Le dernier mot de Nicolas Thiffault-Chouinard

Un texte de Nicolas Thiffault-Chouinard, Premier secrétaire du Parti

 

Il y aura eu des collaborateurs plus marquants, il y aura eu des mots plus forts, plus justes. Je pense ici à mes amis Xavier Desrosiers, William Fradette et Maxime Leboeuf qui à eux seuls ont réussi à faire bouger la barque de mon esprit quelques fois. Oh, bien sûr, il y aura eu des plumes plus importantes encore. Or, derrière les egos et les textes, il y a les idées. Les idées, elles, sont du domaine public.

 

Nous n’avons pas écrit pour détruire. Avons-nous construit quelque chose, cependant ? Là est la question qui, chaque nuit d’insomnie, entre minuit et deux heures, me hante. Avons-nous apporté quelque chose, ou bien n’avons-nous que parlé de « choses et d’autres » ?

 

À l’heure de coucher ce dernier papier, en toute hâte, comme tous les autres, alors que la correctrice m’a écrit une demi-douzaine de fois pour que je lui envoie mon texte et que le rédacteur en chef menace sérieusement de ne pas me publier, je vis, pour un dernier moment, l’extase. L’extase doublé, malgré tout, d’une angoisse et d’une crainte.

 

Une crainte pour l’avenir, car j’ai été témoin, depuis deux ans, de la hargne qu’un petit groupe peut avoir envers notre journal et, de manière générale, envers ceux qui s’opposent. Ceux qui, par la force des choses ou par conscience, se dressent contre la majorité pour demander des comptes, poser des questions et jeter un peu de lumière sur la noirceur de la vérité.

 

Je joins ici ma voix à l’éditorial que faisait paraître mon distingué collègue il y a quelques temps. Il discutait de la rectitude politique et des dangers du conformisme. J’abonde dans le même sens que lui. J'ajouterai, certes, certaines remarques.

 

Je suis de ceux qui ne croient pas que le bien et le mal soient des concepts qui se définissent, encore moins des concepts juridiques. La légitimité se trouve dans le consensus, le compromis et l’exercice démocratique. C’est en ce dernier que nous devons placer les clefs de l’exercice du pouvoir, car nous ne devons pas accepter un pouvoir illégitime. Corollairement, nous avons le devoir de nous opposer, avec tous les moyens à notre disposition, à tous les pouvoirs qui ne prouvent pas, en continu, leur légitimité. Ce faisant, nous devenons l’ultime rempart, les chiens de garde de la liberté.

 

Malgré tout, il ne faut pas être dupe; liberté est liberticide. Notre droit doit empêcher ces dérives et doit agir comme un tuteur souple: prompt à redresser, mais sans étouffer l’arbre. C’est pour cela que le droit demeurera toujours une science omnisciente, à la fois humaine et technique, pure et populaire, s’incrustant dans tous les rayons de la bibliothèque du Savoir. Il n’est d'aspects de l’existence que notre droit néglige. Ainsi, j’aime voir le juriste comme un accordeur de pianos; capable de rétablir la sonorité juste d’un instrument complexe, la société.

 

Cela étant dit, je conclurai en disant simplement que la dissidence n’est pas un processus mental relevant de la mesquinerie ou de la mauvaise foi, mais plutôt quelque chose d’ancré dans le doute. Le doute sain. Combien de fois faudra-t-on le répéter: si l’on détruit de notre opprobre tous les non-conformistes et les penseurs de la marge, il ne restera rien ni de l’art, ni  de la science. Alors, notre pensée sera réduite et notre horizon rapetissera. Voulons-nous vivre dans un monde parfait, enjolivé par l’éphémère des paradis instantanés où la liberté survivra sur les stéroïdes, mais sans substance ou voulons-nous confronter nos idées, voyant dans le débat un exercice primordial?

 

Allez, j’arrête, ce Pigeon en a vu d’autre. Je ne lui souhaite qu’une chose: mériter son nom, car entre le Pigeon Dissident et le Laskin Corrompu, il n’y a qu’un pas.

 

Yves Thiffault serait fier. Malgré les détours, on vient tous de quelque part. Pour ma part, c’est un village nommé Parent.

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