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La Maison vide

 

Et dire qu’il est l’héritier du parti d’Abraham Lincoln. Ah, et il y a meilleur : et dire que la population américaine s’est trouvée indignée, voir surprise, d’entendre Donald Trump non pas faire preuve de hauteur de vue présidentielle, mais bien de rajouter de l’huile sur le feu continuellement depuis les événements de Charlottesville en Virginie. À l’origine du drame, on trouve la statue d’un général de l’armée confédérée (Robert E. Lee) que la municipalité de Charlottesville avait décidé d’enlever, à la lumière du fait que même s’il représentait une certaine fierté sudiste, il était avant tout un symbole de l’esclavagisme américain. Après, tout s’enchaine : la colère des néonazis et des suprémacistes blancs et le rassemblement que l’on connaît tous. En effet, le 1er amendement de la Constitution américaine (celui qui permet la liberté d’expression), c’est pour tout le monde.

 

Or, alors que l’opinion publique américaine s’attendait à ce que le président fasse preuve de hauteur de vue en condamnant l’extrême droite, ce que tout président aurait dû faire, le petit milliardaire a lui-même soufflé sur les fameuses « braises de l’intolérance » en condamnant, il est vrai, d’une part les suprémacistes blancs, mais aussi les antiracistes qui ont par la suite répliqué (1). Au passage, quelques jours après les événements malheureux, Robert E. Lee, le fameux général ségrégationniste, fut comparé à un certain George Washington (2). Je vous laisse deviner par qui…

 

Entre temps, les chefs d’entreprise crient au scandale, Twitter s’enflamme et la moitié des républicains semblent pour la première fois mal à l’aise avec ce petit milliardaire. C’est donc avec un sentiment de contrariété, voire de stupéfaction, que je regarde nos voisins du sud en émoi. Vraiment? Vous pensiez qu’il allait devenir quelque chose d’autre que lui-même?

 

Dans des moments de crise, l’Amérique se tourne à chaque fois – et c’est bien normal – vers ses piliers, ses leaders. En premier, on retrouve évidemment le président : qu’il soit républicain ou démocrate, blanc ou noir, il devient comme le professeur qui demande aux élèves de se rasseoir sur leurs chaises et de poursuivre la leçon, en expliquant calmement ce qui vient de se passer. Tous l’ont fait – que ce soit en 1941 sous Roosevelt après l’attaque de Pearl Harbor, en septembre 2001 sous Bush, ou encore sous Obama après la tuerie de l’école primaire de Sandy Hook – parfois avec beaucoup de succès (Obama se faisait appeler le Counselor in chief, déviation de son titre de commandant en chef des armées (3)), parfois moins (Bush fils, par exemple, et sa gestion superflue et parfois chaotique des suites de l’ouragan Katrina en 2005). Mais à la différence de Trump, Bush n’était pas un populiste fini qui avait contre lui une large faction de la société américaine. En tout cas, pas au début de sa présidence. Plusieurs le détestaient, mais c’était à cause de ses actions, pas de ses prises de paroles incendiaires et répétitives, de ses insinuations racistes ou de ses propos misogynes à n'en plus finir (vous vous souvenez du « Grab her by the pussy » gate?).

 

Ainsi – et c’est ce que je trouve le plus désolant dans la présidence de Trump – le président n’a pas pu et ne pourra jamais être autre chose qu’un politicien partisan, alors qu’il devrait être au moins de temps en temps un chef d’État. Barack Obama, après des événements à caractères racistes que l’Amérique connaît tant, était capable de chanter l’Amazing Grace lors d’événements à la mémoire de victimes (4) et de se voir mériter la stature morale d’un leader en temps de crise. Trump, lui, n’est capable que d’alimenter le feu en faisant ce dans quoi il excelle et ce qui l’a porté au pouvoir : de la polémique. Pour les trois ans et demi qui viennent, je pense que c’est cette différence qui en définitive marquera grandement une présidence Trump qui n’en est pas vraiment une. La Maison-Blanche est encore blanche. Et elle le restera. Mais pour l’instant, et comme en témoigne le nombre de fois où le président Trump part en voyage jouer au golf (5) (alors qu’il critiquait son prédécesseur pour faire exactement la même chose, bien qu’il l’ait fait beaucoup moins souvent que lui), on devrait plutôt appeler la résidence du président des États-Unis la Maison-Vide, autant au sens propre que figuré.

 

1. http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1050535/charlottesville-violences-donald-trump-blame-nationalistes-gauchistes

2. http://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/donald-trump-charlottesville-george-washington-a7895401.html

3. https://www.wsj.com/articles/SB10001424052748704458204576073803937534220

4. http://www.lemonde.fr/ameriques/video/2015/06/27/barack-obama-chante-en-hommage-aux-victimes-de-charleston_4663257_3222.html

5. https://www.nytimes.com/interactive/2017/04/10/us/politics/trump-golf-course-getaways.html?mcubz=1

 

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