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Profession: Professeur(e)

 

Un moment donné, un gars nommé Albert Einstein aurait dit ceci : C’est le rôle du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître. Certes, commencer un texte avec une citation est plutôt cheesy. Mais celle-là, elle rafraîchit un peu le sentiment trop présent selon lequel le prof, il est là pour me donner une bonne note dans son cours. Car trop souvent, l’étudiant en droit, soumis à un régime ultra compétitif alimenté par la Courbe, aura tendance à percevoir son enseignant comme un vulgaire outil carriériste, un simple moyen pour parvenir à une fin inévitablement professionnelle. Et si les profs étaient plus que ça ? Oui, ce sont eux qui décident c’est quand la pause. Ce sont eux qui donnent le cours. Ce sont eux qui répondent à vos questions. Mais vos enseignants sont bien plus que des enseignants. 

 

France Houle possède un magnifique corner office dans les hauteurs du pavillon Maximilien-Caron. Elle m’y reçoit. Avec grande gentillesse et patience, la vice-doyenne aux études de premier cycle m’explique quels sont les 4 volets qui définissent le travail d’un professeur (et non d’un chargé de cours) à la Faculté : Enseignement, recherche, rayonnement et administratif, les deux premiers étant évidemment ceux qui occupent le plus leur agenda. Bien sûr, ils doivent préparer leurs cours, s’assureur de bien présenter la matière aux étudiants. C’est le volet qui nous est le plus visible, sur lequel il est le plus facile de juger. Des « ce prof-là est incroyable ! » aux « maudit je m’en vais dans mon cours de X avec Y, ça va être pénible » nous ne nous gênons pas entre étudiants pour qualifier avec légèreté la prétendue qualité de l’enseignement qui nous est donné. Certains diront que c’est notre droit, nous qui nous acquittons de frais de scolarité pour payer leur salaire. Pourtant, n’est-il pas prétentieux de qualifier à la fois la qualité d’une personne et sa capacité d’instruire sur la base d’un 3 heures par semaine ?

 

En tout cas.

 

Là où j’aimerais bien en venir, c’est qu’il est fort probablement impertinent, voir grossier, de qualifier la qualité d’un professeur uniquement sur la base d’un tout petit moment passé à les écouter. Cet humain qui se tient devant vous à vous raconter des trucs pour votre examen fait quotidiennement de la recherche pour faire progresser un domaine qui le passionne. S’il vous fait lire 50 pages par semaine, c’est parce que lui il en lit 500. Il brûle d’envie de découvrir une brèche dans un courant jurisprudentiel, d’arriver à interpréter comme du monde une notion juridique qui ne fait pas consensus. Il veut que le droit soit meilleur, plus accessible, harmonieux. Elle est amoureuse, sa relation avec son droit ! L’art de tripper sur son domaine, il le maîtrise à souhait. Parce qu’autrement, pourquoi aurait-il voulu devenir professeur ? N’aurait-il pas été bien plus simple, maîtrise/doctorat en poche, d’aller se chercher un gigantesque salaire dans la pratique privée ? Répondre à ces questions en disant qu’il le fait pour le prestige serait d’un grand cynisme. Croyons en la sincérité du sentiment qu’ils éprouvent pour leur domaine ; sinon, à quoi bon croire en leurs enseignements ?

 

Ça c’était la partie romantique, mystique de la job. Évidemment, comme tout bon vieux travail de fonctionnaire, ils doivent se taper du travail administratif. Ça consiste notamment à siéger sur des Comités qui, d’une façon ou d’une autre, régissent le bon fonctionnement de la Faculté. Exemple : le Comité de promotion et nomination, qui s’occupe de de gérer les candidatures pour devenir prof. Après avoir reçu plusieurs candidatures suite à un appel de celles-ci, les membres de Comité en retiennent environ une demi-douzaine pour une première entrevue. Suite à celle-ci, 2 ou 3 candidats seront amenés à présenter une conférence devant le corps professoral. Une consultation est alors possible pour que tout intéressé puisse faire part de ses commentaires. Le Comité fait ensuite un rapport soutenant l’une de ces candidatures, qu’il présente à l’Assemblée des professeurs ; tous les profs votent alors sur la candidature, qui leur est recommandé par le Doyen (lui-même). Si vous passez toutes ces étapes, félicitations : vous êtes professeur à la Fac de droit. Vous serez d’abord professeur adjoint, puis agrégé, puis titulaire, la différence étant surtout une question de salaire.[1] Bémols dans tout ça ? Jamais les étudiants n’ont leur mot à dire sur le choix qui est fait. Certes, l’AED possède 2 voix sur un Conseil de la Faculté qui est brièvement mis au courant des démarches de recrutement, mais cet organe ne possède aucun autre pouvoir décisionnel. N’oublions également pas que c’est le Doyen (lui-même) qui nomme les personnes à siéger sur le Comité de promotion et de nomination qui, au fond, décide de pas mal de choses. C’est bien du pouvoir entre bien peu de mains.

 

Mais bon. Il ne faudrait quand même pas commencer à être cynique, non ? Parce que les candidats retenus auront pour tâche de faire « rayonner » la Faculté un peu partout sur notre petite planète. Osons croire que les professeurs décideurs savent ce qu’ils font et tiennent à cœur de quoi ont l’air leurs confrères sur les plateaux de RDI. Car oui, vos profs sont aussi amenés à intervenir régulièrement dans les médias, à courir les conférences et les lancements de livres. Mais ça, vous le saviez déjà ; on a tous déjà été pas mal fiers au moins une fois de voir notre prof du jeudi après-midi couronné d’un titre comme « cité par Yves Boisvert dans un article bien-pensant. » 

 

J’ai également eu la chance de rencontrer François LeBorgne, chargé de cours par chez nous. L’homme est passé à Infoman ; je n’avais pas le choix. A priori, on pourrait penser que les chargés de cours sont presque tous des avocats/notaires à la carrière bien établie qui viennent nous enseigner on the side. M. LeBorgne, lui, fait pas mal tout sauf ça, de la pratique privée. Son passage à Infoman coïncidait avec sa campagne électorale, lui qui a été élu conseiller municipal à Châteauguay. Il semble bien aimer ce contact avec les gens de son quartier. Il semble aussi curieux de découvrir les ramifications du pouvoir, mais assure n’être pour l’instant qu’un politicien d’occasion. Il est également drôlement impliqué dans la communauté universitaire ; il est membre de l’Assemblée universitaire et, un peu plus haut, du Conseil de l’Université, qui se veut être un genre de C.A. de l’Université. Ce sont de gros postes, et sa manière de pensée de juriste semble bien lui servir. De ce que j’ai pu en comprendre, il fait encore une fois ça pour le trip, mais surtout pour un sincère désir de rendre l’Université un meilleur endroit où former les esprits. Parce qu’avant d’être un pro du droit maritime et un monsieur engagé dans son milieu, François LeBorgne est d’abord et avant tout un passionné de l’enseignement. C’est lueur dans l’œil qu’il me parle de ses méthodes pédagogiques qu’il tente toujours d’améliorer pour rendre meilleure l’expérience d’apprentissage et l’apprentissage lui-même. La morale de l’histoire : si vos chargés de cours se lèvent pour venir vous enseigner, ce n’est certainement pas parce qu’ils ont besoin de le faire. Ils ont 1001 autres manières de se trouver un salaire [2] ou de se faire valoir comme les profs le font si bien. Ils sont devant vous parce qu’ils aiment ça apprendre des choses à des gens, aussi simple que ça puisse paraître.

 

Évidemment, ce ne sont pas tous nos enseignants qui sont des bêtes d’apprentissage incroyables. Oui, ça peut être rough d’apprécier certains d’entre eux, et ce pour toutes sortes de raisons. Certains se prennent drôlement au sérieux et semblent prendre plaisir à abuser de leur position d’autorité, enchaînant les power trips. Mais généralisons ; nous avons droit à une éducation de grande qualité à notre Faculté. Merci aux Jean Leclair et aux Julie Biron de la Faculté, oui ; ces professeurs superstars pour lesquels on se bat afin d’avoir une place dans leur cours. Mais merci également à ces profs « moyens » qui, par passion, nous apprennent plus que des choses utiles à l’examen.

 

 

 

[1] Un professeur gagne de 68 000$ à 135 000$.

 

[2] Une charge de cours est payée entre 10 000$ et 12 000$.

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