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Vlad the Killer

 

C’est Dresde. C’est le 9 novembre 1989. C’est le mur, le seul qui compte, qui tombe. Un jeune homme d’à peine 5pi6 voit son monde s’écrouler autour de lui. La foule devient, à l’extérieur, de plus en plus massive. Car en cette soirée de liberté, la cible de choix de ces nouveaux humains, elle brille par sa noirceur. Le siège du KGB est en effet un bâtiment détesté par la population est-allemande, elle qui a été soumise à son joug durant maintenant près de 30 ans. À l’intérieur du bâtiment, les officiers et agents russes sont en déroute; on tente de rejoindre Moscou, question de recevoir des directives. En vain. Gorbatchev, figure de proue de ce qui reste du marxisme-léninisme, ne veut rien savoir.  

 

Mais ce jeune homme, lui, voit une opportunité. Malgré son grade au mieux correct, il prend les choses en main. Après avoir ordonné aux agents de bruler tous documents incriminants, il sort à l’extérieur. L’air est glacial, mais son ton en s’adressant à la foule l’est encore plus alors qu’il s’exprime dans son allemand scolaire. Le message est clair; s’ils continuent d’avancer et de faire pression, les manifestants vont se heurter aux balles de dizaines de gardes prêts à zigouiller tout ce qui bouge. C’est faux, mais ça suffit. Les gens se dispersent.  

 

La légende de Vladimir Poutine était née. C’est la première fois qu’il utilisait le précepte qui dictera le reste de sa vie : la peur, c’est le triomphe.  

 

De retour en Russie, début 1990, Poutine gravit rapidement les échelons du Parti communiste, s’élevant à un poste important à la mairie de Saint-Pétersbourg, sous Anatoly Sobchak, communiste d’un jour pragmatique et opportuniste. Lorsque le régime bolchévik tombe, en 1991, il ressent une grande humiliation, lui qui a consacré sa vie au service de l’Union et à la préservation de celle-ci. Pour lui, le coupable est évident : c’est l’Occident, cette bête surpuissante aux principes hypocrites et dépourvue de tout sens moral. Une fois Gorbachev, dernier leader soviétique, chassé du pouvoir, il mise sur ses relations avec Sobchak pour obtenir un énorme poste à Moscou; il est désormais à la tête du FSB (le dauphin du KGB) par Boris Yelstine lui-même, premier président de la Fédération de Russie. Une fois assuré que les services secrets aient repris leur « gloire » d’antan, Yelstine le nomme ensuite secrétaire au Conseil de sécurité, puis carrément Premier ministre (le numéro deux du gouvernement en Russie) en 1999. Notons que son ascension rapide est notamment due à son rôle dans le conflit avec la Tchétchénie, région du Caucase victime de l’occupation militaire russe à la fin des années 90 où il a utilisé comme prétexte les potentielles menaces terroristes pesant sur la nation russe. Cette dernière l’a depuis toujours perçue comme un véritable homme fort, viril et capable de vaincre toute menace. C’était la Crimée avant de l’être, et Poutine utilise encore une fois ses armes fatales : la peur, la force (1). 

 

Une fois nommé à la tête de la législature, reculer devenait impossible. Yesltine empêtré dans des scandales de corruption, incapable de relancer l’économie et affaibli par une image de mononcle, il doit céder sa place au jeune homme de fer en 1999 (2). 

 

Depuis, le passé, c’est le présent. Le paradigme de la peur est une réalité à laquelle doivent se soumettre tous les Russes, pour autant qu’ils ne croient pas au mythe Poutine tel que dessiné par les médias étatiques. Car au-delà du portrait de brute sanguinaire peint par la presse occidentale, le Russe moyen perçoit son président comme un homme, plutôt comme l’Homme. Assassiner des opposants politiques au polonium 31, typique d’un bon mauvais film des années 70, semble être le genre de comportement prôné par le président russe, lui qui a visiblement procédé d’une telle manière en assassinant un ancien agent du KGB Alexander Litvinenko.  

 

C’est également la peur qui a mené aux manifestations du 27 mars où le leader d’un mouvement anti-Poutine, Alexei Navalny, a été arrêté pour des motifs complètement arbitraires (3). Plus récent témoignage de la haine envers tout mouvement démocratique prônée par le mouvement Poutine, cette opération musclée a mis sous silence une légitime impulsion contre un État despotique et injuste. Or, c’est justement le genre de système auquel Poutine veut retourner; un État autoritaire, voué aux intérêts oligarques et égocentriques des superpuissants.  

 

Et rien n’indique qu’on va l’en empêcher.  

 

(1) http://www.reuters.com/article/us-usa-russia-libya-exclusive-idUSKBN16K2RY 

(2) http://www.nytimes.com/2000/01/01/world/yeltsin-resigns-overview-yeltsin-resigns-naming-putin-acting-president-run-march.html 

(3) https://apnews.com/1e812813cd0c48489a5121c0632632e1/Nationwide-protests-bring-thousands-to-Russia's-streets 

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