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Univers Droit: les professeurs tenus dans l'ombre

17/02/2018

 

Issu d’une belle initiative de trois étudiants en droit de l’Université de Sherbrooke, Univers Droit, une plateforme collaborative inspirée de Wikipédia, fera bientôt son entrée au sein de la Faculté de droit de l’Université de Montréal. À la suite d’un partenariat entre l’Association des étudiants en droit de l’Université de Montréal (AED) et les fondateurs d’Univers Droit l’automne dernier, la plateforme a été présentée et discutée en assemblée générale de mi-année, le 24 janvier dernier. Or, le corps professoral de la faculté n’a été officiellement informé de tout cela que jeudi dernier, le 8 février, dans un communiqué du Décanat. N’ayant pas été consultés lors de l’élaboration de ce projet, certains professeurs semblent désormais avoir des inquiétudes à l’égard d’Univers Droit pour, notamment, des raisons de droits d’auteur. Simon Du Perron, président de l’AED, affirme à ce sujet qu’il «ne demande pas l’approbation du Décanat, ni des professeurs comme c’est un projet étudiant, mais qu’[il] désire mener ce projet dans un esprit de collaboration afin qu’il plaise à tout le monde».

 

Un Wikipédia pour les étudiants en droit

 

Lancée officiellement en aout 2017, Univers Droit est constituée de trois plateformes distinctes regroupées sur même site web. Il y a d’abord la plateforme centrée sur les notes de cours : une encyclopédie commune alimentée par les étudiants de manière volontaire et gratuite qui leur permet d’accéder à des notes et d’en partager. À cela s’ajoute Jurilivre, une page de style Kijiji qui met en contact les étudiants qui souhaitent acheter ou vendre des ouvrages de droit, et Jurilogi, un programme recueillant des annonces de sous-locations de logements. Cependant, cette dernière plateforme ne semble pas «répondre à un besoin urgent» tel que le mentionne l’un des cofondateurs Karl Boulanger. Ainsi, la pierre angulaire du site Internet reste l’encyclopédie de notes de cours communément appelée Wiki, puisqu’elle s’inspire du concept open source de Wikipédia. Cette dernière regroupe actuellement environ 650 membres sur un bassin cible de 900 étudiants de l’UdeS.

 

Univers Droit est une initiative purement étudiante; William, l’un des co-fondateurs, a développé un passe-temps pour la programmation et s’est chargé de l’ensemble de la création logicielle du site. «Au départ, aucune main d’œuvre n’a été payée et William a assumé de sa poche les frais de A à Z» précise Karl. Les trois fondateurs qualifient leur projet d’OSBL, sans pour autant avoir enregistré officiellement Univers Droit au Registre des Entreprises du Québec. Afin de pouvoir utiliser la plateforme Wiki, les étudiants doivent d’abord se créer un compte avec leur véritable nom. Par la suite, selon un principe d’autorégulation, des bénévoles appelés «modérateurs» pourront s’assurer de l’exactitude et de la véracité du contenu présent sur la plateforme. L’automne dernier, Univers Droit a connu quelques difficultés techniques en raison du fort taux d’achalandage des serveurs à la rentrée. Mais, depuis, la situation est réglée et la plateforme mère semble prête pour son exportation à l’Université de Montréal. Ce genre de services tend à connaître d’intenses périodes de trafic en mi-session et à la fin de session comme le mentionne à la blague Karl qui a comparé Univers Droit à une industrie saisonnière influencée par la venue des examens.

 

Exportation laborieuse vers l’UdeM

 

Univers Droit avait comme dessein principal de contrecarrer l’échange clandestin de notes de cours entre les étudiants. Tant à l’université de Sherbrooke qu’à l’UdeM, ce phénomène prend la forme d’un réseaux officieux de notes diffusé entre certains groupes sélects d’étudiants. À la Faculté de droit de l’Université de Montréal, cela peut notamment prendre l’apparence du Google Doc appelé «La Garçonnière» auquel seulement certains étudiants ont accès. À Sherbrooke, il existe également ce genre de stratagème que les étudiants de l’UdeS surnomment «les documents boostés». À ce sujet, Karl a affirmé que «ce n’était pas normal que certaines personnes soient privilégiées d’emblée car elles ont plus d’amis»,  et c’est pour cette raison que William, Camille et lui ont mis sur pied Univers Droit. Leur vision n’est pas utopique pour autant; même si ces trois jeunes étudiants sont conscients que certaines personnes ne voudront jamais partager leurs notes de cours sur la plateforme, leur objectif est d’amener un esprit plus collaboratif et familial au sein de leur faculté, et cela, malgré le fait que les réseaux exclusifs de notes vont continuer d’exister.

 

Le partenariat entre les fondateurs d’Univers Droit et l’AED a été conclu à la suite de l’assemblée générale du 24 janvier dernier, et l’exportation de ladite plateforme vers Montréal est prévue pour l’automne 2018. Comme l’implantation d’Univers Droit au sein de la faculté est une initiative étudiante de l’AED, «le Décanat a été mis au courant de ce projet il y a environ trois semaines, soit une semaine avant l’assemblée générale» précise Simon Du Perron. Il semblerait toutefois que les professeurs n’aient été mis au courant de cette entente qu’officiellement jeudi dernier, soit le 8 février, par le Décanat. Dès lors, le Décanat et le corps professoral de la faculté n’ont pas pris part à l’élaboration de ce projet jusqu’à présent. «Cela fait peu de temps que [les professeurs] l’ont appris» a en effet précisé le président de l’AED.

 

Depuis le communiqué du Décanat, il semblerait que certains professeurs soient mécontents à l’égard de l’implantation d’Univers Droit et auraient préférés être consultés par l’Association étudiante en amont. Des craintes à l’égard du respect de leurs droits d’auteurs sur le contenu académique, une diminution de la qualité du matériel de cours et un impact négatif sur l’assiduité des étudiants comptent parmi leurs principales préoccupations. À l’heure actuelle, le corps professoral n’a pas émis d’opinion commune à l’égard du projet Univers Droit et aucun professeur n’a contacté officiellement l’AED d’après Du Perron. Toutefois, ce dernier affirme avoir «entendu des histoires de professeurs qui se mettent à parler dans le dos de l’AED et d’Univers Droit sur la base d’un courriel dans leurs classes de premières années.» Il stipule d’ailleurs qu’il aimerait que les professeurs viennent discuter avec l’AED en toute ouverture, puisque « si certains profs ont des inquiétudes par rapport à Univers Droit, ils devraient venir nous en parler à nous d’abord ».
 

Un manque de communication?

 

Quelques lacunes quant à la communication entre ces trois entités indépendantes semblent présentes au sein du développement de ce projet. Du Perron a d’ailleurs affirmé que «cela pourrait être une bonne chose de présenter le projet en assemblée professorale». Or, il aurait peut-être été plus prudent de convoquer une assemblée professorale au sujet d’Univers Droit avant de le faire voter par les étudiants en assemblée générale comme cela a été fait à l’Université de Sherbrooke. En effet, lors de la conception initiale du projet Univers Droit, les trois étudiants co-fondateurs ont d’abord consulté le Décanat afin de discuter de leur projet. Puis, le Décanat a décidé de convoquer une assemblée professorale afin d’adapter le projet aux inquiétudes et demandes des professeurs, puisqu’ils sont directement concernés par la mise sur pieds d’une telle plateforme.

 

Même si l’AED affirme que «le Décanat n’a pas son mot à dire» dans l’élaboration de ce projet, puisque c’est une initiative purement étudiante au même titre que le développement de l’application mobile à l’automne dernier, il semblerait que le Décanat veuille éventuellement se positionner. Hélène Trudeau, Vice-doyenne aux affaires facultaire, à la formation continue et Secrétaire de la Faculté, a précisé à ce sujet qu’il lui apparaissait «prématuré de discuter de ce projet étudiant à ce stade» et que «le Décanat souhaite d’abord discuter de ce projet avec l’ensemble du corps professoral de façon à en apprécier tous les tenants et aboutissants.» En effet, comme certains professeurs ont des inquiétudes à l’égard d’Univers Droit, une discussion entre le corps professoral, l’AED et le Décanat semble nécessaire afin que chacune de ces entités puissent prendre position officiellement.

 

Un manque de communication et d’ouverture entre l’administration étudiante et l’exécutif de la faculté semble être la cause des frustrations qui tiraillent actuellement les professeurs. Bien que la migration d’Univers Droit soit un projet qui sera mené à terme par l’Association étudiante, cela ne constitue pas une excuse suffisante pour ne pas avoir consulté le corps professoral plus tôt. Le président de l’AED a beau affirmer «que ce genre de projet allait arriver éventuellement d’une certaine manière et que les professeurs ne peuvent pas penser qu’ils vont donner des cours magistraux, papier-crayons, pour toujours de la même manière», mais ces derniers restent au centre de cet enjeu, puisque c’est le contenu académique de leurs cours qui se retrouvera sur cette plateforme web. Le fait que leurs avis n’aient pas été pris en compte lors de la mise en place d’Univers Droit pourrait mettre en péril la qualité de ce projet.

 

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