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Petite nature

 

En ce début d’année, deux choses ont accaparé mon attention, à l’exclusion bien entendu des revues de l’année 2017 — d’une pertinence variable. D’une part, il n’aura fallu qu’une poignée d’heures à la personne la plus riche au pays pour accumuler le salaire moyen, en battant une fois de plus le record. Si le caractère révoltant de cette nouvelle nous touche de manière innée, je préfère m’attarder, d’autre part, sur nos bons vieux sacs de plastique.

 

Depuis le premier janvier 2018, selon le règlement municipal 16-051 de la Ville de Montréal, publié le 29 août 2016, les commerçants se voient interdits de distribuer des sacs en plastique de moins de 50 microns, à l’exception de certains sacs.

 

A priori, bien entendu, les Montréalais-es disposant d’un esprit écologique devraient se réjouir d’une telle mesure. Enfin, nous n’aurons plus accès à des sacs de plastique. On a beau croire en la liberté et la force de l’action individuelle, il faut être naïf-ve de penser que Monsieur ou Madame Tout-le-monde allait changer ses habitudes sans petit coup de pied au derrière. Et le voici ! À présent, on ne se fera plus demander cette foutue phrase : « avez-vous besoin d’un sac ? » La réponse aurait dû naturellement être « non ! » depuis longtemps ; maintenant elle nous est imposée par la force des choses.

 

Que plusieurs se plaignent du côté impratique de la mesure, vos larmes de crocodile m’en toucheront une sans faire bouger l’autre. Certes, le sac en plastique était utile pour l’individu arrivant à la caisse sans son sac, mais, dites-moi, dans quelle occasion saugrenue se retrouve-t-on dans une épicerie par hasard ? Par quelle occasion fortuite arrive-t-on à la caisse, surpris-e d’avoir à transporter des biens ? Bref, à présent, nous serons tous et toutes obligé-es de prévoir nos achats, par respect pour Mère Nature. La prévision, n’est-ce pas justement le propre de l’être humain ?

 

Néanmoins, par professionnalisme, le chroniqueur intellectuel aguerri se doit de remettre les choses en perspective. Le plus facile sera certainement l’aspect temporel : interdire les sacs en plastique en 2018, vraiment ? On aurait dû faire cela dès l’an 2000, pour ne pas dire n’avoir jamais inventé ces sacs du tout. Rappelons que d’autres villes au Québec avaient déjà légiféré en la matière, ce qui rend inexcusable l’action tardive de Montréal qui, en tant que métropole du Québec, se doit d’être à l’avant-garde des idées et des actions. Ce n’est pas une course de voitures électriques qui sauvera l’environnement.

 

Ensuite, laissez-moi critiquer en valeur numérique : 50 microns. Si la mesure nous paraît abstraite (c’est en fait 0,05 mm), elle me paraît surtout absurde, ou du moins timide. À quoi bon interdire des sacs en plastique, si c’est pour en permettre de plus épais ? Pour la Ville de Montréal, il s’agit de favoriser la production de sacs plus faciles à recycler. En effet, force est d’admettre que les sacs de moins de 50 microns sont les plus difficilement recyclés. Or, il va bien falloir se rendre compte que le problème ne se situe pas dans le recyclage, mais bien dans la production. Rendons-nous à l’évidence, le recyclage ne sauvera pas l’environnement (à ce sujet, je vous suggère ma dernière chronique). Il s’agit plutôt d’une fausse bonne idée, sortie tout droit des années 1990 et servant à apaiser notre conscience écologique. C’est la production du sac de plastique qui est à éradiquer, pas son épaisseur qui est à réduire.

 

En somme, il est réjouissant de voir que notre société progresse vers un monde plus sain, mais le processus est beaucoup trop lent et indéniablement trop timide. À voir tous ces problèmes laissés en suspens, il semblerait que nos gouvernements, autant en matière de fiscalité que d’environnement, soient en fin de compte de petites natures.

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