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Journalistes et journalisme

 

Octobre 1938. La guerre civile espagnole déchire un pays. C’est un avant-goût du théâtre européen de ce qu’on appellera la Seconde Guerre mondiale. Fascistes et gauchistes s’affrontent, des frères et frères se tirent dessus, des mères pleurent, des pères meurent. Entre eux, Joseph Kessel. Français, et donc étranger. Le genre de personnage qui donne envie de vivre. Un homme envoûté par la quête d’aventure et convaincu que ses péripéties, il doit les partager avec le monde. Pendant 2 semaines, et 2 semaines seulement, Kessel couraille l’Espagne accompagné d’un photographe.

 

Il fera des rencontres sensationnelles : trafiquants d’armes, têtes de milices, gens ordinaires pris dans une guerre dont ils ne veulent pas. Tous ont une histoire à raconter. Et sur une scène aussi dramatique, chacun de ces récits tient du merveilleux. Pour Kessel, le cocktail est parfait : une belle trame, un excitant décor, d’incroyables acteurs.

 

D’autres, attirés comme Kessel par ce romantisme bien rodé, vont se rendre en Espagne pour assister par et pour eux-mêmes au triste spectacle qui se déballe sous leurs yeux. Ils s’appellent Hemingway, Orwell ou Malraux.

 

Ce sont des journalistes.

 

Hasard ou pas, ces personnes vont également s’affirmer en tant qu’auteurs grandioses. Du Vieil Homme et la Mer à 1984, ils contribueront à la richesse du monde littéraire au XXe siècle. Force est de constater que leur inspiration n’est pas tombée du ciel. C’est en accumulant des expériences uniques et d’une richesse infinie, des ruelles de Barcelone aux champs d’oliviers andalous, qu’ils vont se façonner un formidable bagage. Et ce sont ces mêmes péripéties qui vont enrichir leurs récits, que ce soit un article dans Paris-Soir ou un gagnant du prix Pulitzer.

 

Joseph Kessel et ses collègues n’ont pas seulement rendu un service indispensable au public en les informant sur des enjeux pertinents ; ils l’ont fait en accumulant des aventures, en se faisant plaisir à eux-mêmes.

 

Mais le métier de journaliste a changé. D’hommes de terrain victimes d’une terrible envie de vivre les moments eux-mêmes afin de pouvoir mieux les raconter, la pente nous mène vers des victimes de manque d’attention où l’expérience est poussière face à la quête du plus grand nombre de « vues » ou de « clics ». Lentement, mais surement, on glisse vers des histoires à vendre plutôt que vers des histoires à raconter. Ce qu’on cherche, c’est la controverse, la provocation, l’intérêt d’un client : le lecteur. Le journaliste d’aujourd’hui est cloîtré entre 4 murs, pétrifié devant son ordinateur.

 

Mais il ne faut pas généraliser. Loin de là. Plusieurs journalistes, et surtout journalistes avec un « e », sont de fiers descendants de ces véritables légendes qui sillonnent les villes et villages en quête d’une bonne histoire. Marie-Ève Bédard, correspondante à Beyrouth pour Radio-Canada, a le don de faire sentir aux téléspectateurs la tension du Moyen-Orient. Parfois, on se croirait là-bas. Toujours chez le télédiffuseur public, Marie-Maude Denis et sa bande à Enquête font des reportages de terrain, mettant en lumière de juteuses et pertinentes informations pour le public. Au Devoir, Jean-François Nadeau semble être en capable de couvrir tous les sujets du monde, judicieux alliage d’audace, d’originalité et de justesse.

 

Lorsque ces derniers pondent un texte ou un reportage, on sent une profonde passion, un sentiment de devoir envers le public et une envie de creuser toujours plus profond. Leur travail, ils le font pour la société, mais ils le font aussi pour eux; pour assouvir une soif de curiosité, un désir ardent d’aventure.

 

Le journalisme doit revenir à ses bases. Le métier doit être fait par plaisir, et non par satisfaction. Il ne devrait pas être une carrière, mais une manière de vivre.

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