Présidentiables no 8

 

L’échéance se rapproche, l’étau se resserre, les sondages se cristallisent. Aujourd’hui au hasard d’une rencontre, mon interlocuteur me demande : « mais alors, c’est pour Mélenchon ou pour Le Pen que tu vas voter, toi? ». En y repensant, je me dis que cela montre que l’écho qui est fait de ces élections présidentielles outre atlantique a de quoi inquiéter. N’existe-t-il dans l’esprit des gens n’habitant pas la France plus que deux candidats? L’une incitant à une politique protectionniste et nationaliste, l’autre prônant une réforme constitutionnelle de grande ampleur? En gros, l’une d’extrême droite, l’autre d’extrême gauche? 

 

En France pourtant, la réalité est toute autre. À l’issue d’un débat télévisé rassemblant les onze candidats, on se dit que les petits candidats rendent à la politique française le faste et l’intérêt qu’elle manquait depuis peu. Les réseaux sociaux ont découvert et encensé les interventions du candidat au Nouveau Parti anticapitaliste, Philippe Poutou, avec cette phrase notamment adressée à Marine Le Pen : vous avez l’immunité parlementaire; il n’existe aucune immunité ouvrière. Rarement l’expression politiquement correcte n’aura été, ces derniers temps, tant mise à mal, faisant grand bien aux discours entendus mardi soir. C’est un peu comme entrer dans une nouvelle ère : les accusations se font directes, les idées plus claires dans l’opposition à celles des autres, les avis plus tranchés. Il faut se démarquer, montrer pourquoi c’est son nom que l’électeur glissera dans l’enveloppe le 23 avril prochain. 

 

 

Pour la première fois depuis longtemps on s’accorde pour dire une chose : ça ne va pas. La nécessité de renouveau et de changement se fait pressante. En même temps elle est loin l’illusion populaire promettant que le vote changera quelque chose. En même temps on a tous envie de croire en un avenir beau et prometteur. En même temps onze personnes nous proposent des idées et se chamaillent pour les faire valoir. Et, en même temps, le bien commun est l’idéal en lequel tout le monde, forcément, quelque part, aspire. On ne croît en des idéaux que lorsqu’on voit que leurs porteurs se battent pour elles. Et si cela n’était pas monnaie courante, les discours un peu plats et toujours tièdes étant la norme ces derniers mois, on assiste aujourd’hui à un renouveau certain des oppositions d’idées. À en croire l’énergie déployée pour montrer à la fois le bien-fondé de leurs propositions et les failles de celles de leurs adversaires, les prochains débats et apparitions des candidats s’annoncent d’une qualité certaine. 

 

Rares sont les débats comme celui de mardi soir, France 2 ayant déclaré qu’ils n’en organiseraient pas de semblable comme il était prévu fin avril. Compliqué en effet d’inviter onze prétendant(e)s à un poste où éloquence et égo sont des qualités nécessaires, sans que la soirée ne soit indigeste ni ne se perde en pertinence ni en longueur. Si l’exercice permet aux petits candidats un moment de gloire et une verve enflammée, il s’avère plus compliqué pour les autres qui doivent répondre, pour une fois, à des oppositions habituellement absentes de la scène médiatique. Mais il reste que les idées ne cherchent qu’à grandir, les arguments à s’étoffer, les oppositions à l’établir, pour convaincre l’électeur. Quelle proposition s’avèrera la plus solide et la plus séduisante? Quel(le) candidat(e) verra son programme critiqué, ses arguments démontés, sa crédibilité amoindrie? Puis combien de citoyens retrouveront à l’aube d’un nouveau quinquennat un intérêt pour les débats d’idées de fond et non de pseudo oppositions terminologiques? Et si un bulletin de vote est plus puissant qu’une balle de fusil (c’est Lincoln qui le dit), 2017 semble signer un renouveau dans le temps des élections françaises et la conscience collective des enjeux politiques. 

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