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La perspective de Mahdi Saoula

26/02/2018

 

Si vous êtes allés à l’Igloofest, vous avez peut-être entendu Voyage Funktastique et son cofondateur Dr Mad. Mahdi Saoula est à la fois un « beat-maker » et un étudiant en première année de droit. Découvrez la fusion d’un passionné artistique et d’un intellectuel curieux à la recherche de l’apprentissage.

 

Salut Mahdi ! Parle-moi de ton parcours.

J’ai fait le baccalauréat en sciences politiques de 2011 à 2014 et j’ai appliqué en droit dès la fin. Parallèlement  à mon parcours scolaire, j’ai fait du bénévolat pour la Maison des jeunes Côte-des-Neiges grâce à mon professeur d’anglais du secondaire : il était gestionnaire du studio de musique où je pouvais créer de la musique avec les jeunes qui venaient faire des activités.

 

Pour toutes sortes de raisons, j’ai choisi d’arrêter l’école en 2014 pour me consacrer à la musique. Un de mes amis décédé cet hiver-là était quelqu’un qui suivait beaucoup ses passions et adorait voyager. C’est lui qui m’a toujours dit : « vas-y Mad, lâche tout et fait ce que tu aimes ». Au début, je me disais que c’était impossible parce que je suis immigrant et je veux suivre un certain cadre important pour ma famille, mais j’ai fini par l’écouter. Ma pause d’un an s’est prolongée sur trois ans avant que je retourne aux études.

 

Pourquoi as-tu décidé de faire un retour aux études ?

Je viens d’une famille de pédagogues. Tout le monde dans ma famille est professeur, même mon cousin enseigne ici, à l’Université de Montréal. Au début, que je choisisse le parcours artistique dérangeait un peu ma famille. Elle a mis de l’eau dans son vin quand elle a vu que j’avais un certain succès, mais, personnellement, je ne sentais pas que j’étais complet avec seulement un parcours artistique. J’avais le besoin de compléter ce que j’avais commencé, quelque chose qui pourrait rejoindre mon côté intellectuel et académique.

 

Lorsque j’ai choisi le droit, je l’ai fait notamment parce que j’admire beaucoup de personnalités sociales qui, à la base, sont des juristes. Je peux nommer notamment Nelson Mandela ou Fidel Castro… Qu’on soit en accord ou non avec les idées qu’ils véhiculent, il est évident qu’ils sont des personnalités fortes et capables de s’affirmer. Alors je me suis dit que j’allais l’essayer. Dans le pire des cas, je trouverai ma voie ailleurs.

 

Ta famille vient d’Algérie. Quel impact cela a-t-il eu sur tes choix ?

Mon oncle est arrivé le premier en 1967, et ma mère est arrivée avec moi en 1999. Après ma pause musicale, quand j’ai fait mon application en droit, je ne l’ai pas tout de suite dit à ma mère. Je sais que j’avais la pression de ma famille qui me disait que j’étais en train de vieillir… Même si je voulais écouter mon cœur, je sais que ma famille a été une excellente influence pour moi.

 

J’ai attendu d’avoir l’acceptation avant de lui annoncer mon retour à l’école. Elle était évidemment contente, elle a notamment encore la vision que le droit est une profession noble et respectable. Mais quand elle m’a demandé si j’allais arrêter de DJ, je lui ai répondu « bien sûr que non »! Voyage Funktastique fonctionne très bien. On a fait des tournées en Europe, au Brésil, aux États-Unis et il était impossible pour moi d’abandonner mon projet du jour au lendemain.

 

Crois-tu que d’être une minorité visible aura un impact sur ton cheminement ?

Honnêtement, tout se passe très bien pour moi jusqu’à présent, mais je ne crois pas pouvoir vivre dans le déni en pensant que mon origine n’aura jamais d’influence sur mes opportunités. Ma famille m’a quand même dit souvent : « il faut travailler plus fort parce que t’es l’étranger », et je sais que, même si j’étais né ici, je sentirais quand même une pression intangible. Par contre, ce que moi je sais, c’est que c’est le travail qui parle et la qualité que tu mets dans ce que tu fais. Dans une société pluraliste, on sera obligé de s’adapter et d’essayer de comprendre la réalité des autres, mais l’importance que je mets dans mon travail pourra, je l’espère, faire tomber les préjugés.

 

Finalement, penses-tu travailler dans le domaine juridique après tes études ?

Le droit pénal m’intéresse beaucoup. Après avoir travaillé avec des jeunes en difficulté, j’ai appris que tout n’est pas noir ni blanc. Ils sont fréquemment issus de milieux difficiles et il était facile pour moi de communiquer avec eux par le hip-hop, ça leur donnait la possibilité de s’exprimer. J’essaye de comprendre ce qui pousse quelqu’un à passer à l’acte et de voir le côté victime dans le banc des accusés.

 

J’aime apprendre et je m’amuse en faisant les lectures : je ne me suis jamais plaint du travail à l’extérieur des cours. Toutefois, mon amie avocate m’a dit que je suis peut-être trop excité et, pour citer Alaclair Ensemble, peut-être que, la pratique, je pensais « que c’tait ça que c’tait mais c’tait pas ça que c’tait ». Ce qui me charme du droit, c’est la possibilité d’exercer la profession d’une façon plus marginale ou libérale. Je n’aime pas penser que je dois suivre un cadre précis, surtout que j’ai vécu un bon moment avec une liberté totale de pensée et d’expression à travers la musique. Mais, d’un autre côté, c’était aussi un danger et je suis revenu en droit parce qu’il me manquait une certaine assurance de stabilité. Je verrai vers où le droit va me mener, et, pour l’instant, je me contente d’aimer ce que j’apprends.

 

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