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Pardonnez-moi, je dois recharger mon œil: transhumanisme

07/11/2017

 

Dire qu'une hausse de trois dollars de la cotisation d'un journal étudiant n'est rien, en la comparant au prix d'un téléphone intelligent, n'est pas le meilleur argument pour justifier cette hausse, à moins d'être Jean Charest.

 

Mais cet argument montre autre chose, soit l'importance de la technologie contemporaine au sein de la population. Les technologies de l'information, des réseaux collaboratifs horizontaux et de la robotique se placent tranquillement dans le quotidien de l'humanité. Même ton frigo peut te donner l'actualité et la température du quartier. La technologie est tellement proche, si proche. Comme si elle faisait partie de nous.

 

Pourrait-on la laisser prendre un telle place ? La laisser nous guider à l'intérieur même de notre essence ? Si l'on se fie au transhumanisme, et je me fie au transhumanisme, franchir le pas ne sera pas notre fin.

 

Donnons une définition au transhumanisme. Pour commencer, ce n'est pas une philosophie centrée sur les personnes trans. En peu de mots, il s'agit d'un courant de pensée promouvant l'avancement de la condition humaine à travers les avancements technologiques et matériels. Autrement dit, en remplaçant ou en améliorant certaines parties de notre corpspar des composantes synthétiques ou électroniques, il serait possible de surpasser les limites inhérentes de nos membres pour parvenir finalement à se dépasser soi-même. On pourrait même nous éloigner définitivement de la mort, au fur et à mesure des avancées technologiques, notamment par la nanotechnologie.

 

Cette pratique est à différencier de l'intelligence artificielle. Cette dernière peut bien entendu nous aider dans notre développement, mais elle n'est pas directement reliée au transhumanisme. L'intelligence artificielle est utile afin de départager l'information et de faire un choix pertinent selon certains critères, mais elle ne « change » pas l'humanité en soi. Elle fait partie de la « solution », mais ce n'est pas un élément fondamental du transhumanisme.

 

Ce n'est pas non plus du clonage, dont la pratique est interdite au Canada. Le clonage serait une autre avancée importante, mais pas pertinente à notre sujet. Un mot là-dessus cependant. Avec les avancées scientifiques sur la génétique, il serait peut-être possible un jour de développer un corps mature, mais avec un bagage génétique modifié. Imaginez la possibilité de transférer son cerveau dans un corps semblable au sien, mais différent. Imaginez qu'au niveau génétique, seuls les chromosomes qui déterminent le sexe aient été modifiés. Quel potentiel pour les personnes trans, de pouvoir choisir d'avoir un corps en accord sous tous les points de vue avec leur identité de genre !

 

Le transhumanisme peut régler plusieurs choses, dont certains handicaps et la longévité, mais il pose aussi certaines questions.

 

Moralement, je ne crois pas que cette pratique est (ou serait) immorale. Ce n'est pas une question de défaire ce qui a été fait « naturellement ». On ne change pas ce qui a été « prévu » pour nous par un acte contre notre nature. S'il nous est permis, pour toutes sortes de raisons, autres que la simple volonté du législateur, de procéder de la sorte, et en connaissant sans équivoque ce que nos gestes impliquent, moralement cette pratique n'est pas répréhensible au sens global. Notre volonté est bien suffisante pour nous guider, si l'on connaît les conséquences de nos actes. Si notre corps ne rejette pas ces éléments externes, si notre science était à ce point développée, ne serait-ce pas un signe que cette direction est au minimum inoffensive ? À moins que le feu nous tombe dessus par la colère divine, cela devrait honnêtement aller si l'on respecte les principes fondamentaux du consentement et du respect de la volonté des individus.

 

Il ne faut pas aller trop loin quand même. Ce n'est pas non plus une question d'eugénisme ou de continuation de systèmes oppressifs. Ce n'est pas Gattaca. Personne ne dit que par la technologie une personne serait de manière inhérente et fondamentale supérieure à une autre. Il s'agit d'un simple dépassement de soi, d'aller au-delà de nos propres limites par des méthodes particulières. Je respecte les inquiétudes morales des individus, je ne veux aucunement les diminuer. Néanmoins, il n'empêche que la transformation ne peut s'effectuer que sur un seul individu à la fois. Jusqu'à un certain point, le transhumanisme serait une réponse du marché afin d'augmenter la longévité et les capacités physiques (et éventuellement intellectuelles) d'une personne. Avec le temps, ces techniques vont se démocratiser et, si les gens le souhaitent, seront accessibles au plus grand nombre. Tant qu'il ne s'agit pas d'une évolution forcée à l'humanité, et que l'État n'impose (ou ne permette) pas de sanctions contre ceux qui ne veulent (ou ne peuvent) modifier leur corps, notre jugement libre, éclairé et volontaire devrait suffire amplement. Nous ne devrions pas forcer les gens, en prétextant leur meilleur intérêt, à changer leur corps de cette manière. Ce n'est absolument pas la chose morale et éthique à faire.

 

Si on prend cette optique selon le point de vue libertarien, c'est cohérent. En partant du principe que l'on ne doit pas franchir les limites personnelles d'un individu sans son consentement explicite, et que chaque personne est moralement autonome et intègre de son propre corps, modifier de sa propre volonté ses attributs physiques n'a rien d'effroyable. Au minimum, l'État ne devrait s'ingérer autant dans nos vies et nous interdire de modifier notre propre corps, ce qui serait évidemment la moindre des choses.

 

Au-delà des considérations sur la liberté, l'humanité doit néanmoins garder certaines assises dans le corps humain. C'est pour cela que je fais la différence entre le transhumanisme et l'intelligence artificielle. Par définition l'intelligence artificielle n'a rien de naturellement humain, et si elle vient de l'être humain, elle ne peut être humaine. Une création de l'être humain peut faire avancer cet être, l'améliorer ou le compléter. Mais elle ne peut pas atteindre le stade de l'humanité elle-même.

 

Un robot, un cyborg purement électronique et synthétique, ne sera jamais un être humain. Il ne sera encore moins une personne. Je crois que l'on peut se fier au droit civil québécois pour ça. Si nous disons que la personnalité commence à la naissance vivante et viable, comment est-ce qu'il serait possible de dire que cet être est même né. En toute honnêteté, je ne pense pas que le législateur avait les robots en tête quand il a écrit les dispositions sur les personnes physiques, la personnalité juridique et les êtres humains. À moins de modifier la loi, à mon avis, il ne serait pas possible pour un robot de demander des droits civils ou politiques. Nous verrons quand le moment viendra, mais je ne crois pas que notre droit permettrait à une machine d'avoir. Il est plus probable de voir le développement du droit des animaux avant de voir une quelconque avancée dans ce domaine.

 

Le transhumanisme pourrait aussi éventuellement inclure le transfert de notre conscience dans une machine. On pourrait croire que la situation serait analogue à la situation sur le clonage que j'ai mentionnée. Mais personnellement, je ne crois pas qu'un tel « être » serait de nature humaine. La « personnalité » de cette personne serait complètement séparée de son corps. On suppose aussi que le corps de cette personne cesserait d'exister après le transfert, car l'intérêt de copier son esprit sur un disque dur, et d'y survivre, m'échappe. Une personne ne devrait pas se dédoubler comme ça. Si la personne originelle est encore vivante, sa copie ne devrait pas avoir de personnalité juridique, car l'être humain d'origine possède encore la sienne. Bien sûr cette copie aurait des droits, mais pas à la hauteur d'une véritable personne.

 

De toute manière, si après le transfert, la personne meurt, il m’est difficile de croire qu'il serait présentement justifié d’accorder la personnalité juridique à la machine. Dans la mesure où la personne décède à la mort cérébrale, et par le fait même que sa personnalité juridique cesse, et qu'une personne ne peut être viable si son cerveau ne « marche » pas, je me demande comment un être ne possédant même pas de cerveau pourrait rentrer dans ce contexte. Même si un cerveau, par des complications à la naissance ou par une maladie, serait en très grave état, cela ne veut pas dire que la personne n’est plus viable pour autant. Elle pourrait toujours recevoir de l'aide dans la vie de tous les jours. Le cadre légal serait selon moi justifié de se fier au cerveau pour la personnalité juridique. Or, puisqu'un robot ne pourra jamais rentrer dans ce cadre, il ne pourra jamais avoir les mêmes droits qu'un être humain.

 

C’est pourquoi je propose la limite suivante : un être pourra avoir la personnalité juridique s'il possède un cerveau provenant d'une personne ayant eu une naissance vivante et viable. Si cette condition était remplie, peu importe l'ensemble physique de cet être, on pourrait qualifier cette personne d'être humain. Je crois que c'est une limite raisonnable qui nous laisse notre humanité, tout en nous laissant décider de notre propre destinée. Qu'elle soit mécanique ou non.

 

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