Pourquoi étudier le droit en 2018

 

Résolutions et questionnements pour la nouvelle année. Alors que la mairesse Valérie Plante, fraîchement élue, annonce trois cents nouveaux autobus hybrides doublés d’une augmentation des taxes foncières d’un peu plus de trois pour cent et que les députés provinciaux renaissent après un long moment passé dans leurs comtés pour la période des fêtes, deux mille dix-huit me semble déjà s’imposer en lionne. Une année qui promet.

 

Cette année marque aussi un nouveau cap: 26 000 membres. Il y a maintenant 26 000 membres inscrits au Barreau de la province de Québec. Devant autant de juristes, il est impératif de se questionner sur la pertinence d’en former encore – mais ce texte ne va pas s'apitoyer sur le sort des étudiants en droit.

 

Le véritable questionnement que j’ai, à l’aube de ma vingt-troisième année d’existence – bien peu, j’en conviens – réside plutôt dans les raisons qui nous poussent à étudier le droit en 2018. Pourquoi poursuivre l’étude de normes changeantes que l’actualité nous force à remettre en question constamment ? N’est-ce pas douloureusement itératif et atrocement inutile ?

 

L’hypothèse que j’avance ici est que nous empruntons ce chemin davantage pour comprendre l’exercice du pouvoir que pour comprendre la règle de droit qui, en tant que telle, ne revêt qu’une importance très relative, car elle est tributaire de l’exercice du pouvoir.

 

De manière formelle, l’exercice du pouvoir est une affaire de gouvernement, de parlement, de lois, de règles et de procès. C’est la voie que la plupart d’entre nous tenteront d’emprunter. Certains échoueront – ou encore réussiront avec peu de succès – alors que d’autres y parviendront, ce qui les couvrira de gloire et leur méritera peut-être une place sur notre « mur des héros » aux côtés de Maurice Le Noblet Duplessis, que seule la mort a fait quitter l’exercice du pouvoir.

 

Un autre spectre d’idées existe pourtant. Celui du pouvoir de l’informel. Il demande une maîtrise – ou au moins une connaissance – du pouvoir formel, mais se déploie derrière le rideau du théâtre. Le pouvoir informel, c’est celui des mots, de la communication, des affaires publiques et de la manipulation de l’opinion. C’est à cet endroit que se divisent encore en deux camps les hommes et les femmes qui pratiquent le droit. Dans le pouvoir informel, on retrouve ceux qui veulent dire et ceux qui veulent taire.

 

Les premiers sont des anarchistes, au sens premier du terme. Ils demandent à ce que soient justifiés les pouvoirs qui limitent nos libertés – ou nos droits, pour ce qu’ils en comprennent. Ils demandent des comptes, posent des questions. Ils sont journalistes. Chaque jour, ils veillent. Ils défendent le principe en faisant trembler les institutions, car ils croient profondément que les principes dépassent les façades qui les incarnent au moment de leur existence.

 

Les seconds ne sont pas des diables pour autant. On pourrait les accuser d’avoir avalé Machiavel pendant leur enfance ou d’être animés d’une volonté de faire le mal. Ils veulent contrôler le message, parce qu’ils craignent les dérives. Ils craignent la masse écervelée. Certes, ils sont animés de bonnes intentions, mais veulent défendre les façades, car – sans avoir complètement tort – ils sont d’avis que les façades sont les dernières structures qui empêchent nos institutions de s’écrouler.

 

C’est une question philosophique intéressante. Faut-il réparer la voiture ou changer de bolide?  L’exercice du pouvoir formel, fortement influencé par ce pouvoir informel, revêt-il encore une importance quelconque ou bien, dans la véritable recherche d’un contrôle sur la destinée de la société, ne faut-il pas s’effacer dans l’exercice du pouvoir diffus qu’est celui de l’influence? À ce chapitre, je n’ai pas de réponse.

 

Cependant, tous ces questionnements révèlent que la seule étude du droit qui est véritablement nécessaire est l’étude des fondements philosophiques et historiques du droit. Sans ceux-ci, ni le juriste qui déploie ces efforts dans la sphère formelle, ni celui qui tente de déplacer l’opinion au moyen d’arguments communiqués par d’autres ne pourraient comprendre les droits ou les libertés. Il faut cesser de croire que nous ne pouvons que former des praticiens; il faut d’abord réfléchir sur le droit avant d’envisager quoi que ce soit d’autre.


 

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