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Un appel à l'engagement

18/01/2018

 

Dans un récent discours devant des étudiant-e-s en droit, la juge Rosalie Abella instruisit : « It’s not just what you stand for; it’s what you stand up for » (ce n’est pas la position que l’on prend qui compte, mais celle pour laquelle on se lève). En ces temps tumultueux, nous avons besoin d’une association étudiante qui se lève face aux enjeux auxquels fait face notre société. Nous avons besoin d’une association étudiante avec une conscience morale; une association étudiante qui incarne la responsabilité du juriste d’agir comme émissaire de la justice et des institutions démocratiques.

 

Une association étudiante engagée ?

 

Malheureusement, notre association étudiante ne répond pas à cette responsabilité cardinale. Loin d’agir en tant qu’agente de la justice sociale et de l’implication communautaire, cette association agit en tant qu’agente pour l’instrumentalisation et la marchandisation de nos études et se contente d’avoir une visée carriériste.

 

Un exemple récent illustre bien cette situation. En novembre 2017, l’argentier du Parti Libéral du Canada a été au centre du scandale des Paradise Papers en raison du rôle qu’il jouait dans une fiducie de plus de 60 millions de dollars américains aux Îles Caïmans. Le cabinet d’avocats avec lequel il faisait affaire ne fut épargné par cette bombe médiatique. Or, cette même semaine, ledit cabinet ouvrait ses portes aux étudiant-e-s en droit. Non seulement notre association étudiante n’a pas pris de position claire contre l’instrumentalisation du droit à des fins immorales, mais elle encouragea l’inscription de ses membres à cette soirée. Les membres, de leur côté, furent nombreux à être attirés par le prestige associé à la possibilité de décrocher un stage au sein de ce bureau.

 

Cet exemple peut sembler anecdotique, or, il reflète bien le fait que notre association étudiante a perdu de vue certaines de ses missions premières, c’est-à-dire la mobilisation, la revendication et la remise en question. Dans les années 60, la mobilisation étudiante fut telle que les associations étudiantes sont passées de « club social entre futurs membres d’une élite » à de réels agents de mobilisation. Dans cette optique, l’AED ne semble pas avoir franchi les années 60 et suivi la vague normative des autres associations étudiantes. Comment se fait-il que l’AED ne soit jamais représentée dans aucun contingent lors de manifestations pour la revendication de droits sociaux ? Comment se fait-il que les sources de financement ne soient jamais remises en question ou même discutées ? Comment se fait-il qu’aucun espace de discussion ne soit même envisagé pour permettre l’expression d’une démocratie directe, saine et participative ? Évidemment, la faute n’incombe pas uniquement à l’exécutif, mais bien à l’ensemble des étudiant-e-s qui se désinvestissent dans le rôle qu’ils pourraient jouer en tant qu’étudiant-e-s et en tant que futur-e-s juristes.

 

Un véritable engagement étudiant à la Fac de droit

 

Il serait faux d’affirmer que les étudiant-e-s en droit ne s’intéressent pas à la politique et à la justice, ces deux domaines étant intrinsèquement liés. Certains professeurs n’hésitent pas à avancer lors de leur enseignement des remises en question par rapport à l’importante place qu’occupent le droit et le système de justice dans la société. Les plus vaillants d’entre eux invitent même les étudiant-e-s à débattre de leurs opinions et de leurs perceptions quant aux possibles réformes et avancements. Durant ces courtes interventions, les étudiant-e-s ont l’opportunité d’échanger avec leurs camarades de classe sur des pistes de réflexions en plus de se positionner sur l’état du droit. Ceci étant, ces débats dans les salles de classe sont très peu nombreux et se limitent à l’unique volonté du professeur de les faire vivre. Ainsi, il nous apparaît clair que ces remises en question collectives et ces débats doivent être initiés tant par la population étudiante que par le corps professoral.

 

Il serait erroné d’estimer que les étudiant-e-s à la Faculté ne sont pas engagé-e-s. Il existe plus d’une trentaine de comités et de regroupements associatifs qui, ensemble, organisent une quantité phénoménale de midi-conférences, de 4@7, d’activités de loisirs et d’entraide ou encore même parfois de levées de fond ou d’évènements caritatifs. Dès la première année, les étudiant-e-s se bousculent pour avoir l’opportunité de s’intégrer à l’une de ces associations et dénicher le poste tant convoité de « VP Première Année ». Ceci étant, il convient de se poser la question à savoir quelles sont les réelles motivations de ce type d’engagement ? Qu’est-ce qui justifie la structure hiérarchique de ces comités ? D’où proviennent leur financement ? Et surtout, quelles sont les limites et la portée de cet engagement étudiant ?

 

Malgré leur intérêt pour la politique et la justice ainsi que leur volonté d’engagement, les étudiant-e-s en droit sont démobilisé-e-s. L’université est d’abord un lieu d’apprentissage, certes, mais aussi une tribune pour la prise de parole, la réfutation et les échanges desquels peuvent naître des idées nouvelles et innovatrices, car c’est un peu ça, l’éducation : c’est de croire qu'en instruisant la raison, on y favorise non seulement l’émancipation de l’individu, mais surtout le progrès social. Ce dernier se réalise alors par la formation d’individus pour qu’ils puissent faire un apport aux différents enjeux nous affectant tous à l’aide d’une attitude intellectuelle et morale. Cependant, il est déplorable que plusieurs se sentent limités par la peur des représailles que peuvent avoir leur prise de position ou de parole sur leur crédibilité et sur leur future carrière. Nous faisons face présentement à un insidieux statu quo qui peut être imputable entre autres à la forte présence des futurs employeurs (i.e. cabinets, institutions financières, entreprises, etc.) dans l’environnement même de la Faculté ainsi qu’à l’absence de débat à ce sujet.

 

Pourquoi s’engager ?

 

Vivre l’expérience de la Faculté de droit de l’UdeM autant dans ses moments heureux que pénibles peut très bien être considéré comme un luxe. Bien entendu, cette notion de luxe n’exclut pas tous les sacrifices que certains doivent faire, mais n’est-il pas utile de rappeler que notre Faculté est probablement l’une des plus accessibles financièrement ? Ainsi, l’opportunité et le privilège qui nous sont offerts, ceux de s’approprier petit à petit un discours juridique réservé et surtout influant, n’entraînent-t-ils pas en retour une responsabilité morale d’agir dans l’intérêt de ceux qui n’ont ni la voix ni le pouvoir de le faire ? Car si nous ne le faisons pas, nous qui avons les moyens, le temps et l’influence requise pour le faire, alors qui le fera ?

 

Solutions

 

Lors de la dernière campagne électorale de l’exécutif de notre association étudiante, une promesse fut lancée : la mise sur pied de positions de l’AED quant à certains enjeux sociaux. Nous tenons à saluer cette idée. Toutefois, si on parle réellement de démocratie étudiante, il nous apparaît clair que le changement doit être entamé par le bas. Un processus de consultation de tous les membres devrait être lancé afin de refléter la diversité d’opinions au sein des étudiant-e-s de la Faculté de droit de l’UdeM.

 

Il est pertinent d’ajouter que le processus de consultation ne devrait pas se limiter aux futures positions prises par l’AED en son nom. Elle devrait également toucher au rôle que notre association jouera au sein d’une fédération étudiante prometteuse, la FEDQ. Considérant qu’une des missions de la FEDQ est de défendre les intérêts collectifs spécifiques de la population étudiante en droit en matière académique, politique et sociale, il est tout à fait souhaitable que l’AED consulte ses membres pour connaître leurs intérêts.

 

Bien qu'exigeant, le processus de consultation pourrait être possible en créant un canal de communication efficace entre étudiant-e-s et exécutant-e-s. Les moyens de consultation peuvent prendre de multiples formes telles des plateformes web de recensement en ligne, la tenue d’assemblées générales concernant précisément cet enjeu et le partage d’informations pertinentes à la prise de positions.

 

  • Il est temps de se questionner sur la place donnée aux personnes minoritaires dans la Faculté, dont la voix ne se fait pas entendre.

  • Il est temps de se questionner sur le manque de transparence financière, particulièrement sur le huis clos du budget qui a comme effet pervers de restreindre le débat étudiant.

  • Il est temps de se questionner sur l’omniprésence des grands cabinets et des institutions financières dans la Faculté.

  • Il est temps de se questionner sur le manque de visibilité des autres parcours professionnels envisageables pour l’étudiant-e en droit, dont les carrières dans les cabinets boutiques et les organismes communautaires.

 

Peu importe l’issue de ces efforts, une remise en question collective doit ainsi être lancée. Certaines questions doivent être posées en espérant que les réponses à celles-ci puissent inspirer les futur-e-s candidat-e-s à l’exécutif de l’AED dans les prochains mois.

 

 

Emmanuel Rioux, M’mah Touré, Bradley Wiseman, Anthony Breton, Alexandrine Sioui, Hanane Loumi, Geneviève Robitaille, Vincent J.Carbonneau, Sylviane René, Vanessa Annunzi, Carmen Hojabri, Ariane Gaboury, Xavier Levert, Marie-Hélène Darveau, Janet Manengue, Florence La Charité, Claire Duclos, Romy Tremblay, Maroua Mihoub, Layla Déry, Camille Boulianne, Tamara Attia, Louis-Alexandre H.-Gosselin, Émile Aquin, Samuel Gauthier, Marc-Antoine Bigras, Nadja Momcilovic, Simon Dufour, Camille Desmarais de Grandmont, Melissa Raymond, Samya Lemrini, Frédéric Quintal, Arianne Morin-Aubut, Marc-Antoine Gignac et Cécilia Barrette-Leduc.


 

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