody Wilson-Raybould devint rapidement une figure phare du bénévolat au sein de sa communauté, notamment en dirigeant le Centre national pour la gouvernance des Premières Nations ainsi que le Centre culturel Nuyumbalees. L’impact positif engendré par son implication politique dans un milieu traditionnellement dominé par les hommes a justement été souligné par la Minerva foundation, un organisme qui encourage la parité hommes-femmes ainsi que l’épanouissement des femmes et des jeunes filles en Colombie-Britannique. L’esprit visionnaire de Jody Wilson-Raybould fait d’elle une figure exemplaire et des plus inspirantes pour l’ensemble des femmes au Canada.

 

Nakuset, par Viviane Beauregard

Née dans une famille crie du Manitoba, Nakuset a été adoptée par une famille juive de Montréal, une expérience qui s’inscrit dans la vague d’adoption qui a suivi la fermeture des pensionnats amérindiens. Ayant longtemps été incitée à convaincre les gens qu’elle était israélienne, Nakuset a lutté durant de longues années pour accepter son identité. Aujourd’hui, elle se définit comme étant « [a] Jewish Indian [who is] proud to be both ». Ayant été déplacée à des milliers de kilomètres de sa famille et de sa culture dans une visée assimilationniste, Nakuset s’appuie sur son expérience personnelle pour défendre les droits des enfants autochtones qui sont placés en famille d’accueil.

 

Nakuset a grandement participé à la mise en œuvre de la série télévisée Indigenous Power. En 2014, elle a également été nominée « femme de l’année » par le Conseil des femmes de Montréal. Au quotidien, Nakuset est dédiée à l’amélioration des conditions de vie des Autochtones en milieux urbains ; elle est Directrice exécutive du Foyer pour femmes autochtones de Montréal et elle siège au Comité directeur du RÉSEAU pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal. Ce dernier poste lui permet de travailler concrètement sur le rapprochement entre les communautés urbaines de Montréal et les Autochtones qui vivent en situation d’itinérance et qui s’installent dans les parcs de la Ville. Soulignons notamment sa grande contribution dans le projet du Cabot Square. Ce parc centenaire a récemment été réaménagé dans un souci de réconciliation avec les Autochtones, notamment par l’ouverture du Café de la Maison ronde, un projet en collaboration avec le journal l’Itinéraire qui favorise « la mixité sociale et l’autonomisation des Autochtones par un projet d’économie sociale ».

 

Jean Teillet, par Bradley Wiseman

Jean Teillet est une avocate et militante métisse. Née à Saint-Vital, Manitoba, elle joue un rôle primordial dans l’évolution du droit au Canada relativement aux Autochtones. Plus précisément, elle suit les traces de son arrière-grand-oncle, Louis Riel, en agissant comme ardente défenseure des revendications de la Nation métisse. Qui plus est, elle a contribué à de nombreuses causes en droit autochtone, dont plusieurs ont été plaidées devant la plus haute Cour du pays et ont ainsi permis de transformer le paysage juridique canadien en cette matière. À cet effet, on souligne qu’en 2003, Teillet a eu gain de cause devant la Cour suprême du Canada dans l’affaire R. c. Powley (2003 CSC 43). Dans cet arrêt à caractère historique, on a conclu que la communauté métisse de Sault Sainte-Marie détenait un droit ancestral de chasser pour se nourrir et que ce droit est protégé par l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. Pour la première fois, la Cour suprême reconnaissait l’existence des droits ancestraux métis. Cet arrêt a également grandement contribué à établir les critères juridiques permettant de revendiquer un droit ancestral métis. Jean Teillet a également représenté la Première nation Tlingit dans l’affaire Première nation Tlingit de Taku River c. Colombie-Britannique (2004 CSC 74), un arrêt relatif à l’obligation de consultation.

 

En 1993, Jean Teillet a cofondé la Nation métisse de l’Ontario, le premier organe gouvernemental métis dans cette province. Elle a également servi comme vice-présidente et trésorière de l’Association du Barreau autochtone du Canada et comme présidente fondatrice de l’Association des avocats de la Nation métisse. La militante agit présentement comme négociatrice en chef de la Première nation Sto:lo Xwexwilmexw dans la négociation de leur traité. Étant également partenaire au cabinet Pape Salter Teillet LLP, Jean Teillet est lauréate du prix Conseiller des peuples autochtones de l’Association du Barreau autochtone en 2011, ainsi que de la Médaille du jubilé du diamant de la Reine en 2012.

 

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Photos:

https://www.bilaterals.org/?a-role-for-indigenous-peoples-in&lang=en

https://www.telesurtv.net/english/opinion/Stephen-Harper-Continues-Canadas-Legacy-of-Genocide-and-Denial-20150624-0001.html




 

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